Eurovision 2018 : découvrez les chansons de la première demi-finale

C’est reparti pour un tour : ce site poussiéreux se pare d’habits de lumière quand résonne le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier. L’Eurovision 2018 est bel et bien lancé, avec une première demi-finale qui devrait être… un bain de sang.

Où irai-je donc regarder l’Eurovision et, comme certain·e·s le savent, passer mon anniversaire loin de vous car je déteste ce cérémonial ? J’hésite entre deux pays qui, c’est presque un hasard, sont mes deux favoris pour la victoire finale. Pas de pot : ils sont tous les deux dans la première demi-finale, de même que mon numéro 3… Et pour cause.

Officiellement, la seconde demi-finale était censée être celle où les dégâts seraient, qualitativement parlant, les plus importants. Rien du tout : si beaucoup de pays habituellement bien placés ont envoyé des bouses plus ou moins recommandables à cette occasion, ceux de la première se sont surpassés. La demi-finale aux allures de pause pipi prolongée a été retardée de deux jours. Et, oui, cela vous rappellera probablement le scénario de l’année dernière.

19 pays se battront le mardi 8 mai pour les 10 premières places en finale de l’Eurovision 2018, accompagnés par trois des six pays automatiquement qualifiés : l’Espagne, le Portugal et le Royaume-Uni.

Maintenant, rentrons dans les détails. (Et mes pronostics en guise de conclusion, genre tout en bas.)

(Et si vous êtes nostalgique, voici les 20 chansons qui auraient mérité mieux à l’occasion des sélections nationales)

 

Albanie : Eugent Bushpepa – « Mall »

Première chanson connue de cet Eurovision 2018 et, il faut bien l’admettre, première bonne surprise. « Mall » n’est pas la chanson pop-rock la plus originale de l’histoire, ni même de celle des Balkans, mais Bushpepa sait envoyer du lourd en live – et conserver sa chanson en albanais. Qualification difficile mais, terme souvent utilisé dans cette compétition, cette chanson a tout du « dark horse ».

 

Arménie : Sevak Khanagyan – « Qami »

Si l’Arménie peut s’enorgueillir d’envoyer sans sourciller une chanson intégralement dans son langage originel – une première ! – elle pouvait, malheureusement, envoyer une proposition plus audacieuse au vu de la qualité de sa sélection nationale, le Depi Evratesil. Tamar Kaprelian, Mariam ou encore Amaliya Margaryan se sont cassées les dents sur Sevak mais ce dernier risque, de son côté, de mordre la poussière au sein de cette demi-finale.

 

Autriche : Cesar Sampson – « Nobody But You »

Après deux années passées dans les chœurs bulgares, Cesar Sampson est revenu dans son Autriche natale… en embarquant les songwriters de « If Love Was A Crime » et « Beautiful Mess ». Mais cette nouvelle proposition du consortium Symphonix est un cran en-dessous : elle ressemble furieusement à « Don’t Come Easy » de l’Australien Isaiah Firebrace, un peu d’audace en moins. On pouvait espérer mieux.

 

Azerbaïdjan : Aisel – « X My Heart »

L’Azerbaïdjan n’a jamais manqué sa qualification pour la finale, particularité partagée seulement avec la Roumanie, la Russie et l’Ukraine. Ça devrait à nouveau passer cette année pour Aisel, même si sa chanson pondue par Philipp Kirkorov ne brille pas par son originalité. Bakou, depuis quelques années, a indéniablement perdu de sa superbe.

 

Belgique : Sennek – « A Matter of Time »

Après trois excellentes années (deux top 4 et une dixième place), la Belgique veut aller encore plus loin avec cette chanson, l’une des quelques propositions « Bondesques » de cette année. Celle de Sennek est musicalement la plus aboutie, et la voix de Laura Groeneseken y est pour beaucoup. Un quatrième top 10 d’affilée n’est pas certain, mais ne serait pas étonnant.

 

Biélorussie : Alekseev – « Forever »

La superstar ukrainienne Alekseev a remporté une sélection biélorusse qu’on peut aisément qualifier de simulacre, au vu des nombreuses polémiques ayant éclaté tout du long. Surtout, pour envoyer une proposition aussi plastique que « Forever », Minsk aurait pu s’économiser un budget et opter pour une sélection interne. Élimination en demi-finale espérée.

 

Bulgarie : Equinox – « Bones »

Le consortium Symphonix, en plus de l’Autriche, reste aux côtés de la Bulgarie pour tenter de faire mieux que la 4e place de Poli Genova et la 2nde de Kristian Kostov. Le quintette Equinox est vocalement au point, la mélodie tient la route, la musique est moderne… Mais il manque une âme à ce « Bones » aux faux airs, ironie du sort, aux « Skeletons » azéris de 2017. Je ne suis pas persuadé que Sofia puisse choper un troisième top 5 consécutif…

 

Chypre : Eleni Foureira – « Fuego »

Il faut toujours une ou deux chansons de bonne slut finie pour se bouger les fesses. Celle de l’Eurovision 2018 est donc chypriote : « Fuego » est toutefois moins immédiatement efficace que « La La Love », chanson de slut par excellence de 2012. Cette chanson reste bien en tête, Eleni Foureira saura faire monter la température, mais les portes de la finale ne lui sont pas grandes ouvertes.

 

Croatie : Franka Batelic – « Crazy »

Après l’infâme numéro de l’année dernière, la Croatie la joue plus sécure avec un « Crazy » là-aussi assez Bondesque. Problème : parmi les quelques propositions du même acabit, c’est sans conteste la moins efficace du lot. Qualification en finale honnêtement difficile.

 

Estonie : Elina Netšajeva – « La Forza »

C’est la seule chanson qui, pour moi, aura cette année crié « WINNER » dès la première écoute. « La Forza » est un air d’opéra moderne et frais, dans un italien impeccable, délivré par une chanteuse qui a déjà prouvé durant l’Eesti Laul qu’elle pouvait l’entonner tout en force et avec le sourire. Ce fut mon premier favori, il fait toujours partie de mon tiercé.

 

Finlande : Saara Aalto – « Monsters »

Après deux tentatives infructueuses en solo, Saara Aalto va enfin pouvoir représenter la Finlande à l’Eurovision 2018. « Monsters » est monstrueusement efficace mais, comme toutes les pistes uptempo flirtant avec l’EDM, il va falloir assurer en live : sa performance durant la sélection nationale finlandaise a, à ce titre, été peu rassurante, mais il reste deux mois pour corriger le tir – et viser, ce n’est pas impossible, un podium final. C’est, en tout cas, dans le mien.

 

Grèce : Yianna Terzi – « Oneiro Mou »

Dans mon top 3 personnel, « Oneiro Mou » est celui qui a pris le plus son temps pour émerger dans mon esprit. Mais Yianna Terzi, gagnante d’une sélection nationale absolument grotesque qui n’a finalement pas eu lieu, délivre ici une bombe ethnique qui pourrait remporter le gros lot. Le clip, comme pour la Finlande, a été une excellente surprise – mais qu’en sera-t-il en live ?

 

Irlande : Ryan O’Shaughnessy – « Together »

Quatre ans que l’Irlande, pourtant septuple vainqueur de l’Eurovision (un record !), ne parvient plus à entrer en finale – et encore, en 2013, elle avait fini dernière… Malheureusement, cela risque de continuer : « Together » est une ballade mignonne, c’est une évidence, mais tellement inoffensive qu’elle ne reste en tête guère longtemps.

 

Islande : Ari Ólafsson – « Our Choice »

L’Irlande et l’Islande n’ont qu’une lettre de différence… et, à quelques lettres près, je pourrais écrire exactement la même chose pour leurs chansons respectives. Si « Together » tente de se la jouer Johnny Logan en mode rafraîchi de quelques années, « Our Choice » est par contre une ballade sortie de son placard de la fin des années 90. Pourquoi l’avoir ressortie, me direz-vous ? Parce que la sélection nationale islandaise, cette année, a incité tout le monde à bailler aux corneilles…

 

Israël : Netta Barzilai – « Toy »

Une des chansons les plus funky de cette année, dans un registre légèrement différent d’un « Monsters ». Pop, ethno, beatbox, EDM et imitations de poulet sont mixées dans cette piste plus dynamique qu’un bâton de dynamite : ce « Golden Boy » en accéléré et en mode #MeToo peut faire très mal, mais peut aussi se faire défoncer si le staging se révèle trop bordélique.

 

Lituanie : Ieva Zasimauskaitė – “When We’re Old”

Après plusieurs tentatives infructueuses, Ieva Zasimauskaitė est enfin parvenue à ses fins avec une chanson supposément larmoyante, mais qui n’arrive pas à forcer ses auditeurs à s’insérer les mouchoirs à l’eucalyptus directement dans les yeux. Dans une demi-finale aussi difficile que celle-ci, “When We’re Old” risque au contraire de ne pas avoir une durée de vie prolongée.

 

Macédoine : Eye Cue – « Lost and Found »

Passée tout près d’un retrait cette année, la Macédoine a tout de même tenu à participer avec cette piste… étrange. Le duo Eye Cue, axé pop-rock depuis dix ans, balance ici un mélange entre pop/EDM à la Coldplay troisième époque… et reggae. Le mélange est plus indigeste que n’était celui d’ « Icebreaker » d’Agnete (Norvège 2016) et, bien sûr, n’est pas au niveau du tubesque « Dance Alone ». Mais si leur live tient la route, le duo peut éventuellement espérer une place inespérée pour la finale.

 

République Tchèque : Mikolas Josef – « Lie to Me »

Chanson la plus irritante de l’année, même si elle est appréciée par beaucoup. Un twink chante du sous-Bruno Mars sous de faux airs de trompette, me donnant surtout envie d’emprunter l’instrument et de le mettre dans la bouche de Josef pour qu’il la boucle. Si la Tchéquie ne s’est qualifiée qu’une seule fois en finale (2016), j’espère pour une fois qu’elle prendra la porte cette année.

 

Suisse : Zibbz – « Stones »

La Suisse ne s’est pas qualifiée pour la finale du concours depuis 2014 et, sauf accident de parcours général, ce n’est pas pour cette année. Ceci étant, à nouveau, « Stones » n’est pas mauvais : mais à l’instar d' »Apollo », « The Last of our Kind » et « Time To Shine », le résultat semble insignifiant et noyé dans la masse.

 

Du côté des pays automatiquement qualifiés déversés dans cette demi-finale de l’Eurovision 2018 :

 

Espagne : Alfred & Amaia – « Tu Cancion »

La chanson chewing-gum de l’année. « Tu Cancion » est une ode à la mièvrerie, d’abord franchement écœurante puis, presque par accident, devenant quelque peu attachante. Le tout peut plaire mais, étonnamment, surtout à l’est de l’Europe.

 

Portugal : Claudia Pascoal – « O Jardim »

Après la victoire surprise de Salvador Sobral l’année dernière, le Portugal a cette année misé sur un cheval étonnant, à la fois émouvant, éthéré et franchement contemporain pour un vainqueur du Festival da Cançao. Claudia Pascoal et Isaura vont tout de même devoir réfléchir un tantinet sérieusement à leur mise en scène, insuffisante en sélection nationale, mais peuvent viser une belle place finale.

 

Royaume-Uni : SuRie – « Storm »

Les Britanniques auraient pu envoyer une tempête tropicale en la personne d’Asanda : ils ont préféré envoyer une houle castelroussine. « Storm » est une chanson tout à fait inoffensive, oubliable et par moments adipeuse, qui aura du mal à éviter le bottom five.

Mon pronostic espéré :

  1. Finlande
  2. Estonie
  3. Grèce
  4. Belgique
  5. Israël
  6. Bulgarie
  7. Albanie
  8. Macédoine
  9. Chypre
  10. Azerbaïdjan
  11. Irlande
  12. Autriche
  13. Suisse
  14. Lituanie
  15. République Tchèque
  16. Biélorussie
  17. Arménie
  18. Islande
  19. Croatie

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.