Eurovision 2018 : découvrez les chansons de la deuxième demi-finale

C’est reparti pour un tour : ce site poussiéreux se pare d’habits de lumière quand résonne le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier. L’Eurovision 2018 est bel et bien lancé, avec une deuxième demi-finale qui devrait être… décevante.

Où irai-je donc regarder l’Eurovision et, comme certain·e·s le savent, passer mon anniversaire loin de vous car je déteste ce cérémonial (et, je ne l’ai pas ajouté pour mon papier sur la première demi-finale par pur souci d’originalité, car je vous déteste peut-être ?) ? J’hésite entre deux pays qui, c’est presque un hasard, sont mes deux favoris pour la victoire finale. Pas de pot : ils sont tous les deux dans la première demi-finale, de même que mon numéro 3… Et pour cause.

Officiellement, la seconde demi-finale était censée être celle où les dégâts seraient, qualitativement parlant, les plus importants. Rien du tout : si beaucoup de pays habituellement bien placés ont envoyé des bouses plus ou moins recommandables à cette occasion, ceux de la première se sont surpassés. Le bain de sang aura été avancé de deux jours. Et, oui, cela vous rappellera probablement le scénario de l’année dernière.

18 pays se battront le jeudi 10 mai pour les 10 dernières places en finale de l’Eurovision 2018, accompagnés par trois des six pays automatiquement qualifiés : l’Allemagne, la France et l’Italie.

Maintenant, rentrons dans les détails. (Et mes pronostics en guise de conclusion, genre tout en bas.)

(Et si vous êtes nostalgique, voici les 20 chansons qui auraient mérité mieux à l’occasion des sélections nationales)

 

Australie : Jessica Mauboy – We Got Love

La toute première participante australienne à l’Eurovision, à titre d’interlude en 2014, revient sans surprise dans le concours – mais par la grande porte. « We Got Love » est une chanson plastique, ripolinée jusqu’à la dernière note, presque aussi niaise que « Running Scared » : si je ne prédis pas un tel destin à la chanson de Jessica Mauboy, elle est toutefois en état d’obtenir pour son pays un quatrième top 10 consécutif.

 

Danemark : Rasmussen – Higher Ground

Rejet du Melodifestivalen, « Higher Ground » est une proposition honnête, pop aussi viking que je suis chinois, mais avec un côté épique (et un changement de gamme, c’est devenu tellement rare) non négligeable. La dernière fois que la Suède avait dédaigné le futur vainqueur de la sélection nationale danoise, elle avait été éliminée en demi-finale (seule et unique fois) et le Danemark avait fini dans le top 5 : un bis repetita, franchement, ne me dérangerait pas.

 

Géorgie : Iriao – Šeni gulistvis (For You)

Le jazz ? Oui, toujours ! La chanteuse de jazz avalée à la sauce pop du voisin azerbaïdjanais ? Non, même si ça reste musicalement acceptable. Problème, avec cette proposition de la Géorgie : avait-on vraiment besoin d’inventer le jazz tribal Disney pour les besoins de l’Eurovision ? L’introduction de ce titre me rebute assez immédiatement, alors même que la suite reste écoutable, quoique bancale.

 

Hongrie : AWS – Viszlat nyar

AWS a fini vainqueur d’une sélection nationale testostéronée à l’extrême, où le metal FM a trouvé sa place (Leander Kills était également en finale). Si j’apprécie toujours les tentatives d’envoyer du rock à l’Eurovision, celle-ci est toutefois indigeste et gueularde. Surtout, AWS n’a ni le talent d’un Sepultura ni l’accessibilité d’un Funeral for a Friend – ou, pour rester dans un contexte eurovisionesque, d’un Softengine. Douloureux.

 

Lettonie : Laura Rizzotto – Funny Girl

La Lettonie peut avoir des regrets. Lorsqu’elle a choisi Laura Rizzotto plutôt que Sudden Lights ou Madara Fogelmane durant sa sélection nationale, le Supernova, ni la Belgique ni la Croatie n’avaient encore envoyé leurs chansons prêtes à intégrer une bande originale de James Bond. Résultat des courses : ce « Funny Girl » paraît encore plus fade qu’il ne l’était déjà. Ne pourrait-on pas plutôt renvoyer Triana Park pour qu’ils se vengent de l’affront de l’année dernière ?

 

Malte : Christabelle – Taboo

Si, fut un temps, Malte était un archipel habitué aux hauts du classement plutôt qu’à ses tréfonds, la belle machine semble s’être enrayée ces dernières années, tant et si bien que plus personne n’en attend grand chose. C’est dommage, car si « Taboo » est un peu bordélique dans sa structure, cette chanson reste une proposition pop de bonne facture. Au vu de la faiblesse de cette demi-finale, je vois Christabelle se qualifier sans trop souffrir pour la finale.

 

Moldavie : DoReDos – My Lucky Day

Le trio DoReDos est sorti largement vainqueur d’une sélection nationale moldave globalement indigente, une étrangeté pour un pays qui a pourtant chopé son premier podium l’année dernière avec les Sunstroke Project. « My Lucky Day » est à la fois un hymne happy face, une tentative de chanson dansante tout en restant ancrée dans les traditions, bref, un bazar un peu bancal mais pas désagréable. Attention : cette chanson peut tout à fait se crasher en live avec un staging inadéquat.

 

Monténégro : Vanja Radovanović – Inje

Ballade balkanique par excellente, mais sans le dixième du talent d’un Zeljko Joksimovic. Le Monténégro n’a jamais réussi à trouver la bonne formule pour obtenir de bons résultats à l’Eurovision et, désolé, ce n’est pas avec cette tentative qu’il y parviendra.

 

Norvège : Alexander Rybak – That’s How You Write A Song

C’est la plus grosse injustice de cette année. Comment la Norvège, aidée par les jurys internationaux, a-t-elle pu privilégier ce résidu de chanson du concours Eurovision Junior plutôt que l’impeccable « Who We Are » de Rebecca Thorsen ? Dans la guéguerre des (nombreux) anciens participants norvégiens à l’Eurovision qu’a été ce Melodi Grand Prix 2018, Alexander Rybak a donc battu Morland, Aleksander Walmann et Stella Mwangi avec un titre abrutissant et puéril. C’est inquiétant et cela augure d’un destin à la Dana International : un ancien vainqueur dégagé sans gloire en demi-finale.

 

Pays-Bas : Waylon – Outlaw in ’em

Moitié du duo Common Linnets (2e en 2014), Waylon la joue ce coup-ci en solo avec son country-rock supposément glam. Si j’adore les Pays-Bas pour de multiples raisons, je n’ai jamais vraiment pu comprendre leur passion pour ce genre de sonorités, comme si les Néerlandais étaient persuadés que Nashville leur appartenait. Bref : « Outlaw in ’em » m’ennuie prodigieusement mais, comme « Slow Down » en 2016, peut caresser le top 10 en finale.

 

Pologne : Gromee feat. Lukas Meijer – Light Me Up

La Pologne a donc fait le choix d’envoyer une chanson EDM typique, genre finalement pas si répandu à l’Eurovision ces récentes années. Gromee est un professionnel : « Light Me Up » est parfaitement calibré pour les radios. Pour l’Eurovision 2018, par contre, j’en doute.

 

Roumanie : The Humans – Goodbye

La Roumanie n’a jamais été éliminée en demi-finale mais, si elle avait figuré dans la première demi-finale, elle aurait pu mordre la poussière. « Goodbye » n’est pas mauvais pour autant et, avec un bon staging, cette chanson pop-rock pourra prétendre à un résultat honnête. Mais est-on devenu, à force, trop exigeant avec la Roumanie ?

 

Russie : Yulia Samoylova – I Won’t Break

Vous pouvez presque faire un CTRL-C / CTRL-V de la Roumanie vers la Russie, à ceci près que Yulia Samoylova est parvenue à présenter une chanson moins affligeante que son fatigant « Flame is Burning » de l’année dernière. La diction anglaise de la Russe reste limitée et, au vu de l’intérêt assez relatif des paroles, son message aurait probablement été plus efficacement diffusé en langue originelle. Un top 10 en finale, même pour la Russie, serait un exploit.

 

Saint-Marin : Jessika feat. Jenifer Brening – Who We Are

L’une des plus grosses déceptions de l’Eurovision 2018 par avance. Saint-Marin était à deux doigts de rejoindre Andorre, le Luxembourg et Monaco dans la liste des micro-États ayant abandonné le concours mais, coup de théâtre, a à la place organisé une sélection internationale 100% Internet. Le pari était culotté et honnêtement prometteur mais le déroulement, comme le résultat, laisse un goût amer dans la bouche. Le tout est bancal, bancal comme « Who We Are », pop/rap étrange et artificielle qui devra lutter pour ne pas finir dernière de sa demi-finale.

 

Serbie : Sanja Ilić i Balkanika – Nova deca

Vainqueurs d’une sélection nationale affligeante (et, pourtant, le retour du Beovizija après des années d’absence était attendu…), Sanja Ilić i Balkanika étaient les moins mauvais choix à disposition – mais pas les meilleurs pour autant. « Nova deca » mélange trois chansons en une, soit deux de trop, même si l’introduction grégorienne est prometteuse, même si le passage inattendu vers une dance minimale n’est pas un échec. Inclassable, incasable, mais peut-être encore plus : incapable.

 

Slovénie : Lea Sirk – Hvala, Ne

Période de vaches maigres pour Ljubljana, aux mauvais résultats récents à peine masqués par Maraaya en 2015. Lea Sirk se la joue pop urbaine, elle se révèle plutôt douée, mais ces tonalités semblent désormais franchement datées. Sortir de cette demi-finale, aussi faible soit-elle, sera tout sauf évident pour la Slovénie.

 

Suède : Benjamin Ingrosso – Dance You Off

L’arnaque de l’année. Vainqueur d’un des pires Melodifestivalen du siècle en cours, Benjamin Ingrosso s’est surtout distingué par un staging effectivement ingénieux, mais ne cachant que très mollement la médiocrité de sa proposition. Si la Slovénie avait proposé cette chanson, elle serait restée à coup sûr en demi-finale : puisque nous parlons toutefois de la Suède, sa place en finale semble assurée, surtout au vu de la faible concurrence ici présentée. Elle serait, toutefois, moyennement méritée.

 

Ukraine : Melovin – Under The Ladder

Déroutante Ukraine qui, après des années passées à proposer des entrées évidentes et aussi plastiquées que celles de l’Azerbaïdjan, a gagné en audace ce qu’elle a perdu en régularité. Si Jamala a gagné en 2016, O. Torvald a fini 24e sur 26 l’année dernière… et le futur ranking de Melovin est assez inimaginable. Le staging d’ « Under The Ladder » masque efficacement une pop un peu trop destinée aux midinettes, mais le tout reste imprévisible.

 

Du côté des pays automatiquement qualifiés déversés dans cette demi-finale de l’Eurovision 2018 :

 

Allemagne : Michael Schulte – You Let Me Walk Alone

Ballade émouvante pour l’Allemagne qui, enfin, a décidé d’éviter la dernière place coltinée depuis trois ans désormais (heureusement que l’Autriche en 2015 et l’Espagne en 2017 les ont accompagnées à la cave). Plus simpliste que celle de Ryk durant « Unser Lied für Lissabon », elle est toutefois plus immédiatement efficace pour les auditeurs qui découvriront ces chansons le 12 mai prochain. Le top 10 sera difficile, mais éviter le bottom 10 sera déjà une grande victoire.

 

France : Madame Monsieur – Mercy

Le duo Madame Monsieur opère une légère mue stylistique pour l’Eurovision 2018 avec ce méritant « Mercy », sombre dans son sujet, lumineux dans sa volonté d’en tirer pourtant le meilleur. Cette chanson a pour moi deux défauts principaux : sa conclusion et son staging, tous les deux un peu paresseux. Du degré de correction de ces deux points dépendra la place de la France dans la compétition : attention, presque autant que pour Amir, ça peut taper très haut.

 

Italie : Ermal Meta e Fabrizio Moro – Non mi avete fatto niente

Vainqueurs attendus d’un festival de Sanremo franchement décevant, Ermal Meta et Fabrizio Moro se sont inspirés du célèbre « Vous n’aurez pas ma haine » du journaliste Antoine Leiris pour leur titre « Non Mi Avete Fatto Niente ». Cette chanson, aussi fortement marquée dans l’actualité récente que celle de la France – et, dans un registre différent, que celle d’Israël – est indéniablement émouvante mais manque à mon sens d’un liant universel. Je vois Rome galérer pour accrocher un top 10.

Mon pronostic espéré (au 13/03/2018) :

  1. Australie
  2. Danemark
  3. Ukraine
  4. Pologne
  5. Malte
  6. Moldavie
  7. Serbie
  8. Suède
  9. Lettonie
  10. Roumanie
  11. Hongrie
  12. Russie
  13. Slovénie
  14. Géorgie
  15. Norvège
  16. Saint-Marin
  17. Pays-Bas
  18. Monténégro

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.