Eurovision 2018 : ces 20 chansons qui auraient mérité mieux (depuis 2000)

L’Eurovision 2018 s’apprête à rentrer dans sa période critique, sa finale étant prévue pour le 12 mai prochain. L’occasion de faire une petite rétrospective des plus grosses injustices récentes du concours, de manière tout à fait subjective.

Bien des chansons ont remporté le concours Eurovision de manière globalement incontestable, de « Waterloo » à « Heroes » en passant par « Si La Vie Est Cadeau » ou encore « Euphoria ». Mais d’autres se sont plus ou moins violemment ramassées alors même, qu’entre nous, elles méritaient mieux. Place insuffisante en finale, élimination surprise en demi-finale voire même, pour certaines, dernière place tout à fait incompréhensible, voici 20 chansons qui auraient mérité mieux depuis 2000. Vous noterez par vous-même, et ce n’est pas un hasard, que la chanson la plus ancienne ici listée date… de 2005. L’Eurovision, il y a encore de cela quelques années, ne méritait guère mieux qu’un mépris poli d’un point de vue musical – raison supplémentaire pour se réjouir que le concours soit de nouveau pris au sérieux.

Au préalable : cette playlist est disponible sur Soundsgood, Spotify et Youtube. Tu peux t’abonner à mes comptes car je suis mignon et que je ne demanderai jamais tes coordonnées Paypal.

  • 20. Evridiki – Comme Ci Comme Ça (Chypre 2007)

Commençons par l’une des explications majeures à l’anglicisation continue des chansons du concours Eurovision, même si grâce à Jamala et Salvador Sobral cette tendance semble atteindre ses limites en 2018. Evridiki, qui avait déjà représenté Chypre au concours à deux reprises (1992 et 1994), tente en 2007 un come-back culotté dans la langue de Molière qui méritait clairement mieux qu’une anonyme élimination en demi-finale. Dans des genres proches, si « Loin d’Ici » (Autriche 2016) s’en est bien sorti grâce au télévote, l’ambivalent « Je Ne Sais Quoi » (Islande 2010), même en anglais à l’exception de ce titre, ne méritait pas de finir dans le bottom 10 de la finale.

  • 19. Omar Naber – Stop (Slovénie 2005)

Drôle de trajectoire que celle du Slovène Omar Naber qui, s’il mérite de figurer dans ce classement d’injustices pour sa performance de 2005, reviendra dans des termes nettement moins élogieux suite à la bouillie pondue 12 ans plus tard. « Stop » était un titre incarné, un peu frappadingue, surtout pour un concours datant de 2005. Si « Stop » est la seule chanson slovène de ce top 20, Ljubljana reste globalement maudit, notamment pour Maja Keuc (2011) et surtout la folle Alenca Gotar (2007).

  • 18. Getter Jaani – Rockefeller Street (Estonie 2011)

Bottom 5 en finale, sérieusement ? Si « Rockefeller Street » n’est une chanson ni brillante, ni grandiose, ni révolutionnaire, son staging hyper-dynamique, sa scénographie globalement millimétrée et la performance de la jeune Getter Jaani tout à fait au niveau auraient clairement dû apporter plus de points à la proposition estonienne de cette année. D’autant plus au vu de la faiblesse générale des chansons de cette année-là…

  • 17. Poli Genova – Na Inat (Bulgarie 2011)

Toutes les injustices (partagées avec les miennes ou non) appellent toujours un sentiment similaire : et si l’artiste en question revenait pour se venger ? La Bulgare Poli Genova rentrait tout à fait dans cette catégorie (tout comme celle qui lui a succédé, je parle évidemment de Sofi Marinova) suite à « Na Inat » mais, têtue comme elle l’est, a permis à Sofia de perfectionner son retour au concours en chopant la 4e place du concours en 2016 – record battu l’année suivante par Kristian Kostov. « Na Inat », dans un registre pas si éloigné de « Crno i Belo » (Macédoine 2012), ne devait à mon sens pas se faire ramasser aux portes de la finale – d’autant plus, comme rappelé précédemment, que 2011 n’était pas un grand cru.

  • 16. Miodio – Complice (Saint-Marin 2008)

La Sérénissime République de Saint-Marin a terminé en dernière position du concours Eurovision pour sa première participation, à l’instar de plusieurs autres pays (notamment la République Tchèque l’année précédente). Mais si Prague méritait ce sort en 2007, si Saint-Marin a également mérité sa lanterne rouge de 2017 avec « Spirit of the Night » (et il en aura été historiquement de même pour l’Autriche, la Lituanie, Malte, Monaco, le Portugal et la Turquie), il n’en était pas du tout de même pour « Complice ». A-t-on voulu juger la chevelure hypothétique de Miodio avec cet abaissement immérité ? Je n’irai pas jusqu’à dire que « Complice » aurait dû aller en finale… Mais presque. Vraiment pas loin.

  • 15. Amandine Bourgeois – L’enfer Et Moi (France 2013)

Mettons ici fin à une légende urbaine. Non, la masochiste France n’a pas été si maltraitée que cela ces dernières années au concours Eurovision, avant même la reprise en main par Edoardo Grassi – et c’est d’autant plus évident en comparant nos performances récentes avec celles des autres membres du big 5, Italie exceptée. Amir et Patricia Kaas méritaient un top 10 mais pas le top 5, Alma a obtenu une 12e place globalement logique, Twin Twin n’aurait pas dû finir dernier mais méritait le bottom five, dernière position qu’aurait par contre mérité Lisa Angell. Une analyse tout à fait personnelle qui souffre toutefois d’une exception majeure.

Amandine Bourgeois a été victime du « syndrome de la première place » : ouvrir un concours est, en termes de position finale, rarement bon signe. Si des artistes comme Laura Tesoro (Belgique 2016) ou Maraaya (Slovénie 2015) s’en sont bien sorties, deux 23e places me reviennent en mémoire : si celle d’Imri Ziv (Israël 2017) était imméritée (un top 15 aurait été honnête), celle d’Amandine Bourgeois était TRÈS imméritée. Top 10 assez évident dans mon esprit (elle a d’ailleurs fini 12e du vote des jurys… et avant-dernière [25e] du télévote) : son message de l’époque n’était pas si éloigné du « Toy » de Netta Barzilai – les bruits de poulet en moins. De là à dire que la France, pour une fois, a eu raison trop tôt…

  • 14. Suzy – Quero Ser Tua (Portugal 2014)

Les 14e et 13e places de mon classement sont en réalité assez liées. Suzy a été éliminée en demi-finale pour un petit point face à Saint-Marin en 2014, son « Quero Ser Tua » ayant été descendu en flèche par les jurys. Mais pourquoi ? Son caractère léger ? Ses paroles franchement niaises (comme 80% des chansons de l’Eurovision de cette époque « lointaine ») ? La chorégraphie était bonne, l’ambiance excellente, la voix maîtrisée, la performance globale au niveau. S’il y a eu d’autres injustices plus flagrantes encore en 2014, celle de Lisbonne ne doit pas être négligée car, à l’époque, le Portugal faisait clairement partie des pays les plus poissards de la compétition…

  • 13. Valentina Monetta – Crisalide (Vola) (Saint-Marin 2013)

Qui a chopé la place de Suzy en 2014 en finale ? Une certaine Valentina Monetta. Qui a chopé la place de Valentina Monetta en 2013 en finale ? À peu près tout le monde, car c’est bien ce « Crisalide (Vola) » qui méritait de participer à la soirée du samedi. Deuxième du Wiwi Jury de l’époque, Valentina Monetta méritait clairement mieux au vu de sa performance aérienne qu’une malheureuse onzième place, qu’elle aura certes vengé l’année suivante. La seule qualification de Saint-Marin en finale, d’ailleurs… Et cela risque logiquement de continuer cette année. Transition toute trouvée avec ma chanson classée en 12e position…

  • 12. Gabriela Guncikova – I Stand (République Tchèque 2016)

La République Tchèque fait partie des gros losers de l’Eurovision, si ce n’est le principal : son voisin slovaque lutte pour la première place de ce classement parallèle de la scoumoune, mais j’y reviendrai plus tard. Ceci étant, Prague a fini dernier pour sa première participation de manière totalement logique, sans oublier son « Aven Romale » de 2009 étant l’une des pires horreurs, sinon la pire, entendues durant l’Eurovision. « I Stand », de son côté, se la jouait minimale : tout repose, il faut l’admettre, sur la présence scénique et vocale d’une Gabriela Guncikova qui a parfaitement tenu la baraque. Mais si les jurys l’ont plutôt soutenu, le zéro point obtenu du télévote lui donnera au final une hallucinante 25e place finale, devançant seulement l’Allemagne. C’est, pour l’heure, la seule participation de la République Tchèque à la finale de l’Eurovision. Et dire que Mikolas Josef, le candidat tchèque de 2018, est à mon sens l’auteur de la pire chanson de la compétition et est (toujours !) le 3e favori des bookmakers…

  • 11. Cascada – Glorious (Allemagne 2013)

L’Allemagne, tiens. Parlons-en. Dernier pays du Big 5 à avoir remporté le jackpot grâce au pourtant insipide « Satellite » de Lena Meyer-Landrut, elle accumule depuis lors des cagades sans nom, bonne dernière en 2015 et 2016, avant-dernière heureuse en 2017 grâce à l’ignominie espagnole. La source de cette scoumoune en partie méritée ? À mon sens, Cascada. « Glorious » était un top 10 assez évident, mais voilà : un staging débile, un gros loupé de temporalité vocale sur la première minute de la chanson, une première minute (encore !) découpée à l’arrache, auront tout foutu par terre. C’est d’autant plus dommageable que, sur la fin, Natalie Horter avait montré qu’elle avait tout à fait les capacités de mieux faire. Tragique gâchis.

  • 10. Agnete – Icebreaker (Norvège 2016)

En entrant dans le top 10, je pourrais répéter à chaque item que la chanson en question aura été un beau gâchis. « Icebreaker » en est un, d’une saveur particulière : cette chanson était aussi bipolaire que son interprète, deux rythmes (l’un EDM, l’autre pas loin d’un dubstep-pop) qui collaient moyennement ensemble, presque aussi bizarrement que l’assemblage macédonien de cette année. Mon problème est ici double : le staging, bleu, très bleu, froid, était toutefois spectaculaire et très bien léché. Mais, surtout, Agnete Johnsen méritait mieux. Beaucoup mieux. Performance nickel malgré une pression on ne peut plus évidente et particulière. Élimination sèche en demi-finale et regret (surtout à l’écoute de la version acoustique), qu’ « Icebreaker » eut chopé un top 5 s’il avait choisi une seule gamme rythmique.

  • 09. Ivi Adamou – La La Love (Chypre 2012)

Changement de décor avec Ivi Adamou qui, contrairement à Agnete Johnsen, a tout misé sur l’EDM. « La La Love » est iconique, démentiel, toujours écouté et réécouté dans de nombreux téléphones et même dans certaines boîtes d’Europe de l’Est qui, pourtant, voient passer des wagons de titres EDM depuis des années. « La La Love » a d’un côté souffert de la concurrence d’ « Euphoria », perle de perfection EDM dotée d’émotion, là où « La La Love » était – seulement – une excellente chanson de slut finie. Problèmes : si la voix d’Ivi n’était évidemment pas parfaite (mais chanter de l’EDM en dansant, même à 18 ans, reste complexe), c’est surtout la scénographie à deux-tiers passive qui me semble avoir tué la vibe de cette chanson. 16e en finale ? Le podium (et Chypre n’en a jamais eu) me semblait à portée de cheveux.

  • 08. Kate Ryan – Je T’adore (Belgique 2006)

Peu de stars nationales ont franchi le pas de l’Eurovision, le concours étant plus vu comme un tremplin que comme un diffuseur de popularité (on évoquera de manière seulement furtive la volonté de certains de recycler de vieilles gloires locales à moitié oubliées, le Royaume-Uni étant évidemment le spécialiste de ce procédé). Kate Ryan était ainsi, en 2006, encore populaire : la scène dance belge (menée notamment par Lasgo) perdait un peu de sa superbe mais gardait de solides fondements. Mais l’interprète du modernisé « Désenchantée » a fini 12e de la demi-finale de 2006, alors même qu’un top 10 final était attendu. Problème : honnêtement, si « Je T’adore » n’est pas extraordinaire, oui, ça méritait un top 10 final, surtout avec le professionnalisme évident de Kate Ryan. Une désillusion qui me rappelle, dans un registre similaire, celle de Cascada (voir un peu plus haut si tu as scrollé trop vite).

  • 07. Norma John – Blackbird (Finlande 2017)

Accrochez-vous : quatre chansons de l’édition 2017 vont vous être consécutivement présentées. Commençons par « Blackbird », 12e en demi-finale, pas loin du top 10 qualificatif mais, et c’est là tout le problème, méritait bien mieux. Certes, c’est minimal : le piano-voix à l’Eurovision est un sous-genre peu exploité et, d’une certaine manière, je pourrais presque dire que Carl Espen (Norvège 2014) méritait mieux qu’une 8e place finale. Mais, surtout, « Blackbird » était un piano-voix bien fichu, mystique et évidemment bien interprété, qui, je peux l’admettre, manquait toutefois d’immédiateté quant à son efficacité et son émotion. De là à être notamment devancée par la Géorgie, même dans une demi-finale difficile, il y a de quoi se questionner sur une scoumoune de la Finlande (à laquelle je crois, comme beaucoup, avec la Macédoine, la République Tchèque, la Slovaquie et dans une moindre mesure Chypre). Par extension, il y a de quoi se questionner sur le fait qu’une Saara Aalto, avec un impeccable « Monsters », ne soit pas aussi sûre de se qualifier cette année qu’un insipide Mikolas Josef (voir plus haut)…

  • 06. Francesco Gabbani – Occidentali’s Karma (Italie 2017)

C’est la chanson la mieux classée au final de cette liste : « Occidentali’s Karma » a terminé en 6e position en 2017, comme de cette liste. Problème : Francesco Gabbani méritait la victoire, première place promise depuis des semaines et des mois à l’Italien selon les bookmakers qui en avaient fait un favori encore plus évident que Netta Barzilai cette année. Donc : pourquoi cette 6e place ? Le staging n’était pas surprenant, équivalent à celui du festival de San Remo, mais il semblait effectivement moins « incarné » que d’habitude. L’editing de la chanson, un chouia trop longue dans sa version originale pour respecter les règles du concours, a également été réalisé avec une hache peu habile – sans oublier la baisse inutile d’un demi-ton. Mais, malgré tout ça, comment l’Italie a pu laisser une occasion inédite de remporter une 3e victoire, surtout en étant devancée par la Bulgarie et la Suède ? C’est ce que s’apelerio une bouteille non pas de Quézac mais de gâchis. Dommage pour Rome, Naples, Florence et sûrement pas pour Il Volo, dont je n’ai jamais compris sa victoire au télévote en 2015 (justifiant par la même, ceci étant, l’utilité des jurys professionnels).

  • 05. Triana Park – Line (Lettonie 2017)

Troisième chanson de mon quartette d’injustices vis-à-vis du scénario de l’année dernière : le groupe letton Triana Park a fini dernier de sa demi-finale, avec l’hybride « Line ». Parlons dans un premier temps de la chanson : electro minimale dans un premier couplet, elle s’amplifie et prend des accents dance, presque trance en étant peu connaisseur de ce style. Le staging, dans un second temps : un peu frappadingue, la chanson ne l’étant pas moins, la scénographie étant globalement intéressante et la scène bien utilisée. La performance, enfin, avec une Agnete Rakovska vocalement limitée mais qui fait le job. Et, donc, une dernière place en demi-finale, devançant seulement en globalité l’infamante 4e participation de la Saint-Marinaise Valentina Monetta (voir plus haut). La Lettonie a cette année été devancée par l’horripilant « On My Way » du Slovène Omar Naber (qui nous avait habitué à mieux, voir plus haut), n’obtenant qu’un point (!) des jurys et 20 points du télévote, autant qu’Omar Naber. Bref : qu’est-ce qu’il s’est passé ? L’Europe de la bienséance capillaire aurait-elle pondu un lobbying hyper efficace pour décrédibiliser Triana Park ? Aurait-elle vomi toute incursion d’innovation dance dans le concours ? Aurait-elle fumé mais pas les bonnes substances ? Ou, comme le résumerait Sandy Valentino : pourquoi ?

  • 04. Jana Burceska – Dance Alone (Macédoine 2017)

Cette ultime chanson de mon quartette d’injustices de 2017 introduit un nouveau quartette d’injustices – et cela tombe bien, « Dance Alone » est 4e de ce classement général. En réalité, l’insuccès de « Dance Alone » est pourtant compréhensible : le staging de cette chanson a été foiré (comme souvent avec la Macédoine), la performance vocale de Jana Burceska était limitée (pourquoi ne pas avoir envoyé du lourd sur la fin comme en version studio ? Même l’auteur de ces lignes en est capable, j’ai essayé), celle des choristes en arrière-plan était trop présente et, surtout, l’editing de la chanson a été là aussi fait à la hache (pourquoi avoir coupé la fin de la version studio, bordel de marde ?). Et pourtant, malgré tout ça, « Dance Alone » est 4e de cette liste. Parce que cette perfection pop meets eighties est une obsession quasiment inégalée, même un an après cette déconvenue. Parce que ça pouvait, parce que ça devait tout déchirer, surtout dans une demi-finale moins difficile que l’autre. Et parce que la scoumoune de la Macédoine n’explique pas du tout à elle seule ce déchirement.

  • 03. Mei Finegold – Same Heart (Israël 2014)

Il m’est amusant de voir, dans de nombreuses rétrospectives Eurovision, Ies injustices faites à Israël se faire en un temps commun… long de 12 mois. Un point que je ne partage pas : si l’élimination de Moran Mazor en demi-finale de 2013 me semble méritée (même si sa voix tenait la route), celle de Mei Finegold est un mystère que certain·e·s ont résumé par l’expression « Gay Fanwank ». Seul·e·s les homosexuel·e·s auraient donc pu apprécier cette chanson ? J’admets, dans un premier temps, que le staging de « Same Heart » était loupé et paresseux, malgré l’usage intensif des écrans LED. De là à faire de cette bombe eastern-pop une avant-dernière de demi-finale de l’Eurovision, même dans une année aussi compliquée que 2014, dépasse toutefois l’entendement, plus encore que « Heartbeat » de Can-Linn (Irlande). Quatre ans plus tard, je considère toujours que quitter un mec indélicat sur cette bande-son est d’une classe sans nom.

  • 02. Greta Salome – Hear Them Calling (Islande 2016)

Nous entrons désormais dans une dimension quasi-irrationnelle où je ne trouve plus d’excuses pour expliquer un tel bug. Greta Salome avait l’expérience de l’Eurovision, ayant déjà été en finale en 2012 avec « Never Forget ». Sa scénographie était hyper originale, quoiqu’effectivement un peu sombre, 50 nuances de bleu et de noir, avec des effets visuels franchement culottés. Vocalement, enfin, il était évident que Greta Salome n’avait pas 18 ans et maîtrisait intégralement son sujet et son stress. « Hear Them Calling » a pourtant été virée comme une malpropre en demi-finale, laissant des bouses plus ou moins coupables se qualifier sans le mériter (et contrairement à 95% d’entre vous, je n’y inclus pas la Géorgie). Une incompréhension toujours choquante.

  • 01. Kristina – Horehronie (Slovaquie 2010)

Voici le lieu où se déposent plusieurs allusions distillées progressivement au fil de ces lignes, dans un continuum en réalité assez logique, dans un final stupéfiant et presque larmoyant. « Horehronie » de Kristina Pelakova était une chanson exigeante, aux paroles écrites par le poète Kamil Peteraj (absolument pas l’équivalent d’un Guillaume Musso local), à l’atmosphère tribale donc particulière mais charmante. Comment ce titre, un temps évoqué en top 5 final, a pu finir avant-dernière de sa demi-finale ? Certes, on pourrait se dire qu’à même pas 20 ans, la voix de Kristina a connu quelques absences – mais, franchement, légères. On pourrait surtout évoquer la choriste, trop puissante, trop arythmée et trop « too much », pourtant plus finement mixée dans la version studio de cette chanson. Et après ? La chorégraphie était folle, l’atmosphère hyper réfléchie, le tout clairement bien fichu, l’ambition évidente et le résultat final on ne peut plus correct, attendant d’être amélioré d’ici la finale.

Rien que pour cet affront, à mon sens, la Slovaquie mérite le titre de pays le plus malchanceux de l’Eurovision : si, contrairement à ce qu’on pourrait interpréter trop vite (surtout en parallèle avec la Tchéquie), Bratislava a déjà participé à plusieurs finales du concours (dans les années 90, quand il n’y avait pas de demi-finales), ce pays n’a par contre, effectivement, jamais passé le cap d’une demi-finale. Les Twiins méritaient mieux en 2011. Max Jason Mai ne méritait pas de finir dernier en 2012, année où la Slovaquie, lassée d’être de cette manière délaissée, a préféré jeté l’éponge. Et Kristina Pelakova, si elle n’a pas gagné uniquement ce concours personnel d’injustices, si elle a réussi son développement de carrière par la suite en Slovaquie et partiellement en Tchéquie, résume à elle seule ce que je disais en préambule : l’Eurovision est une affaire de revanches. Poli Genova, boudée en 2011, s’est vengée cinq ans plus tard. La Tchéquie, ridiculisée depuis son arrivée dans cette famille bigarrée, pourrait tout déchirer avec une chanson pourtant affreuse. Dana International et plus tard Conchita Wurst se sont bagarrées contre leurs traumatismes passés pour parvenir à dominer le monde l’espace d’une soirée. Enregistrez mes propos : nous tenons la prochaine revancharde… si elle le veut.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.