Eurovision 2018 : les 20 chansons qui auraient mérité meilleur sort

C’est reparti pour un tour : ce site poussiéreux se pare d’habits de lumière quand résonne le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier. L’Eurovision 2018 est bel et bien lancé, avec des chansons que vous ne verrez malheureusement pas, stoppées durant les sélections nationales.

Depi Evratesil, Destination Eurovision, Festival di Sanremo, Melodifestivalen, Melodi Grand Prix, UMK… La période des sélections nationales pour l’Eurovision 2018 s’est conclue avec la Lituanie cette année. Si, souvent, les meilleures chansons s’en sont sorties, d’autres sont restées sur le carreau, soit parce qu’elles étaient confrontées à d’encore meilleures, soit parce qu’elles ont subi une certaine forme d’injustice. Ce sont ces chansons, que vous n’entendrez donc pas à Lisbonne, que je vous propose de redécouvrir ci-dessous.

Pour rappel, les chansons de la première demi-finale s’écoutent ici et celles de la seconde s’écoutent là.

20. ESTONIE : Nika – Knock Knock

Si « La Forza » était imbattable durant cette (bonne) édition d’Eesti Laul, Nika s’est remarqué par un staging détonnant et un titre qui, toutefois, pêche par manque d’originalité dans sa troisième minute.

19. ARMÉNIE : Mariam – Fade

Le Depi Evratesil a une nouvelle fois fait partie des meilleures sélections nationales de cette année, même si je ne suis guère convaincu par le choix final. Beaucoup de chanteuses se sont positivement distinguées, dont Mariam, Amaliya Margaryan, Asmik Shiroyan… et une dernière candidate, bien plus haut dans ce ranking. (Le suspense est intense avec la couverture de la vidéo)

18. ESTONIE : Stig Rästa – Home

Présent en 2015 avec « Goodbye to Yesterday » avec Elina Born, Stig Rästa aurait pu faire la passe de deux – si seulement il n’y avait évidemment pas eu Elina Nechayeva en face.

17. FRANCE : Lucie Vagenheim – My World

Si le choix final de Madame Monsieur me ravit pour la France, l’élimination sans gloire de Lucie Vagenheim en demi-finale reste encore amère. Car, honnêtement, sa chanson méritait nettement mieux qu’un coup de pied aux fesses sans ménagement.

16. SUÈDE : Jessica Andersson – Party Voice

Dans une édition 2018 du Melodifestivalen aux confins du pathétique, le schlager ABBA-esque de l’expérimentée Jessica Andersson a au moins eu le mérite de nous réveiller face à une sélection aussi plate.

15. ESTONIE : Girls In Pearls – Spellbound

Dernière proposition estonienne pour cette année : le mystérieux duo Girls in Pearls, avec une pop rétro assez étonnante qui méritait mieux qu’une élimination anticipée en demi-finale.

14. POLOGNE : Isabell Otrebus – Delirium

Avant-dernière de la sélection polonaise Krawoje Eliminacje, Isabell Otrebus n’a pourtant pas foiré son live, a proposé une chanson certes peu révolutionnaire mais bien fichue… Il y avait pourtant de la médiocrité devant elle au classement.

13. ITALIE : Annalisa – Il mondo prima di te

Annalisa aurait pu, aurait peut-être dû gagner le Festival di Sanremo cette année puisque, comme le Melodifestivalen, ce monument de l’Eurovision (et même pré-Eurovision) a débouché cette année d’un cru décevant. Pas dit qu’une opportunité pareille se présente de nouveau.

12. LETTONIE : Sudden Lights – Just Fine

La Lettonie avait trois choix à disposition dans sa toujours étonnante sélection nationale Supernova : Sudden Lights a fini, comme je l’espérais, deuxième. Problème : je n’aurai pas choisi la même gagnante…

11. SAINT-MARIN : Sara de Blue – Out of the twilight

Là où Saint-Marin aurait pu rejoindre le club des micro-États ayant laissé tomber l’Eurovision pour cause de résultats trop pourris, la petite république a, au contraire, fait le choix de tenter une sélection internationale 100% Internet. C’était prometteur sur le papier et sur le casting : le résultat a été en pratique désolant et, côté choix final, un peu désappointant. Comment pourra-t-elle sortir de sa demi-finale ?

10. UKRAINE : Vilna – Forest Song

Si le Vidbir ukrainien m’a un peu déçu cette année, la découverte de Vilna restera à mettre à son crédit. Ethnique, folklorique, pas dénué de profondeur, Vilna, même si elle a visiblement piqué la garde-robe du « Spirit Animal » de Kerli, aurait mérité mieux.

9. ALBANIE : Orgesa Zaimi – Ngrijë Zerin

Pré-favorite de la première sélection nationale de cette édition de l’Eurovision, Orgesa Zaimi aurait pu envoyer à Lisbonne l’une des propositions les plus originales jamais promues par son pays. Mais la drum & bass, aussi synthétique soit-elle, passe mal le cap de l’orchestre du vénérable Festivali i Kengës…

8. BIÉLORUSSIE : Shuma – Hmarki

La sélection biélorusse aura été un sketch de bout en bout, destiné à permettre à la star ukrainienne Alekseev de trouver une porte de sortie puisqu’indésirable au Vidbir. C’est dommage car « Hmarki » est probablement la chanson la plus originale proposée par la Biélorussie à l’Eurovision… Ne dénoterait pas dans un prémisse de soirée sado-maso.

7. ITALIE : The Kolors – Frida (Mai, Mai, Mai)

Du culot, du rythme, de la jeunesse et des cheveux trop péroxydés : dans une édition plate et ridée du Festival di Sanremo, The Kolors ont au moins eu le mérite de la fraîcheur. Neuvième place en finale seulement.

6. ROYAUME-UNI : Asanda – Legends

You had one job, United Kingdom! Deux tempêtes étaient à disposition : celle, dynamique et surprenante, de la jeune Asanda, et celle, molle et sans saveur, de l’ex-choriste belge SuRie. Les Britanniques ont, évidemment, privilégié la mauvaise.

5. PORTUGAL : Joana Barra Vaz – Anda estragar-me os planos

Cette chanson n’aurait probablement eu aucune chance de bien figurer à l’Eurovision 2018, tellement elle aurait préférablement sa place dans une bande originale de film mélancolique. Il n’empêche : cette mélodie et cette voix de Joana Barra Vaz ont bel et bien foutu un certain nombre de mes plans à terre. Et c’est admirable.

4. ARMÉNIE : Tamar Kaprelian – Poison (Ari, Ari)

Membre de Genealogy (Arménie 2015), Tamar Kaprelian a présenté l’entrée la plus obsédante de ce Depi Evratesil 2018. Le live n’a certes guère été convaincant, mais était-ce suffisant pour se faire éliminer en demi-finale par l’insupportable Mger Armenia, même soutenu par la première Dame arménienne ?

3. ALLEMAGNE : Ryk – You & I

Après trois années scotchées à la dernière place, parfois accompagnée de l’Autriche ou de l’Espagne, l’Allemagne a décidé d’échapper au bottom 5 cette année avec Michael Schulte. Mais en privilégiant cette autre ballade, tout aussi triste que l’élégie de Schulte, elle aurait pu viser bien mieux encore. Et puis cette idée de scénographie…

2. LETTONIE : Madara – Esamiba

Oui, « Esamiba » aurait pu être le « Blackbird » de cet Eurovision 2018, chanson minimale, douce et émouvante, appréciée par tout le monde mais pas suffisamment incitative pour parvenir à sortir de sa demi-finale. Mais la chanson plutôt fade de Laura Rizzotto aura-t-elle guère plus de chances de s’en extraire ? Je vous le donne en mille : heureusement qu’elle est dans la seconde demi-finale…

1. NORVÈGE : Rebecca – Who We Are

Le scénario du Melodi Grand Prix de cette année aura été qualitativement cruel. Les quatre revenants ont figuré dans la super finale, Stella Mwangi (2011) et Aleksander Walmann (2017) ont été éliminés aux positions 3 et 4, puis… Malheureusement, la chanson puérile d’Alexander Rybak (dont, certes, je n’aimais déjà pas son archi-populaire « Fairytale » de 2009) l’a emporté face à la délicatesse de Rebecca Thorsen et son songwriter Kjetil Morland (2015). C’est, fondamentalement, injuste.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.