Eurovision : les 20 pires chansons présentées au concours (depuis 2000)

À quelques jours du début des festivités officielles de l’Eurovision 2018, petit flashback en toute bonne foi sur les pires chansons présentées au concours depuis 2000. (Car je dois bien justifier d’avoir quitté la famille de l’Eurovision pendant quasiment dix ans.)

Au préalable, si tu as peur à l’avance des horreurs que je vais ici raconter, tu peux déjà retrouver cette playlist del diablo en cliquant genre là.

  • 20. Buranovskiye Babushki – Everybody Dance (Russie 2012)

Commençons cette série du pire par une chanson qui a pourtant fini en 2e position finale. Je vois les Buranovskiye Babushki comme une sorte de « troll act » qui s’est trop pris au sérieux, comme à peu près 90% des actes parodiques ayant participé au concours (et beaucoup figureront dans cette liste du pire). Oh, certes, ces mamies de l’Oural sont choupettes, mais cela ne suffit pas pour faire de cette proposition imbitable une chanson écoutable. Heureusement que Loreen était là pour empêcher le cataclysme un court temps craint…

  • 19. Trackshittaz – Woki mit deim Popo (Autriche 2012)

Il faudrait presque remercier les Trackshittaz d’exister puisqu’en battant en finale nationale une certaine Conchita Wurst, ils auront permis à cette dernière de remporter la finale du concours deux ans plus tard avec une meilleure chanson que « That’s What I Am ». Mais c’est bien la seule chose à mettre à leur crédit : cette mauvaise piste dance, rappelant de manière combinée le pire du dubstep et les retours foirés des rois de l’italo-dance des années 2000 (Gabry Ponte en tête), chantée en Mühlviertlerisch, fait très mal au crâne. Aura heureusement fini bonne dernière de sa demi-finale.

  • 18. The KMG’s – Love Power (Belgique 2007)

Si la Belgique, à l’instar de la France, des Pays-Bas ou encore de la Lettonie, a sérieusement redressé la barre ces dernières années à l’Eurovision, c’est aussi pour passer sous silence certaines propositions antérieures qui n’auraient jamais dû exister. Que les KMG’s veuillent proposer de la funk, pourquoi pas : c’était original. Mais il aurait été préférable qu’ils sachent en proposer de la bonne. A fini 26e sur 28 de la demi-finale : le 28e et dernier arrive tout de suite (et le 27e, encore autrichien, méritait mieux que d’être pris en sandwich entre ces deux abominations).

  • 17. Kabat – Mala Dama (République Tchèque 2007)

L’histoire de la République Tchèque avec l’Eurovision aura commencé de manière dramatique, avec une dernière place en demi-finale amplement méritée. Kabat a-t-il voulu surfer sur la vague de Lordi, vainqueur du concours l’année précédente ? À la différence des Tchèques, les Finlandais avaient du talent et savaient proposer de bonnes chansons hard-rock. Là, c’est une soupe soft-rock poussiéreux que les radios polonaises n’auraient même pas voulu passer dans les années 90.

  • 16. Teapacks – Push The Button (Israël 2007)

Encore 2007, et encore une chanson virée de manière fort heureuse en demi-finale (24 sur 28) ! Mais qu’a voulu tenter Teapacks avec ce bouton, qu’on devine nucléaire ? La seule chose rassurante avec ce groupe est que le chanteur massacre moins la langue française (avec un arrière-décor vomitif d’accordéon) que l’anglaise. Le reste est plus qu’amateur et, ce qui me semble encore plus dommageable, est qu’il me semble qu’il y aurait eu une (petite) place pour faire mieux.

  • 15. Serhat – I Didn’t Know (Saint-Marin 2016)

De la disco poussiéreuse saint-marinaise chantée par un Turc en quête de relance de carrière. Étonnant 12e de sa demi-finale, « I Didn’t Know » a été quelque peu sauvé par un revamp légèrement plus dance, la version originale ayant probablement fini dans le top 5 de cette liste (et à la dernière place de sa demi-finale). Encore plus étonnant : cette bouse a terminé devant l’Islande. Genre l’Islande de 2016. Non mais genre.

  • 14. Jacques Houdek – My Friend (Croatie 2017)

Cette chanson m’a collé des sueurs froides lors du déroulé du télévote de la finale 2017 : à 7 points près, elle finissait devant le « Requiem » d’Alma ! Certes, Jacques Houdek a de la voix, voire même plusieurs, et il sait s’en servir. Maintenant que j’ai été gentil, devenons factuels : cette schizophrénie opéra-pop (mais dans un registre à douze galaxies de celui d’Elina Netsajeva) fait aussi mal aux oreilles qu’aux yeux.

  • 13. Michal Szpak – Colour of your Life (Pologne 2016)

Nouvelle chanson descendue à juste titre par les jurys professionnels et plébiscitée par le télévote : si « My Friend » est passé de 25 à 128 points, « Colour of your Life » est passé de 7 à 229 points, finissant 3e du télévote devant même l’Australie ! Un tel différentiel a été analysé dans tous les sens (diaspora polonaise, solidarité est-européenne…) mais, pour la faire courte, je fais le même constat pour Michal Szpak que pour Jacques Houdek : ils savent chanter, mais se sont limités dans ce cadre à ne cracher qu’une bouillie qu’on aimerait qualifier de rétro mais, qu’au mieux, il faut qualifier de ringarde.

  • 12. Jemini – Cry Baby (Royaume-Uni 2003)

Si le Royaume-Uni est le recordman des 2e places, c’est aussi celui qui se spécifie pour deux étranges tendances : envoyer un grand nombre de stars totalement sur le déclin pour les voir se cagader dans le classement (Bonnie Tyler, Engelbert Humperdinck…) et sortir des perles de ringardise pop qui n’auraient jamais dû exister. Si « Flying the Flag » de Scooch (2007) était au moins drôle, « Cry Baby » de Jemini fut une tragédie sans nom, musicale comme vocale (un demi-ton au-dessus de manière quasi-permanente !), qui chopera heureusement une dernière place et un « zero point » à la clé. D’autres horreurs britanniques ont échappé de peu à ce top 20, mais il m’en reste une en stock…

  • 11. Zdob si Zdub – So Lucky (Moldavie 2011)

Si cette formation moldave avait loupé de peu sa qualification en finale en 2005, il est parvenu à l’obtenir pour un point en 2011. So lucky! Pire : alors que la dernière place de la finale pouvait leur tomber dans l’escarcelle, le groupe aura à la surprise générale obtenu une 12e place définitive. La chanson : troll rigolo à la Sunstroke Project, mais avec dix fois moins de talent. Si, à la première écoute, elle paraît presque écoutable, elle donne des envies d’éviscération par la suite.

  • 10. Rambo Amadeus – Euro Neuro (Monténégro 2012)

Je parlais en préambule des « troll acts » qui se veulent donc parodiques et, j’en profite pour faire un spoiler, Dustin The Turkey ne figure pas dans ce top 20 (je suis nostalgique de cette scène hard-dance irlandaise qui n’en avait rien à foutre de rien). Rambo Amadeus est l’un des exemples d’échec les plus flagrants : en charge de l’ouverture de la première demi-finale, il marmonne des trucs incompréhensibles en anglais, allemand et monténégrin sur un fond de musique vaguement balkanique, dans une compilation de 1997 en solde chez Cora. A tenté de revenir cette année sous les couleurs de la Serbie, sans aucune honte. 15e sur 18 en demi-finale.

  • 09. Omar Naber – On My Way (Slovénie 2017)

Le Slovène Omar Naber réussit l’exploit non négligeable de figurer à la fois dans mon top 20 des plus grandes injustices du concours et dans celui des pires bouses proposées. Si « Stop » en 2005 n’a pas eu le destin qu’il méritait, cette ballade sirupeuse dégoulinante de mauvais saccharose qu’est « On My Way » non plus : elle aurait dû finir bonne dernière de sa demi-finale, mais a pourtant devancé l’audacieuse proposition lettone de Triana Park. Aurait peut-être pu gagner le concours en 1964.

  • 08. Electro Velvet – Still In Love With You (Royaume-Uni 2015)

Comment vous résumer la proposition britannique de 2015 ? Essayant de mixer musique de comédie musicale avec de vagues accents pop pour faire genre qu’on participe à l’Eurovision sans trop se foutre de la gueule du public, « Still in Love With You » doit sa 24e place sur 27 au fait que la France a envoyé Lisa Angell et que l’Allemagne et l’Autriche (pourtant tenante du titre) ont visiblement délibérément visé le bonnet d’âne qu’auraient mérité et Londres et Paris. Chanson fade et involontairement parodique, ne serait-ce que pour son introduction à base de TUTUTUTUTUTU.

  • 07. Piero & The Music Stars – Celebrate (Suisse 2004)

Nous rentrons désormais dans une nouvelle dimension de la médiocrité avec, ici, une proposition suisse qui a heureusement fini dernière en demi-finale avec zéro point. Mais contrairement à Michael van der Heide, Mélanie René et Rykka, ce bonnet d’âne est intégralement mérité pour cet arc-en-ciel de mauvais goût – et pas uniquement capillaire. Bande-son rêvée d’une série Y colombienne, cette horreur souffre d’un défaut majeur : le chanteur se prend vraiment au sérieux à force de gueuler comme un MC ses minables « C’Mon » et « Clap Your Hands » – alors que, bon, les mains en question n’avaient qu’une seule destination rêvée, son visage.

  • 06. Rodolfo Chikilicuatre – Baila el Chiki Chiki (Espagne 2008)

Voilà un « troll act » qui aurait pu me plaire s’il n’avait pas été pris autant au sérieux – et de manière aussi vulgaire. C’est malheureusement une horreur que comprendront tou·te·s celles et ceux qui passent leurs vacances en Espagne : nos voisins ibériques n’ont jamais été bons pour pondre de la dance de talent, se contentant d’un too much soit écoutable (la makina) soit qui donne envie de s’insérer des tapas dans les oreilles. Malheureusement, pour cette chanson, je devrais créer une troisième catégorie… 16e sur 25 en finale, devançant même Sébastien Tellier et Teräsbetoni.

  • 05. Kreisiraadio – Leto Svet (Estonie 2008)

Encore un exemple de « troll act » supposé dégoulinant malgré tout d’une médiocrité maladive. Ce trio estonien supposément comique a beau s’exprimer en serbe (« Molitva » ayant gagné l’année précédente), en finnois et allemand, cela ne suffit pas pour adoucir le malaise qui grimpe automatiquement à la vue de cette chose qui, musicalement, n’était pourtant pas si médiocre. Avant-dernier en demi-finale, devançant Saint-Marin qui participait pour la première fois – et ne méritait PAS DU TOUT ce destin.

  • 04. Alf Poier – Weil der Mensch zählt (Autriche 2003)

Parodie involontaire ou lobotomie généralisée ? Cette chanson digne d’un générique de Club Dorothée liechtensteinois, même mélangée (n’importe comment) avec de vagues passages rock, a fini en 6e position de la finale de 2003. C’est pourtant mal chanté, parfois faux, dansé d’une manière qui rassurera tous les mauvais danseurs de la place, mais il faut croire qu’un humoriste (c’est le job de base d’Alf Poier) pouvait se permettre de commettre une telle bouse il y a de cela quinze ans…

  • 03. Pertti Kurikan Nimipäivät – Aina mun pitää (Finlande 2015)

Les Finlandais ont-ils cru avoir de l’humour en envoyant cet attelage il y a de cela trois ans ? Pertti Kurikan Nimipäivät a évidemment fini dernier de sa demi-finale, mais ce n’est pas le pire : ce groupe composé de trisomiques semble totalement noyé par le ridicule, non seulement en présentant la « chanson » la plus courte de l’histoire du concours, mais donne surtout la malaisante impression d’avoir été envoyés là comme des bêtes de foire. Ce qui n’est pas ce qu’on attend forcément quand on parle d’intégration des handicapés…

  • 02. Patrick Ouchêne presents Copycat – Copycat (Belgique 2009)

« Copycat » supposé d’Elvis Presley, Patrick Ouchêne donne ici surtout l’impression de s’être transformé en Dany Brillant bourré et en descente de speed. Cela devrait suffire à vous décrire l’horreur que vous allez vous infliger, qui n’aura pourtant pas fini dernière de sa demi-finale, obtenant un point miraculeux (merci l’Arménie). Et pour cause…

  • 01. Gipsy.cz – Aven Romale (République Tchèque 2009)

Comment décrire ce « zero point » de 2009 et, de même, comment justifier cette première place ? Alors, dans le désordre : c’est mal chanté, mal chorégraphié, mal habillé, la musique est affreuse, rythmiquement hors sujet et, surtout, ce groupe rom donne constamment l’impression d’insulter sa propre communauté en proposant une chose pareille qui, même si cela avait constitué une parodie, aurait été aussi drôle qu’un sketch de Jean-Marie Bigard parlant des végétariens.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.