J’ai écouté les 43 chansons candidates à l’Eurovision 2017 (et je spoile un max)

Mauvaise nouvelle pour les amis du bon goût musical : je suis reparti dans mon mood Eurovision pour les deux prochains mois. Les chroniques ambient et jazz contemporain, de plus en plus rares sur ce site en chantier, reprendront peut-être après.

C’est officiellement parti pour deux mois de douleur pour mes proches, personnels comme professionnels, puisque tous les dés sont jetés pour la prochaine édition de l’Eurovision. L’Arménie a clôturé le bal des chansons à présenter, le jour même où ma précédente source de blagues absurdes se tarissait – la candidature à l’élection présidentielle de Rama Yade.

Trois années, désormais, que je recommence à ennuyer mon monde avec cette compétition, auparavant totem de ringardise, désormais devenue autel en danger d’une certaine forme de progressisme européen. Soyons toutefois lucides : cette chronique a fait partie des cinq papiers les plus lus les deux années précédentes (#4 et #3 respectivement) et vu ma productivité de 2017, cet enchaînement de critiques plus ou moins de bonne foi (quitte à me faire insulter par mail ensuite) sera vingt fois plus lu que n’importe quelle mini-chronique d’une nouveauté drone-ambient slovaque ou moldave. J’ai passé l’âge de regretter cet état de fait.

Faisons simple et global : la première vague de chansons présentées, essentiellement composée de ballades plus ou moins chiantes, a permis à des pistes uptempo de se différencier positivement. La seconde a suivi le chemin inverse, valorisant des pistes minimales pas toujours audacieuses. Mais globalement, la qualité de cette année me paraît assez élevée, même si certaines finales nationales ont donné des résultats que je qualifierai gentiment d’étonnants (ne bougez pas, Espagne, Slovénie, Malte, Norvège & co).

Rappel des règles : deux demi-finales (9 et 11 mai 2017) qualifieront vingt pays en finale (13 mai), accompagnés du « Big Five » (Allemagne, Espagne, France, Grande-Bretagne et Italie) et du vainqueur de l’année dernière, l’Ukraine. Comme je suis à la fois audacieux, anticonformiste et dysfonctionnel, mais seulement quand ça m’arrange, ma prose suivra cet ordre.

Rappel d’une autre règle instaurée tout seul par mes soins l’année dernière : histoire de ne pas mélanger les pinceaux (et de maximiser mes clics comme un Melty du pauvre), tous les pronostics, estimations et tout ce qui est de l’ordre du chiffrage fait l’objet d’un papier à part.

>> Genre là <<

Première demi-finale (9 mai 2017)

Autant mettre les pieds dans le plat : cette première demi-finale de l’Eurovision 2017 est nettement plus méritante que la seconde, où des chansons franchement moyennes devraient parvenir à se qualifier. Petite vidéo récapitulative des 18 chansons en extraits :

Maintenant, rentrons dans les détails.

Albanie. Lindita (Halimi) – World (Botë)

Comme souvent avec l’Albanie, ce n’est pas mauvais, mais ce n’est pas particulièrement bon non plus. Dommage que ce pays ait d’excellentes voix mais de piètres compositeurs : j’ai un doute, par conséquent, quant à la qualification de « World » en finale.

Arménie. Artsvik – Fly With Me

Dernière chanson présentée, « Fly With Me » veut mélanger minimalisme, tradition caucasienne (dans les sonorités) et modernité dans l’arrangement de la chanson. Excès d’ambition ? Pourquoi pas, sur le principe. Problème : ce titre n’est absolument pas mémorable et finira en bas de finale (voire pire) alors qu’Erevan a été récemment habitué à plus de culot.

Australie. Isaiah (Firebrace) – Don’t Come Easy

Construit sur une atmosphère semblable au « Sound of Silence » de 2016, quasi-vainqueur de la compétition, « Don’t Come Easy » a tous les ingrédients d’un top 10 – surtout avec un live qui assure. Un peu neurasthénique toutefois.

Azerbaïdjan. Dihaj – Skeletons

Bakou, la Stockholm de l’est de l’Europe si on se base sur une perspective eurovisienne de la géopolitique, vise toujours haut. Cette pop Sia-like (la Sia d’après 2010, entendons-nous bien) fait son job dans une ambiance « Drive »-like mais – à mon sens – sans plus. Je lui prédis une trajectoire à la « Miracle » de Samra (2016), top 15 solide, peut-être un peu plus, mais guère mieux.

Belgique. Blanche – City Lights

A l’instar de la Lettonie (voir plus bas), la Belgique tente depuis maintenant trois ans d’ajouter des touches modernes electronica dans ses propositions – plutôt avec succès (Loïc Nottet puis Laura Tesoro). J’ai toutefois du mal à être ambitieux pour « City Lights », un peu déprimant et fourre-tout. Place de finaliste, c’est sûr. Dans le top 5, j’y crois un peu moins. Fait toutefois partie des favoris des pronostics.

Chypre. Hovig – Gravity

Si j’ai tendance à aimer les chansons ou albums se prénommant « Gravity », j’admets l’existence de contre-exemples. Cette mauvaise pop-hop en est assurément un, qui devrait ne même pas parvenir en finale.

Finlande. Norma John – Blackbird

Il y a suffisamment de ballades moyennes voire mauvaises cette année pour mettre en avant les rares exceptions. Cette (jolie) complainte devrait finir dans le bottom 10 de la finale : j’y vois (j’espère ?) un léger potentiel accidentel de top 5.

Géorgie. Tamara Gachechiladze – Keep The Faith

Thématique James Bond pour la Géorgie qui, avec cette chanson plate et avec de la chance, finira dans le bottom 5 de la finale si elle passe le cap de la demie. Je ne le pense pas.

Grèce. Demy – This Is Love

Chanson pop dance période Avicii chantée par la Nolwenn Leroy locale. C’est presque un peu trop calibré pour l’Eurovision, de la mélodie majeure aux paroles simplistes à l’extrême : ça chopera à coup sûr un top 15, avec option sur le top 5.

Islande. Svala (Björgvinsdóttir) – Paper

Chanson calibrée Eurovision, dans une veine pas si éloignée du « Hear Them Calling » de l’année dernière. Je lui sens un potentiel supérieur pour, déjà, se qualifier pour la finale et, ensuite, choper un top 15. Top 10 difficile, toutefois, sauf si la prestation en live envoie du lourd (ce n’est pour l’heure pas le cas).

Lettonie. Triana Park – Line

Après Aminata et Justs, la Lettonie ose une troisième tentative electronica un peu dark/pute, avec des places honorables à la clé. Triana Park n’est pourtant pas un symbole de nouveauté, puisque ce groupe a remporté la sélection lettone après… cinq échecs consécutifs (2008 à 2012). « Line » est le genre de titre qui peut finir à une place décevante en finale comme elle peut tout défoncer si la prestation live envoie du lourd. Si je donne un « Line » un potentiel limité de top 15, j’admets que cette chanson fait partie de mon podium personnel (ça n’a pas porté chance à « Icebreaker » l’année dernière…).

Moldavie. Sunstroke Project – Hey Mamma!

Tiens, des revenants – et « Epic Sax Guy » est toujours là. Sept ans après leur première qualification, leur dance encore moins dynamique que celle d’Edward Maya devrait connaître le même sort : qualification de justesse en finale et place pas vraiment d’honneur.

Monténégro. Slavko Kalezic – Space

Avoir une gueule pas dégueulasse et des muscles saillants n’a jamais été suffisant pour remporter l’Eurovision (même si, Mans Zelmerlöw…). C’est heureux, parce que « Space » est tout de même assez mauvais (et aura du mal à sortir de sa demi-finale).

Pologne. Kasia Mos – Flashlight

Ce compromis entre Pamela Anderson et Anastacia a les formes de la première et une partie de la voix de la seconde. Cette chanson a un refrain tardif et des arrangements bizarres, mais le résultat n’est pas inécoutable. Top 15 potentiel.

Portugal. Salvador Sobral – Amar Pelos Dois

C’est une chanson de film, jazzy, maniérée et romantique : c’est mignon (pas beau, attention), mais c’est hors sujet pour l’Eurovision. Une jolie place serait accidentelle, mais n’est pas impossible.

République Tchèque. Martina Barta – My Turn

Encore une ballade, d’un acabit similaire que la proposition tchèque de l’année dernière. Dans les dernières places de la finale, si Martina y parvient (et je ne le pense pas).

Slovénie. Omar Naber – On My Way

Chiant comme une démo refusée par Mariah Carey avant qu’elle ne devienne connue. Ljubljana avait de meilleurs choix au sein de sa sélection nationale : elle finira cette année en dernière position, et c’est malheureusement bien fait pour elle.

Suède. Robin Bengtsson – I Can’t Go On

C’est catchy, pop et disco à la fois, ça incluait un « fucking » dans les paroles (remplacé par « freaking » au cas où) et le garçon n’est pas moche (heureusement qu’il a appris l’existence du make-up ces dernières années). Top 10 quasi-sûr, top 5 fort possible. Mais il faudra revenir sur ce Melodifestivalen qui a viré consécutivement Loreen et Nano qui, avec des choix certes segmentants, pouvaient directement viser la victoire finale.

Deuxième demi-finale (11 mai 2017)

Même punition avec, pour débuter, un récapitulatif d’extraits, avant les détails.

Autriche. Nathan Trent – Running On Air

C’est léger, moelleux, très léger, très moelleux, extrêmement léger, extrêmement moelleux. C’est le genre de pop qui provoque chez moi l’indigestion, elle peut donc prétendre à une place honnête en finale. Si elle l’atteint ?

Biélorussie. Navi – Story Of My Life (Historyja Majho žyccja)

Première incursion de la langue biélorusse dans l’Eurovision. Cette chanson entre country et folk Notre-Dame-des-Landes style aura tout de même du mal à passer la demi-finale, vu sa qualité limitée.

Bulgarie. Kristian Kostov – Beautiful Mess

Une des ballades les moins loupées de cette édition, avec l’Australie et la Finlande. Même si le classement record de Poli Genova (4e en 2016) semble intouchable, un top 10 est à la portée de Kostov.

Croatie. Jacques Houdek – My Friend

Mélange bancal d’André Rieu et d’opéra chelou, aux confins de l’inécoutable. Pourvu que ce titre ne se qualifie pas pour la finale.

Danemark. Anja (Nissen) – Where I Am

Pop chewing-gum de la fin des années 90 avec une chanteuse à voix. Le flop de l’année dernière devrait être évité : le top 10 paraît envisageable, mais pas plus.

Estonie. Koit Toome & Laura – Verona

Une dérivation du thème de Roméo & Juliette avec une dance genrée Modern Talking. Il va falloir que ce duo fasse un effort pour pondre autre chose qu’une chorégraphie nord-coréenne mais si le début laisse présager le pire, le tout pourrait prétendre à une place honorable.

Hongrie. Joci Pápai – Origo

Oriental, électronique et tout en hongrois. Si Joci Pápai est moins canon que le Freddie de l’année dernière (et dont le « Pioneer » aurait mérité un meilleur sort), il a avec ce titre (sans refrain fort, encore une fois) un bon potentiel de top 15. Difficile, malheureusement, à valoriser correctement en format live…

Irlande. Brendan Murray – Dying To Try

L’Irlande pourrait retrouver la finale avec cette ballade androgyne assez creuse et trop formatée, mais guère plus (et je la vois bien se faire dégager en demie). La huitième victoire n’est, sauf lobotomie auditive généralisée, pas pour cette année.

Israël. Imri (Ziv) – I Feel Alive

Voici venue de la dance que pourraient se disputer Armada et Spinnin’ pour leurs playlists estivales aux côtés d’Eelke Kleijn et Gestört aber Geil. C’est presque trop superficiel mais au vu de la forte propension de ballades en cette année 2017, « I Feel Alive » peut raisonnablement escompter au moins un top 15. Sans oublier l’influence du lobby roux…

Lituanie. Fusedmarc – Rain of Revolution

Il y a un petit côté Gossip dans la pop de Fusedmarc, mais le refrain à base de « yeah yeah yeah yeah » est d’une faiblesse abyssale. C’est dommage, et ça pourrait lui coûter la qualification en finale.

Macédoine. Jana Burčeska – Dance Alone

Voilà de la pop un peu dark/pupute, comme si Dannii Minogue décidait de pondre un featuring avec Röyksopp. C’est, franchement, plutôt bon (surtout en comparaison de la proposition macédonienne de 2016, désolé Kaliopi) et ça pourrait être une jolie surprise. Top 15 dans un premier temps : j’espère plus.

Malte. Claudia Faniello – Breathlessly

Ce clone d’Ira Losco et vétérane (?) des sélections maltaises pour l’Eurovision (elle a gagné sa participation au bout de 8 tentatives) propose une ballade larmoyante et pompier qui aurait pu gagner le concours, mais en 1984. Passera peut-être le cap de la demi-finale, mais la compétition est rude.

Norvège. JOWST – Grab The Moment

De la future house ralentie et sans temps fort. Aura du mal à passer le cap de la demi-finale et, contrairement à Agnete (2016), ce serait presque mérité.

Pays-Bas. O’G3NE – Lights & Shadows

Un titre à l’américaine, que les All Saints auraient clairement refusé de chanter. Le tout sonne daté comme un tube de Vanessa Carlton mais devrait s’en sortir avec une place pas trop dégueulasse en finale.

Roumanie. Ilinca feat. Alex Florea – Yodel It!

L’un des duos les plus improbables de la compétition, tellement improbable que même Yann Barthès a découvert son existence. Il faut le voir pour le croire, mais surtout écouter cette étrangeté hip-hop FM incluant deux candidats de The Voice et du yodel dégoulinant en veux-tu en voilà. Ça peut se crasher lamentablement (ce que j’espère) comme choper un top 15 sans prévenir avec une solide prestation live.

Russie. Julia Samoylova – Flame Is Burning

Étrange pari de la Russie avec cette chanson downtempo aux accents un peu pleurnichards, mais sonnant surtout un peu datée. Si Moscou se distingue positivement en mettant en avant une artiste en fauteuil, pas dit qu’elle obtienne un meilleur résultat que Varsovie en 2015 qui avait fait de même : une qualification de justesse en finale et une place en bas de classement – l’accent à couper au couteau de Samoylova vaudrait même un sort moins correct. Le fait que la Russie tente ce genre de choix à Kiev, capitale désormais honnie, a soulevé de nombreuses interrogations auxquelles je ne souscris guère, mais je me méfierai plutôt des pseudo-fans de droite plus ou moins franco du collier qui risquent de pulluler sur cette prestation…

Saint-Marin. Valentina Monetta & Jimmie Wilson – Spirit Of The Night

L’avantage d’habiter un petit pays est que la sélection d’artistes pour l’Eurovision est clairement réduite : la Macédonienne Kaliopi se voit ainsi surpassée par la Saint-Marinaise Valentina Monetta avec, désormais, quatre participations. Elle s’est qualifiée une fois en finale (d’extrême justesse) et au vu de la ringardise de cette piste (flash)dance, la seconde qualification n’est pas pour tout de suite. Accident de parcours toutefois possible, cette mélodie grimpant d’un demi-ton toutes les 30 secondes étant méchamment entêtante.

Serbie. Tijana Bogićević – In Too Deep

Introduction curieuse mais chanson catchy, pas très éloignée du « Sound of Silence » de Dani Im (Australie 2016) dans l’intention. Parce qu’un peu trop similaire (et un peu moins efficace), je prévois un top 10, mais pas de podium.

Suisse. Timebelle – Apollo

Si la Suisse s’est récemment illustrée en présentant à peu près n’importe quoi histoire de s’assurer une non-qualification en finale, « Apollo » pourrait finir dans le bottom 5 final. Au conditionnel, vraiment.

Finale (13 mai 2017)

Allemagne. Levina – Perfect Life

L’intro est celle de « Titanium » de David Guetta, mais Levina n’a pas la voix de Sia. Pays abonné à juste titre aux dernières places depuis quelque temps, ce qui, en soi, même avec autant de virgules, pour le financeur principal du concours Eurovision, est un peu honteux.

Espagne. Manel Navarro – Do It For Your Lover

C’est pop, c’est jeune, ça rentre bien en tête et ça me fait bailler comme pas permis tellement c’est chiant. Donc top 10 possible avec la jurisprudence « Slow Down » de l’année dernière – même si, à titre personnel, je le place clairement dans le bottom 5 de la finale tellement, vraiment, c’est chiant. Leklein et Mirela auraient été meilleures à l’issue de la sélection nationale.

France. Alma – Requiem

J’aimerais y croire, mais bof. Si la première version « soft » aurait fini 6e comme l’année dernière (mais en partant de la fin), la seconde (avec l’ajout anglophone – un peu aléatoire – de dernière minute et un rythme plus engageant) peut grappiller quelques places. Si Alma réalise un excellent live (j’y crois peu mais pourquoi pas), le top 10 sera dans la poche.

Grande-Bretagne. Lucie Jones – Never Give Up On You

Ballade pleureuse et un peu poussive qui, si elle avait dû passer par les demi-finales, aurait risqué de ne pas s’en sortir. Bottom 10 de la finale, même en version « revampée ».

Italie. Francesco Gabbani – Occidentali’s Karma

Même chose que pour l’Espagne, mais avec un package en italien. Cela inclut : des accents italo, des chemises oranges, des vestes à motifs et des sur-orchestrations lourdaudes. Autant l’annoncer tout de suite : je ne déteste pas. Autant l’affirmer encore : si ce n’est pas mon titre préféré (mais fait partie de mon top 10), « Occidentali’s Karma » est pour l’heure mon favori pour la victoire finale.

Ukraine. O.Torvald – Time

Il semble désormais de tradition pour les tenants du titre (hors Suède) de viser la dernière place de la finale. O.Torvald devrait un peu mieux s’en sortir mais ce condensé de The Rasmus et ses déguisements tout déchirés ne volent malheureusement pas bien haut. A noter, et ça devient récurrent, que « Time » est la seule chanson rock de l’année…

>> Mes pronostics (et les vôtres) genre là <<

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.