ALBUM. Deep Forest – Evo Devo

25 ans après sa création, le projet français Deep Forest reprend son cheminement électronique autour du monde avec l’intrigant « Evo Devo ».

deep forest evo devo gwendalperrin.net

Non, les Daft Punk ne sont pas les seuls Français à avoir remporté un Grammy Award. Ils ne furent même pas les premiers : ils ont été devancés, en ce sens, par le duo world music Deep Forest, encore à l’état de duo à l’époque. Le « Boheme » de 1995, qui leur offrira également un World Music Award grâce à ses excellentes ventes, était le troisième opus de la formation Michel Sanchez / Eric Mouquet, publié quatorze ans avant que les Daft Punk ne remportent leur premier Grammy (ils en ont gagné sept en tout, deux pour « Alive 2007 » et cinq pour « Random Access Memories »).

Depuis le départ de Michel Sanchez en 2004, Eric Mouquet en solo n’a guère chômé avec, en 2008, un « Deep Brasil » au titre-programme évocateur puis, en 2013, le triptyque « Deep India » / « Deep Africa » / « Dub Africa ». Ce « Evo Devo » (Evolution & Development) peut ainsi être considéré comme le premier album post-Sanchez de Deep Forest « véritablement » worldwide, loin de se cantonner à un seul ensemble d’influences géographiques.

« Evo Devo », pluriel d’un point de vue continental, l’est également dans ses emprunts électroniques à l’instar de « Music Detected » (2002) : chillstep à la Aaron Static (« Sing With The Birds », « Dead Forest »), dance de stade (!) comme sur « Happy Tribe », plus old school sur « Stutter Dream », voire dubstep bien fichue (« Somewhere »). L’appellation de « musique d’ascenseur », souvent rappelée et décriée dès qu’on combine ambient et world music, n’est ici qu’assez lointaine : tout juste peut-on noter le solo de flûte sur le court « Continuum’s Song », rappelant Eric van der Heijden ou Rene van der Wouden, un « Blue Story » pas improbable dans un Nature & Découvertes, voire le diptyque « Simply Done »/ »Oyme’s Song »…

« When I started this one, I did not imagine, that the music finally could lead me to all these songs. Step by step I realized how this album was related to the Boheme-Deep-Forest-Feel and at the same time was so deeply anchored in the up-to-date electronic music scene », résume Mouquet. Difficile de trouver meilleure formulation pour expliquer la génèse du bien nommé « Patchwork » : cette étrange, et donc quelque peu fascinante, symbiose d’époques finement mélangées, se révèle étonnamment cohérent dans sa diversité pourtant complète, les grands écarts permanents semblant presque normaux. Cet album du retour, partiellement financé par crowdfunding, caresse le risque de l’anonymat en raison de l’absence (volontaire) de compromis musical : il serait plutôt dommageable de laisser ce scénario négatif se confirmer.

« Patchwork » de Deep Forest sort le 10 juin prochain : >PREORDER LINK< (et pour les amoureux des vinyls, >PREORDER LINK ICI<)

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.