ALBUM. Ben Lukas Boysen – Spells

Ben Lukas Boysen soigne son arrivée au sein de l’écurie Erased Tapes avec la sortie de ses deux opus en son nom propre, « Gravity » (remasterisé) et « Spells », totale nouveauté… dans une certaine continuité.

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“La vérité scientifique a pour signe la cohérence et l’efficacité. La vérité poétique a pour signe la beauté.” (Aimé Césaire)

Il paraît aisé, presqu’osé, de considérer « Spells » comme un copié-collé de l’album auquel il succède historiquement, « Gravity », premier album de Ben Lukas Boysen sorti sous son vrai nom (2013, sur Ad Noiseam) et non sous le pseudonyme de Hecq. Il en conserve, effectivement, la structure jusque dans ses moindres recoins (huit titres, dont deux « Nocturne »), le style (ambient-drone mélodique) et la destination d’écoute privilégiée (haut, très haut, dans les nuages, en parapente, au choix).

Il serait toutefois dommage de ne voir dans « Spells » qu’un vulgaire copycat de « Gravity ». Il y a eu, certes, depuis, une signature au sein d’Erased Tapes et un coup de polish au mastering de Nils Frahm sur « Gravity » (ressorti pour l’occasion) et sur ce « Spells » non dénué de morceaux de bravoure pure. Il y a, surtout, certains ajustements d’orchestration, quelques légers renforcements instrumentaux (Achim Färber toujours à la batterie, plus claire que sur « Gravity », sans oublier les apparitions de la harpe de Lara Somogyi), plus ou moins pertinents au fil des écoutes.

L’introduction « The Veil », la harpe remplaçant la guitare sèche, m’a instantanément évoqué les travaux de Gustavo Santaolalla pour la bande originale de « Babel », voire certaines productions de son comparse sud-américain Jaques Morelenbaum. « Keep Watch », d’apparence sans prétention, constitue une gifle qui prend son temps et ses aises pour atterrir en plein dans ta gueule, de même qu’une « Nocturne 4 » leste et céleste.

>> LISTEN. « Nocturne 4 » by Ben Lukas Boysen

Il paraît, DONC, aisé, presqu’osé, de considérer « Spells » comme une intrigante exhibition de facilité, parfois paresseuse, voire par instants démonstrative. Quiconque commencerait sa découverte de Ben Lukas Boysen par « Spells » aura toutefois, par définition, du mal à comprendre sincèrement ce qui amènera les (quelques) autres à esquisser un léger rictus de déception – j’ai bien précisé « léger », en témoigne la note attribuée à « Spells » dans ces modestes colonnes sur lesquelles vous venez manifestement de tomber – qui émane finalement de cette parcelle d’éternité.

Depuis deux ou trois ans, en effet, les primo-auditeurs de « Gravity » n’ont aucune honte à repasser en boucle, et dans l’ordre s’il vous plaît, ce qui reste toujours à mon sens l’un des meilleurs albums de la décennie. Loin de la simplicité apparente de la démarche (pas d’envolées pianistiques à la Lubomyr Melnyk, pas d’avalanches d’effets à la Nils Frahm sur « Says »), « Gravity » se distinguait en effet par une trajectoire narrative terriblement implacable, ne laissant aucune chance d’escapade fortuite au bienheureux découvreur. « Spells », de son côté, se déguste par morceaux choisis, au début plutôt qu’à la fin, comme s’il se devait d’être snacké plutôt que dégusté.

>> LISTEN. « Golden Times 1 » by Ben Lukas Boysen

Qu’on ne se méprenne toutefois pas sur mes intentions : l’intégralité de la discographie de Ben Lukas Boysen aka Hecq, « Spells » inclus, est à conseiller à n’importe quel quidam qui en ignorerait encore toute parcelle. Petit conseil aux nouveaux de la part du vieux con que je suis en train de devenir : s’il est finalement plutôt bénéfique de commencer par « Spells », sachez toutefois qu’il figure parmi les moins bons albums de Boysen/Hecq. « Gravity », donc, « Mare Nostrum » et « Night Falls » vous attendent au bord du chemin, histoire, paradoxale, de vous mettre définitivement à terre tout en vous envoyant en l’air. Une définition comme une autre du vertige.

« Spells » de Ben Lukas Boysen est disponible depuis le 10 juin sur Erased Tapes : >ORDER LINK<.

Tracklisting:

  1. The Veil 06:42
  2. Nocturne 3 03:39
  3. Sleepers Beat Theme 04:30
  4. Golden Times I 08:37
  5. Nocturne 4 06:47
  6. Keep Watch 06:02
  7. Golden Times II 05:44
  8. Selene 03:20

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.