Eurovision 2019 : deuxième demi-finale, mes pronostics.

Période actuellement creuse pour l’Eurovision, entre la fin des sélections nationales et le début réel du concours. Avant de découvrir les idées de staging des uns et des autres à Tel-Aviv, focus sur les versions studio des 18 chansons de la deuxième demi-finale (16 mai prochain). Elles sont bien sûr présentées avec, accompagnées de ma légendaire objectivité teintée de langue-de-puterie manifeste, mes avis et pronostics.

(Tiens, au cas où, mon bilan de la première demi-finale si tu l’as zappé)

1. Arménie : Srbuk – « Walking Out »

Après une seconde non-qualification en finale de l’Eurovision assez traumatisante pour l’Arménie en 2018, Erevan a abandonné sa sélection nationale « Depi Evratesil » pour jouer la carte de l’interne. La première place en demi-finale a un avantage et un inconvénient pour ce titre de Srbuk : côté positif, cette chanson se « déguste » sur la durée car, même si c’est devenu un peu ringard, la montée finale d’un demi-ton a ici un vrai intérêt. Problème, toutefois : les téléspectateurs s’en rappelleront-ils en conclusion du show, alors que tous les bangers de cette demi-finale arriveront à la fin ? Les portes de la finale sont plutôt entrouvertes, mais attention. Et ne vous gourez pas sur les choix des danseurs, inégalement accrocheurs. (Perso : Top 10/15)

2. Irlande : Sarah McTernan – « 22 »

Après la qualification surprise de Ryan O’Shaughnessy en 2018, l’Irlande se montre optimiste pour une nouvelle qualification en finale après plusieurs années traumatisantes pour le recordman de victoires du concours. Je me montrerai nettement plus mesuré devant cette ballade certes choupette, mais immédiatement oubliable – sauf si, comme pour « Together », un staging malin sauve l’ensemble. Mais même avec ça, j’y crois moyen.

3. Moldavie : Anna Odobescu – « Stay »

Une des chansons les plus plates de l’Eurovision cette année, une fois n’est pas coutume, nous vient de la Moldavie. Après avoir repris une carte de pays fantaisiste ces deux dernières années avec Sunstroke Project et DoReDos (avec réussite, d’ailleurs), Chisinau tente de nouveau d’envoyer une ballade poussiéreuse à peu près sauvable dans zéro contexte. Et dire que c’était la moins médiocre chanson de leur « Selectia Nationala » de cette année… (Ceci étant, les DoReDoS étaient de même les seuls à surnager en 2018 dans un étang de médiocrité trop salée.)

4. Suisse : Luca Hänni – « She Got Me »

Que des copies de « Fuego » se retrouvent dans l’édition 2019 de l’Eurovision n’est pas une surprise – les mauvais medleys de « Despacito » ont pullulé l’année dernière. Mais que la Suisse tente le coup – et, en plus, soit la mieux placée pour rafler le grand lot ?! Luca Hänni sait danser, il l’a prouvé. Il sait chanter, moins souvent, mais il se débrouille. Mais les deux en même temps ? C’est la clé du succès pour la Suisse, qui peut finir sur le podium comme se choper un bottom 5 si le rendu final est trop brouillon. Mais après quatre non-qualifications consécutives, les Helvètes pourraient presque s’en contenter…

5. Lettonie : Carousel – « That Night »

Surprenante Lettonie qui, plutôt que d’envoyer Markus Riva enfin choper sa candidature à l’Eurovision pour choper un bottom 10 avec une ballade trop plastique, a privilégié un morceau de smooth jazz. Problème : le seul titre de jazz qui s’en est bien sorti ces dernières années, c’est le dynamique (mais à mon goût horripilant) italien Raphael Gualazzi en 2011. « That Night », au contraire, est tellement linéaire qu’il ne décolle pas du plancher. Candidat, malheureux par contre (contrairement à d’autres…), à la dernière place de sa demi-finale.

6. Roumanie : Ester Peony – « On A Sunday »

Dans une sélection nationale encore une fois pleine d’eurodrames, la Roumanie s’est finalement « entendue » sur une chanson… banale. Un paradoxe pour un pays qui a récemment envoyé du yodel, des robots morbides, Cezar Ouatu et un piano circulaire ! « On A Sunday » est vaguement hipster, un chouia mystérieux, presque indie, mais tout est de l’ordre de l’à peu près pour un ensemble qui s’oublie assez rapidement. Sa chance : son ordre de passage entre deux ballades trop ouateuses pour être mémorisées…

7. Danemark : Leonora – « Love Is Forever »

C’est cute. Il y a du français, de l’allemand et même un peu de danois (une rareté !) en plus de l’anglais dans cette chanson choupette en do dièse majeur. C’est cute, donc. Mais c’est tout : ce n’était pas la meilleure chanson de la trop uniforme sélection nationale danoise pour l’Eurovision, mais c’était effectivement la moins mauvaise… Platte, planplan, pas franchement intéressant. Mais cute. Cela suffira-t-il ?

8. Suède : John Lundvik – « Too Late For Love »

Je ne suis convaincu par aucune proposition de la Suède depuis 2015, ramassant pourtant à chaque fois un Top 10 immérité. « Too Late For Love » a un truc en plus par rapport à ces précédents essais, mais cela tient beaucoup au showman John Lundvik (qui, contrairement à Frans, Robin Bengtsson et Benjamin Ingrosso, assure vocalement en live) – car la chanson reste tout de même particulièrement plastique. Pour le coup, un Top 10 final me paraîtrait mérité – mais ne déconnez pas pour le mettre dans le Top 5. Surtout si le staging et les mouvements de Lundvik ne sont pas moins paresseux que durant le Melodifestivalen. (Perso : Top 10/15)

9. Autriche : PÆNDA – « Limits »

Dans le match des ballades soporifiques de cette seconde demi-finale de l’Eurovision 2019, l’Autriche gagne à mon goût d’une courte tête face à la Lettonie et l’Irlande. Mais… c’est tout, et c’est bien dommage. Borderline qualifier potential pour une mélopée qui aurait gagné à être produite de manière plus profonde et moins artificielle car en dehors de la voix de PÆNDA, le reste de la proposition me parait bâclé.

10. Croatie : Roko – « The Dream »

Le cauchemar de ce concours, comme il y a deux ans, nous vient de la Croatie. La recette, il faut dire, est la même : Jacques Houdek est à la manœuvre (il devrait même être backing singer) mais envoie au charbon un jeunot qui, certes, a du coffre, mais sur qui on a collé des ailes pseudo-angéliques artificielles en sélection nationale et, surtout, une power-ballade qui fait saigner des oreilles dès le premier refrain. J’espère sérieusement que le hold-up de 2017 ne se reproduira pas, surtout dans une demi-finale qui, désormais, va commencer à devenir très sérieuse…

11. Malte : Michela – « Chameleon »

La non-qualification de 2018 de Christabelle m’a toujours paru frustrante, Borg ayant été injustement défoncée par le télévote (bonne dernière alors qu’elle a fini 5e auprès des jurys). A priori, cette injustice ne devrait pas se reproduire avec « Chameleon », une des propositions les plus urbaines et actuelles de cet Eurovision. Si, à l’instar de l’Azerbaïdjan en conclusion de cette demi-finale, Malte arrive à combiner l’esthétique de ce clip (le coup de ces pleurs en spaghetti, par contre, que ce soit Bakou ou La Valette, j’suis pas sûr), staging malin et bonne performance vocale, le résultat final peut être excellent. (Perso : Top 10/15)

12. Lituanie : Jurij Veklenko – « Run With The Lions »

L’Europe de l’Est aura comme d’habitude donné, durant les sélections nationales, un bon nombre de dramas que seul l’Eurovision peut produire. Celui de la Lituanie me paraît le plus cruel car, au moins, la Hongrie et la Roumanie ont déjà goûté au Top 5… La Lituanie avait deux potentiels Top 3 dans sa besace mais, problème, les deux étaient signés Monika Marija – qui, surprise de cette situation, a merdé sur la fin, on le sait, mais pouvait-elle en faire autrement ? Résultat, Vilnius envoie une ballade vaguement pop, proprette pour sûr, Jurijus maîtrise aussi bien son falsetto que son roulage de pelles entre garçons, mais la proposition finale paraît finalement d’une grande platitude. Quel gâchis !

13. Russie : Sergey Lazarev – « Scream »

Après la mauvaise blague Julia Samoylova, la Russie a rappelé le duo Kirkorov-Lazarev pour se venger de la troisième position de 2016 – si ça n’aurait tenu qu’à moi, elle aurait fini cinquième derrière la Bulgarie et la France. « Scream », donc, est un titre de pop épique, très épique même, genre cinématique pour Disney d’il y a dix ans, sans oublier que l’atmosphère de la vidéo n’évoque pas autre chose. Le staging sera fondamental car, pour le live, Lazarev a prouvé à l’Eurovision qu’il savait y faire. De là à se venger de 2016 ? Si la Russie chope un top 5 cette année, cela pourrait être limite immérité.

14. Albanie : Jonida Maliqi – « Ktheju Tokës »

Contrairement à l’année dernière où personne n’a cru qu’Eugent Bushpepa pourrait défier les pronostics de Bottom 5 final et finir 11e en finale de l’Eurovision (meilleur résultat depuis le mythique « Suus » de l’Eurovision 2012), Jonida Maliqi me paraît prise un peu plus au sérieux. Tant mieux, car « Ktheju Tokës » est encore un très bel effort ethnique de l’Albanie. De là à viser un top 10 final, j’y crois moins. Mais une qualification en finale, à tout le moins, serait méritée. (Perso : Top 10/15)

15. Norvège : KEiiNO – « Spirit In The Sky »

Un Eurovision sans un peu d’Europop ne serait pas un vrai Eurovision. 2019 est à ce titre une année chanceuse : le trio KEiiNO (Alexandra Rotan, Tom Hugo et Fred Buljo) a envoyé une bombe – et il fallait au moins ça pour se sortir d’une sélection nationale norvégienne, pour une fois, d’une grande qualité d’ensemble. « Spirit in the Sky » est un vrai plaisir coupable mais, non, pas une « bouse coupable » comme je l’utilise souvent au quotidien. Je suis moins convaincu par deux choses : le staging durant le MGP d’un côté, Tom Hugo avec des cheveux mi-longs de l’autre. Deux éléments qui se corrigent pour redonner un premier Top 5 à la Norvège depuis 2014. Et pourquoi pas plus ? (Perso : Top 5)

16. Pays-Bas : Duncan Laurence – « Arcade »

Le pré-favori du concours Eurovision de cette année mérite de l’être, autant le dire. Une des ballades les plus émouvantes envoyées au concours pourrait permettre à Amsterdam une première victoire depuis 44 ans – soit deux ans de plus que la France, mais six de moins que l’Espagne, quitte à parler de nos voisins. En live, Duncan Laurence va devoir assurer, mais j’ai curieusement peu d’inquiétudes sur ce point. Le staging, par contre, sera crucial pour se débattre des grosses machines concurrentes. Merdez pas ! (Perso : Top 1/2 avec l’Islande)

17. Macédoine du Nord : Tamara Todevska – « Proud »

Quelle étrange malchance frappe donc la Macédoine du Nord depuis 2017 ? Je ne me remettrai jamais complètement du flop de Jana Burceska avec le génial « Dance Alone » – même si, bon, on s’y attendait. Une expérience similaire s’est reproduite en 2018 avec Eye Cue. Donc, pour 2019, plutôt que la pop-dance légère, Skopje rappelle Tamara Todevska (déjà là en 2008, sa soeur Tijana étant de son côté là en 2014) avec une ballade féministe. Vocalement, Todevska assurera, on sait. Le staging, on le sait aussi, sera minimal – mais vu les catastrophes de la Macédoine du Nord sur cet aspect ces dernières années, ce n’est probablement pas plus mal. Mais le problème est ailleurs : la chanson est plate, légèrement misérabiliste, sombrant parfois dans un pathétique lourdaud. « Proud » aurait cartonné dans les années 90 mais en 2019, j’aimerais être plus optimiste que cela, mais je crois qu’elle ne passera pas le cap de la demi-finale (l’ordre de passage est à la fois génial et piégeux, effet neutre à mon sens). Qui vengera donc Jana ?

18. Azerbaïdjan : Chingiz Mustafayev – « Truth »

Après sa première non-qualification en finale de l’Eurovision l’année dernière (et encore, Aisel a fini 11e derrière Saara Aalto…), l’Azerbaïdjan a décidé de ressortir une nouvelle piste entre pop et dance mais qui, contrairement à « X My Heart », n’est pas niaiseuse. « Truth » n’est pas aussi expérimental que l’excellent « Skeletons » de 2017 mais s’en rapproche dans l’intention. Autre certitude : Chingiz Mustafayev est une bombasse même si, il ne faut pas l’oublier, il eut dans sa précédente carrière de chanteur semi-flamenco amateur l’instabilité capillaire d’un Christophe Castaner bloqué à Forcalquier un hiver enneigé (non, pas d’images, il est bien mieux aujourd’hui, restons là-dessus). Mais bref : comme pour Malte, si le staging peut reproduire la sublime esthétique du clip, si Chingiz Mustafayev ne loupe pas son live et porte un tee-shirt moulant (torse nu, bof pour le concours), alors Bakou peut faire très mal. (Perso : Top 5/10)

Mes pronostics (au 23 avril) :

  1. Pays-Bas
  2. Norvège
  3. Suisse
  4. Azerbaïdjan
  5. Suède
  6. Russie
  7. Malte
  8. Arménie
  9. Albanie
  10. Danemark
  11. Macédoine du Nord
  12. Roumanie
  13. Autriche
  14. Croatie
  15. Irlande
  16. Lettonie
  17. Lituanie
  18. Moldavie

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.