ALBUM. Blank & Jones – Dom

Le duo allemand explore un nouveau champ musical avec leur quatorzième album « Dom » : après la trance, la house et la chillout plus ou moins baléarique, les voici plongés dans un new age teinté de modern classical. Intriguant.

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J’ai un temps cru à une erreur d’étiquetage, fin août, quand j’ai reçu la bonne nouvelle annonçant un nouvel album de Blank & Jones. « Dom », puisque tel est le nom de ce quatorzième opus, est teinté de religiosité, enregistré l’espace de trois nuits dans la cathédrale de Cologne. Quel rapport, par conséquent, avec le duo allemand ?

Petit flashback (mais, promis, il sera rapide) pour les néophytes. Blank & Jones fait partie de cette vague teutonne qui s’est imposée en force sur la scène trance naissante à la fin des années 90, face aux futurs mastodontes néerlandais et aux précurseurs britanniques. (Les Belges et les Français commençaient déjà à être largués malgré Yves DeRuyter et Emmanuel Top). Cette scène allemande, d’abord sous l’étendard de Sven Väth et Paul Van Dyk, s’est rapidement enrichie de RMB, Talla 2XLC, Schiller, Megara vs. DJ Lee, j’en passe et des meilleurs, et donc Blank & Jones. Si leur single le plus connu en France reste probablement « Cream », le duo a enchaîné single sur single trance jusqu’à la seconde moitié des années 2000.

Les choses ont ensuite singulièrement évolué. D’une part, le duo a lancé sa série de compilations chillout « Relax » (neuf volumes pour l’heure), coincées entre les Baléares et les Canaries. (Dans la même logique, Blank & Jones a sorti cinq volets des compilations « Milchbar », quatre de « Chilltronica » et a même travaillé avec le franco-hambourgeois Raphaël Marionneau pour sa célèbre série « Abstrait ».)

D’autre part, autre série prouvant l’élasticité croissante de leurs références, « So80s » (lire « So Eighties »), compile des perles plus ou moins connues de cette décennie en version remasterisée, certains volets spéciaux ayant été consacrés à Culture Club, Kajagoogoo, Orchestral Manoeuvres in the Dark et même Sandra. (Dans une logique similaire, Blank & Jones a sorti en 2013 une compilation nommée… « Bonheur & Mélancolie – The Finest In French Pop » !).

Rien d’étonnant, ainsi, à voir leurs productions studio s’éloigner rapidement de la trance pour se lancer dans l’electro connasse (« Kookoo » avec Martin Roth) voire dans la chillout de drague classe (« Consequences » avec Vanessa Daou). Etonnant, toutefois, quand même ! de constater que le nouveau genre ici exploré par le duo a plus à voir avec Arvo Pärt qu’avec Paul Van Dyk…

« Dom » a été conçu pour un cycle de trois soirées tenues à la cathédrale de Cologne (la « Kölner Dom », d’où le nom de l’album), les 18, 19 et 20 août 2016. Si Discogs catégorise ce travail comme « Ambient » et « Downtempo », il oublie toutefois de manière surprenante (ou agglomère approximativement ?) la dimension new age électronique de l’ensemble. Bercé de choeurs réguliers, « Dom » n’est toutefois pas qu’une expérimentation méditative : « Exim », par exemple, est une plage de neuf minutes aux rythmiques claires et précises, entre un Douglas Dare en version dub et un Enigma revitalisé de manière plus contemporaine.

Il n’est pas interdit, en effet, de penser à la formation allemande Enigma sur cet album : Sandra, ex-femme de Michael Cretu (qui se cache derrière Enigma), a sorti son dernier album conjointement chez Virgin et le label du duo (trio avec le manager Andy Kaufhold) Blank & Jones, Soundcolours. Il est également permis de faire un rapprochement avec un frère de transition musicale, j’ai nommé Schiller, qui a lui aussi abandonné la trance – certes, d’une manière différente que Blank & Jones – pour se consacrer à des horizons musicaux matinés d’ambient. Les plages électroniques rappellent, par périodes, d’autres allemands historiques comme Klaus Schulze et Tangerine Dream.

Le résultat d’ensemble, malgré tout, reste intriguant, quoique fort élégant. C’est le mot qui ressort, de cet effort, à son commencement comme à sa conclusion. Blank & Jones ajoute ainsi une facette supplémentaire à sa carrière de musiciens « relaxants », dans une dimension toutefois fort éloignée des « Milchbar » et « Relax » – un peu moins des « Chilltronica » et « So80s ».

Tracklisting:

  1. Lumen Ecclesie 3:51
  2. Dona Nobis Pacem 6:37
  3. Genesis 5:14
  4. Exim 9:13
  5. Sapientia 5:17
  6. Universus 5:11
  7. Lux Aeterna (Supernova) 6:00
  8. Pulsus 4:59
  9. Redemptio 4:39
  10. Stella 6:50
  11. Aeternitas 4:29
  12. In Excelsis 3:55
  13. Infinitum 6:24
  14. Pax 4:23

PS : quitte à parler comme un vieux con, « Pulsus » doit vous rappeler un classique éternel de la trance made in France du milieu des années 90. Le premier ou la première créature bipédique à comprendre de quoi je parle gagnera un pin’s à mon effigie le jour où un abruti aura l’idée de lancer une production pareille

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.