ALBUM. Gareth Emery – 100 Reasons To Live

Le DJ britannique Gareth Emery sort, deux ans après « Drive », un nouvel album intitulé « 100 Reasons To Live », où on sent qu’il a des choses à se faire pardonner.

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Gareth Emery, c’est d’abord de longues tirades Facebook, pas si habituelles dans un monde de DJ plus lobotomisés les uns que les autres. Il fait partie d’une rare espèce ne se contentant pas de micro-vidéos mises en avant par Facebook (pour inciter à cliquer sur des liens Youtube), de poster de photos pourries en train de faire une grimace à un dromadaire ou de sauter sur un dancefloor garanti sans neurone, tout juste remis de l’intense effort d’avoir appuyé sur un bouton différent de « SYNC ».

Le bonhomme, il faut bien l’admettre, part d’assez loin. Ecumant pendant des années les boîtes de nuit poucaves du centre-Angleterre, Gareth Emery est un complet inconnu jusqu’à ses premières véritables productions, débutant avec « Mistral » (également connu sous son pseudonyme de GTR). Ce n’est que progressivement, sur cinq ans, qu’il construira sa marque, d’abord sous la bannière de Five AM, ensuite sur son label Garuda, pour ensuite parvenir à son (bon) premier album « Northern Lights ».

Le problème, pour Gareth Emery, est venu après. Le succès montant à la tête, le bellâtre se casse aux Etats-Unis, mixe à San Francisco et Miami plutôt qu’à Leeds ou Inverness, suit à son tour la vague EDM alors plus-que-naissante mais pas tout à fait éclatante : c’est la période des « Sanctuary » et « Concrete Angel », pour la pop/dance vocale, mais surtout des affreux « The Saga » et « Meet Her At Miami », massacre en bonne et due forme du classique de Da Hool.

La rédemption, après une série d’affronts, était-elle possible ? C’était, déjà, un peu le sujet de son second album « Drive », sorti en 2014. Gareth Emery, marié, conduisant sur de longues autoroutes avec sa dulcinée (désolé les mecs), atterrissait finalement là où ses précédents virages l’avaient amené : dans une impasse stylistique évidente, avec quelques parcelles de génie (« Long Way Home » reste un excellent titre estival), là où son camarade de jeu Ashley Wallbridge (« Mansion », « DUI »), avait carrément foncé dans le mur et sorti des bouses sur le label d’Avicii.

Le demi-tour, puisqu’il est ici question de cela, paraît alors osé. « 100 Reasons to Live » est malheureusement bien similaire à « Drive », dans le côté synthétique des productions vocales, côté plastique des collaborations, capable de sortir quelques bonnes pistes sans crier au génie à un quelconque moment (« Sansa », « Until We Meet Again » avec Ben Gold), sans que cela ne reflète véritablement un quelconque intérêt existentiel. Ce n’est évidemment plus de la trance, à peine de la progressive house, et le tout a probablement sa place dans un rayon pop plutôt que techno.

Bien sûr, au cas où mon propos porterait à confusion, « 100 Reasons To Live » n’est heureusement pas vulgaire. Bien plus pop qu’EDM, il évite les poncifs des gugus au sommet des charts, de DVLM à Hardwell, finalement plus proche d’autres rois de Beatport comme Chocolate Puma ou EDX. Cela n’empêche pas de constater qu’à ces versions originales, seront rapidement privilégiées les retravaillées, qu’elles soient acoustiques (Christina Novelli garde de la voix sur « Save Me ») ou remixées (Standerwick sur « Reckless » en formule 138 bpm générique mais efficace).

Tout cet amas de chewing-gum, sous les vernis et les faux-semblants, est à la fois volontaire et involontaire. Gareth Emery a du succès, toujours, bien plus qu’à l’époque de « Mistral » et de l’épopée Five AM (qui, pour les plus vieux d’entre vous, a bel et bien sorti des perles d’Hemstock & Jennings, de The Traveller & In Motion (« Believe ») ou encore de Sunscreem). Ashley Wallbridge a enchaîné deux ans de putes, de soirées et de coke à Las Vegas comme une Céline Dion anonyme, ce qui lui a même valu les honneurs de plusieurs reportages télévisés.

C’est pourquoi, tout bien réfléchi, il ne fallait rien attendre de « 100 Reasons To Live ». Non pas qu’il faille douter de la sincérité de Gareth Emery (ses posts Facebook font toujours trois kilomètres de long), ni même de son humour : le projet CVNT5 (prononcer « Cunts ») avec Ashley Wallbridge est ce qu’il a produit de plus efficace depuis des années. Mais considérer qu’il puisse retrouver son bon goût visiblement égaré relève désormais d’un crime de lèse-majesté voire, plus probablement, d’un fantasme de vieux con qui n’aura abandonné ni Airwave ni Christopher Lawrence. Chacun ses choix.

Tracklisting:

  1. The Story So Far (6:44)
  2. Cloudline (feat. Joseph) (6:55)
  3. Far From Home (feat. Gavrielle) (3:51)
  4. Reckless (feat. Wayward Daughter) (3:22)
  5. We Were Young (feat. Alex & Sierra) (4:04)
  6. CVNT5 (with Ashley Wallbridge) (4:37)
  7. Make It Happen (feat. Lawson) (3:13)
  8. Hands (feat. London Thor & Alastor) (4:22)
  9. Lost (feat. Janet Devlin) (4:31)
  10. Save Me (feat. Christina Novelli) (6:15)
  11. Until We Meet Again (feat. Ben Gold) (5:25)
  12. I Could Be Stronger (But Only For You) (feat. Corey Sanders) (3:44)
  13. Sansa (8:31)
  14. Cruiser (Bonus Track) (feat. Alex Sonata) (4:50)

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager, enseignant-raconteur de blagues et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.