Eurovision 2019 : première demi-finale, mes pronostics.

Période actuellement creuse pour l’Eurovision, entre la fin des sélections nationales et le début réel du concours. Avant de découvrir les idées de staging des uns et des autres à Tel-Aviv, focus sur les versions studio des 17 chansons de la première demi-finale (14 mai prochain). Elles sont bien sûr présentées avec, accompagnées de ma légendaire objectivité teintée de langue-de-puterie manifeste, mes avis et pronostics.

(Mince, tu voulais checker mes prédictions pour l’autre demi-finale ? Clique donc ici même)

1. Chypre : Tamta – « Replay »

Portée par le succès fulgurant du « Fuego » d’Eleni Foureira, l’île a tout simplement mené un CTRL+C CTRL+V puis vite fait modernisé l’ensemble pour, qu’enfin, la grecque Tamta accepte de représenter Chypre à l’Eurovision. Mais le succès de « Fuego » doit beaucoup à son interprète et à son live de feu, que Tamta va devoir ne serait-ce qu’égaler. Autre faiblesse : la Suisse, cette année, a étonnamment pris le même chemin musical et risque de cannibaliser les votes en sa faveur en finale…

2. Monténégro : D mol – « Heaven »

Trois pays désormais habitués aux tréfonds du classement se retrouvent dans la même demi-finale mais si, du côté de Saint-Marin, une qualification en finale ne paraît pas tout à fait impossible, il n’en est pas de même pour la Géorgie et donc pour le Monténégro, qui vont de nouveau lutter pour éviter la dernière place. « Heaven » est un titre plein de poussière qui aurait paru daté dans les années 90, alors même qu’il a bénéficié d’un léger (et honnêtement bénéfique) revamp. Pour rappel, la deuxième place de la première demi-finale l’année dernière était également attribuée à une vieillerie qui n’aurait jamais dû sortir de son placard. Et l’Islande a évidemment fini dernière

3. Finlande : Darude feat. Sebastian Rejman – « Look Away »

Après plusieurs approches, le DJ Ville Virtanen, derrière le célébrissime « Sandstorm », a finalement décidé de porter les couleurs de la Finlande à l’Eurovision. Dommage qu’il n’ait guère été inspiré en proposant en sélection nationale trois titres monochromes, rien de catastrophique mais rien de transcendant, en s’accompagnant d’un chanteur pour qui l’épreuve du live n’est pas très flatteuse. Qualification difficile en finale mais si Helsinki décide de disrupter un peu le staging présenté à l’UMK (semblerait que non, mais sait-on jamais), la porte peut être ouverte.

4. Pologne : Tulia – « Fire of Love (Pali Sie) »

Proposition divisive par excellence que la chanson de la Pologne qui, pour une fois depuis bien longtemps (je n’inclus pas l’horripilant Michal Szpak), ne la joue pas sécure. Ce titre passe crème ou casse les oreilles et, toutefois, je dois admettre faire partie de la deuxième catégorie. J’ai l’impression d’entendre un « Party for Everybody » ralenti avec quatre femmes qu’on voudrait vieillir de cinquante ans. Leur harmonie vocale, ceci étant, est incontestable. Déjà ça de pris…

5. Slovénie : Zala Kralj & Gašper Šantl – « Sebi »

Autre proposition divisive mais dans un registre bien plus contemporain : la Slovénie a préféré cette année présenter cette proposition electronica linéaire que le « KAOS » mégalomaniaque de Raiven. J’ignore si ce pari est le bon car si « Sebi » sonne 2019 (c’est rare !), il n’a pas d’envolée réelle et reste en soi assez platte. Et encore, sans compter que le charisme de Zala Kralj sur scène est encore à démontrer… Profil typique du dark horse qui peut choper un top 10 en finale sans prévenir, mais peut aussi se faire fermer les portes de la finale à la dernière minute. (Perso : Top 10/15)

6. République Tchèque : Lake Malawi – « Friend of a Friend »

« Friend of a Friend » est un autre effort pop qui ne paraît pas trop daté, mais qui n’évoque en moi qu’un néant de sentiments assez profond. Permet de se dodeliner la tête deux secondes, mais trois minutes, c’est difficile. Chanson qui peut plaire à un nombre non négligeable et aller en finale mais, toutefois, Prague aurait vraiment mieux fait de voter pour Barbora Mochowa.

7. Hongrie : Joci Papai – « Az én apam »

La sélection nationale hongroise aura été l’une des plus honteuses de la saison, bien d’excellentes chansons ayant été dégagées sans ménagement par un jury toujours pétri de testostérone et amputé de bon goût (adieu pauvres « Hazavagyom », « Incomplete », « Szolzantag »…). Joci Papai est donc de retour deux ans après le superbe « Origo », mais… « Az én apam » ne soutient pas la comparaison. Une qualification pour la finale n’est cette année d’ailleurs possible que parce que la Hongrie est dans la première demi-finale de l’Eurovision, pas dans la deuxième…

8. Biélorussie : Zena – « Like It »

Le grand prix des paroles les plus niaiseuses de l’Eurovision est souvent attribué à la Biélorussie, et cette année n’y fera pas exception. Musicalement, c’est au-delà de la formule formatée, ce refrain indécent dans la bouche d’une fille de 16 ans reste bien en tête, mais le reste s’oublie comme un plat micro-ondable dix minutes après avoir été mangé. Destin compromis pour cette chanson au-delà de la demi-finale.

9. Serbie : Nevena Božović – « Kruna »

La Serbie tente de nouveau cette année le format de la ballade balkanique Joksimovic-like avec Nevena Božović, qui avait déjà fait partie de la malheureuse épopée Moje 3 en 2013. Elle a ici l’occasion de briller davantage avec un titre on ne peut plus typique, trop classique, limite suranné. Mais, cette année, elle peut se permettre des envolées vocales que peu peuvent mener cette année du côté des participantes féminines. Je la vois comme une candidate surprise au top 10 final, même si elle ne fait pas partie de mon top 10 personnel.

10. Belgique : Eliot – « Wake Up »

Beau gâchis cette année avec la proposition de nos voisins belges qui, visiblement, ont tout misé sur les couplets et se sont endormis pour concevoir le refrain. Là où « Wake Up » aurait pu devenir une petite bombe electronica à la « City Lights », il n’en reste finalement qu’un soufflé dégonflé que le jeune Eliot Vassamillet va galérer à regonfler en live. Dommage.

11. Géorgie : Oto Nemsadze – « Keep On Going »

La Géorgie tente pour la deuxième année de suite un schéma assez étonnant : mettre en avant une chanson avec un titre en anglais, pourtant intégralement chantée en géorgien, dans un format qui n’a à peu près aucune chance de bien figurer à l’Eurovision. Ce qui, contrairement à l’année dernière, pourrait sauver la Géorgie de la dernière place est qu’Oto Nemsadze a du charisme et un bon coffre vocal. Mais c’est bien l’unique raison que j’ai trouvée pour laisser ce strapontin de la lose au Monténégro…

12. Australie : Kate Miller-Heidke – « Zero Gravity »

Après quatre premières années passées à envoyer des titres on ne peut plus stéréotypés (dont un génial, merci Dami Im), l’Australie aurait pu faire la même chose en privilégiant Sheppard ou Alfie Alcuri, voire jouer la carte ethnique avec Electric Fields. No way! L’Elina Nechayeva australienne a moins de coffre que l’estonienne et aurait pu éviter, durant « Australia Decides », de tenter pour la 833e fois le coup de la robe géante. Mais le reste (la chanson en soi, bien meilleure que je ne lis ici et là, la voix de Kate Miller-Heidke, aussi, puis, pour le staging, l’idée de la danseuse perchée) me laisse plus optimiste que la majorité des pronostiqueurs pour « Zero Gravity ». C’est étonnant de dire ça de la part de l’Australie, mais ce titre est un dark horse potentiel. (Perso : Top 10)

13. Islande : Hatari – « Hatrið mun sigra »

L’Islande, un archipel si schizophrénique. (Oui, archipel, tu peux checker les îles Vestmann) Archipel donc qui, l’année dernière, a proposé la ballade la plus dégoulinante de sirop de la sélection pour finir bonne dernière et qui, cette année, pourrait enfin choper la victoire finale avec un trio techno-BDSM hurlant à la fin prochaine du capitalisme en se faisant ouvertement sponsoriser par une marque de soda inconnue. Dans le duel des propositions WTF de cette année, j’ai l’impression que l’Islande laissera une trace bien plus importante que le Portugal et, pourquoi pas, pourrait faire déménager le concours à Reykjavik en 2020. Personnellement, j’y crois. (Perso : Top 1/2 avec les Pays-Bas)

14. Estonie : Victor Crone – « Storm »

Au terme d’un Eesti Laul plutôt platte cette année, l’Estonie sera donc représentée à l’Eurovision par un Suédois. Ceci étant, contrairement à Sahlene en 2002, sauf improbable concours de circonstances, Victor Crone ne finira pas troisième. Une qualification en finale n’est même pas acquise pour cet hommage à Avicii, sans oublier que le chanteur a déjà démontré en live toutes ses limites vocales… Un destin à la Pologne 2018 est tout sauf à exclure.

15. Portugal : Conan Osiris – « Telemóveis »

Deuxième Festival da Cançao on ne peut plus LGBT-hipster au Portugal. Et, donc, deuxième proposition on ne peut plus LGBT-hipster en cette ère post-Salvador Sobral. « Telemóveis » est déroutant, bizarre, timbré, bigarré, tout ce que tu veux, pois chiches, gratin de courgettes, mais j’identifie un potentiel risque de non-qualification en finale de l’Eurovision. Finira soit dans le top 5 final, soit en dernière place de la finale comme Claudia Pascoal (c’est toujours une honte, d’ailleurs), soit finira derrière la Biélorussie en demi-finale et regardera le reste à TV. A mon image de cette chanson : je la trouve parallèlement géniale et paresseuse – puis, surtout, il va falloir retravailler le staging. Les costumes, nope, j’adore. Mais le staging. Hein. (Perso : Top 5/10)

16. Grèce : Katerine Duska – « Better Love »

Il y a de cela pas si longtemps, à l’Eurovision, la Grèce faisait figure de valeur sûre et avait sa place quasiment assurée dans le top 10 en finale. Mais la roue a tourné et, puisque la Grèce a réussi à se faire éliminer l’année dernière en demi-finale avec le superbe « Oniro Mou », quelle catastrophe peut-on attendre avec « Better Love » ? La proposition est quand même plus sécure, Katerine Duska pourra difficilement être plus paresseuse sur scène que Yianna Terzi, puis le package global paraît plus solide. Un peu insignifiant à force de réécoutes, mais une bonne place en finale est attendue. (Perso : Top 10/15)

17. Saint-Marin : Serhat – « Say Na Na Na »

Après de nouvelles rumeurs de retrait de Saint-Marin en constatant son désastreux ratio moyens investis sur résultats obtenus, le micro-Etat a donc décidé de rappeler Serhat (12e en demi-finale de 2016) autour d’un clip clairement produit avec plus de trois bouts de ficelle. Si la chanson est niaiseuse, elle n’en est pas moins entraînante et au vu de la qualité de cette demi-finale (et de son ordre de passage !), peut surprendre. Donc : Saint-Marin a les moyens de se qualifier pour la deuxième fois de son histoire en finale et peut-être améliorer son record historique (24e place de Valentina Monetta en 2014). Franchement, ils méritent.

Mes pronostics (au 23 avril) :

  1. Islande
  2. Grèce
  3. Chypre
  4. Belgique
  5. Serbie
  6. Slovénie
  7. Australie
  8. Finlande
  9. Portugal
  10. Saint-Marin
  11. Hongrie
  12. Estonie
  13. République Tchèque
  14. Pologne
  15. Biélorussie
  16. Géorgie
  17. Monténégro

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.