ALBUM. Laserdance – Force of Order

Si les années 80 continuent de vous hanter, le nouvel opus du duo néerlandais Laserdance va vous rassurer : 30 ans après « Humanoid Invasion », Erik van Vliet et Michiel van der Kuy n’ont rien changé à leur formule.

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L’eighties revival n’est pas une tendance nouvelle, découverte étourdie après trois vodka-pomme (pour les fragiles) au détour d’un bar à moitié vide dans le 10e arrondissement de Paris. Youtube aura d’ailleurs beaucoup fait pour que cette douce décennie musicale, matinée d’italo, de disco et de pop blindée de néons, ne sombre jamais tout à fait dans les limbes de l’oubli.

Laserdance est l’une des formations qu’on peut qualifier de rescapées de cette période. Le duo néerlandais, composé d’Erik van Vliet et Michiel van der Kuy, fait partie de la dernière vague italo disco avant que le new beat (Confetti’s !) puis la dance (on citera ici Technotronic histoire de) ne viennent tout emporter (même après Stéphanie de Monaco, c’est dire) : de 1987 à 1996, ils auront publié l’équivalent d’un album par an, le tout toutefois (non, pas toutouyoutou, tu y as pensé, lecteur, mais non) surplombé par un unique titre résumant bien le style Laserdance – j’ai nommé « Humanoid Invasion ». Le style, disais-je ? Surnommé « spacesynth » par certains, il se situe aux confluents de l’italo, de la disco un peu cheap et d’un Klaus Schulze sous acides découvrant le Roland TB-303 un soir d’alcoolisme profond :

Un album publié en 2000 par le seul Julius Wijnmalen, aidé d’Erik Van Vliet, a vu le jour mais n’aura marqué personne, tant et si bien que le groupe n’aura manqué à personne depuis lors. (En dehors de l’allitération de la phrase précédente, notez par ailleurs que Michiel van der Kuy n’a pas participé à « Strikes Back » puisqu’il se lançait en tant que producteur dans un nouveau projet dénommé… Alice Deejay. Rappelez-vous et, pendant que vous écouterez cette merveille, n’oubliez pas que les producteurs de ce titre en particulier se nomment Svenson & Gielen, aka Airscape, comme quoi mes liaisons entre trance et italo-disco ne sont finalement pas aussi farfelues que la longueur de cette parenthèse)

Pourtant, Laserdance est bel et bien de retour avec « Force of Order », 16 ans après « Strikes Back ». Puisqu’on en est à déblatérer nos références eighties revival à l’arrache, cet album ne ressemble ni à Todd Terje, ni à Lindstrom, encore moins à Kavinsky, absolument pas à The Midnight, que dalle à voir avec Minitel Rose et toute sa clique à la Anoraak, même pas avec le lento violento de Gigi d’Agostino. « Force of Order » est un album en version originale : il aurait tout à fait pu être publié il y a 30 ans. Les synthés, qu’il a fallu dépoussiérer, font toujours le même son. Les effets et les transitions ont toujours un goût d’à l’arrache qui, d’ailleurs, faisait en partie le style de Laserdance lors de ses premiers albums.

Dit ainsi, cela pourrait être inquiétant. Ça l’est, en partie : « Force of Order » s’écoute d’une traite, alcoolisé (à jeun, soyez particulièrement motivé-e), une seule fois. Ce n’est pas la qualité de l’ensemble qui m’empêche d’appuyer sur « Repeat » mais, tristement, le fait que ce sentiment lointain d’appartenance à une communauté musicale n’appartient qu’à une époque résolue et révolue, que je n’aurai d’ailleurs pas connue (le premier album de Laserdance, « Future Generation », est sorti durant l’année de ma naissance), mais paraissant désormais surannée. Restent, en réalité, uniquement des tubes et des perles imparables que tous les amoureux d’italo ont, eux, déjà réécouté : « Humanoid Invasion » fait, et finissons là-dessus, partie à juste titre de ce panthéon subconscient.

Tracklisting:

  1. Endless Space (5.20)
  2. Force Of Order (5.22)
  3. Inter Galactic (5.28)
  4. Space Opera (5.15)
  5. Power Invasion (4.55)
  6. System Activated (5.06)
  7. Cyber Robot (5.03)
  8. Fire Storm (6.01)
  9. Skydiver (5.19)
  10. Ghost Song (4.42)

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.