ALBUM. Blancmange – Commuter 23

Vous vous rappelez peut-être du Blancmange des années 80, groupe auteur de quelques tubes synth-pop mémorables ? Oubliez donc cette formation puisque, depuis 2011, il a emprunté des routes bien plus étonnantes. Nouvelle illustration avec l’étrange « Commuter 23 ».

blancmange commuter 23 gwendalperrin.net

Du temps de son succès dans les charts, le duo Blancmange (Neil Arthur et Stephen Luscombe) aura en tout et pour tout sorti trois albums : « Happy Families », « Mange Tout » et le plus méconnu « Believe You Me », dont l’insuccès commercial aura entraîné la scission du duo en 1986. Dès lors, restaient en mémoire certains tubes synth-pop à consonance orientale qui, paradoxalement, restent encore à l’heure actuelle injustement méconnus face à d’autres mastodontes de cette période, à l’instar de « Living On The Ceiling », « Waves » (que j’aime moins) et « Blind Vision ». Petit coup de vieux en vidéo :

Autant vous l’annoncer tout de go : les choses ont, depuis, bien changé. Blancmange s’est effectivement reformé au bout d’un hiatus long d’un quart de siècle (Arthur a surtout réalisé des bandes originales alors que Luscombe s’est essentiellement consacré à la musique indienne) et, en seulement cinq ans, a déjà sorti cinq albums !

« Blanc Burn », l’album du retour de 2011, est en réalité le dernier où Luscombe ajoutera sa patte : il se mettra en retrait de Blancmange en raison de problèmes de santé peu après, laissant Arthur seul aux commandes. Et quelles commandes : depuis 2014, il sort l’équivalent d’un album tous les six mois (« Happy Families Too… », « Semi Detached », « Nil By Mouth » et maintenant « Commuter 23 »).

Finies depuis longtemps, les autoroutes synth-pop concentrées : place ici aux mélopées ambient, parfois, accompagnées de la voix métallique d’un Neil Arthur qui semble toujours en phase de maturation post-eighties, comme sur « Jack Knife ». Désormais plus proche d’un Brian Eno que d’un Soft Cell ancienne époque, moins extravagant qu’un Marc Almond mais probablement plus inspiré, Arthur livre ici un album qui se rapproche de plus en plus des débuts discographiques de Blancmange, toute liberté retrouvée dans l’ajout de sonorités sombres et d’effets par moments hostiles.

L’album, pluriel mais déroutant, mérite plusieurs écoutes pour se laisser véritablement saisir, prise de temps que ne prendront probablement pas la majorité des primo-auditeurs de « Commuter 23 ». L’effort peut pourtant valoir le coup, non pas dans une dynamique uniforme mais plutôt une logique de grignotage, entre des pistes ambient qu’un Brian Eno ne renierait pas (l’excellent « Time Day__Night ») et des délicatesses délicieusement rétro (« Last Night (I Dreamt I Had A Job) »). Question de priorités, probablement.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager, enseignant-raconteur de blagues et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.