J’ai écouté les 43 chansons candidates à l’Eurovision 2016 (et je spoile un max)

Puisqu’il semblerait que mes quelques lecteurs aient aimé s’égarer sur ma précédente divagation à propos de l’édition 2015 de l’Eurovision, autant insister et vous mettre tout de suite en condition pour l’Eurovision 2016. Vous l’aurez cherché.

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Parfois, entre deux soupirs de lassitude face à mon reflet, j’observe les statistiques de ce site fort audacieux au demeurant et je soupire une troisième fois. A quoi cela me sert de me décarcasser à vous proposer des chroniques plus ou moins développées d’albums plus ou moins introuvables, fouinés au plus profond de passagères névroses répétées, si c’est pour vous coltiner des articles sur les chats, réels ou virtuels, ou bien encore sur l’Eurovision ?

Je vous juge, mais moins que je ne me juge face à ces quelques lignes : l’Eurovision est, pour mon âme de supputé critique musical inébranlable et inatteignable (et inintéressant, sale bipède), une régression aux allures d’agréable divagation, sur laquelle je m’étais effectivement entiché l’année dernière. Rassurez-vous : j’ai bien l’intention de remettre le couvert cette année.

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Le slogan « Come Together », d’une folle originalité, peut être interprété de manière purement sexuelle : le logotype, aux allures de virus mal soigné, peut aussi prendre l’allure d’une boule de geisha, histoire de faire languir les téléspectateurs quant à la tournure de cette soirée du 14 mai 2016 à Stockholm.

Premier point notable : avec 43 pays représentés, l’Eurovision 2016 égale le record de 2008 et 2011 quant au nombre de nations présentes. Par rapport à l’année dernière, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie et l’Ukraine font leur retour, là où le Portugal décline ce coup-ci son invitation – sa prestation absolument non-remarquable de l’année dernière ayant fait bailler l’assistance toute entière.

Deuxième point notable : l’Australie, qui n’aurait normalement dû participer qu’en 2015 (sauf victoire de son Craig David local), a obtenu une nouvelle dérogation, succès du concours oblige. Contrairement à l’année dernière toutefois, l’île n’aura pas de laisser-passer direct en finale et devra passer par les demi-finales.

Troisième point notable : le système de notation va être revu pour la première fois depuis 1975, sur la base du Melodifestivalen suédois (le concours de sélection du titre représentant la Suède à l’Eurovision, véritable institution dans ce pays – et véritable terril à succès, Loreen et Mans Zelmerlöw pouvant en témoigner). Ainsi, les votes des jurys professionnels nationaux et des téléspectateurs ne seront plus mélangés : seuls les résultats des jurys seront annoncés au fur et à mesure de la soirée, alors que ceux des téléspectateurs ne s’y mêleront pour moitié qu’en toute fin – histoire de ménager le suspense.

(Et si tu es déjà au taquet et que tu as déjà écouté ces 43 performances pour le moins mémorables, tu peux déjà découvrir mon premier point intermédiaire pronostics)


Demi-finale 1 (10 mai 2016)

Participeront à cette demi-finale : Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Chypre, Croatie, Estonie, Finlande, Grèce, Hongrie, Islande, Malte, Moldavie, Monténégro, Pays-Bas, Russie, République Tchèque et Saint-Marin (dix qualifiés sur dix-huit).

Voteront à cette demi-finale : Espagne, France et Suède (qualifiées d’office).

Commençons par la chanson maltaise avec « Chameleon » d’Ira Losco, choisie après concours. Cette Monica Bellucci mal liftée en herbe se déhanche (peu) (voire pas du tout) sur une dance aussi ethnique que mollassonne, dans une fausse tenue de mariée disponible pour seulement 49€ chez Camaïeu. A noter qu’en 2002, elle avait obtenu la seconde place avec « 7th Wonder », performance réalisée deux fois pour le petit archipel – pour l’instant sans victoire dans la compétition.

L’Espagne, automatiquement qualifiée pour la finale, s’est finalement accordée sur « Say Yay » de Barei : le refrain est probablement l’un des plus ridicules entendus depuis le début de la décennie (qui a pourtant vu s’écouler de nombreux refrains ridicules…) mais la demoiselle ici présentée, parce que j’ai de fugaces instants de gentillesse, mérite clairement mieux que cette piste electro-chelou qui n’obtiendra même pas un top 15 :

L’Autriche, de manière devenue surprenante, sera représentée par une chanson chantée… en français : Zoë présente donc « Loin d’Ici », mélange chelou de Louane et de Martin Solveig avec des enchaînements de violons épileptiques rappelant les premiers tubes d’Edward Maya. Le pari est osé, patriotiquement culotté, mais je ne vois pas de destinée plus glorieuse à ce titre qu’au représentant autrichien de l’année dernière, The Makemakes, conclu avec un « null point ».

L’Arménie, qui avait prévu de longue date de filer les clés de son potentiel succès à Iveta Mukuchyan, sera représentée par la chanson « LoveWave ». A des antipodes des pseudo-généalogistes de 2015, le titre aurait pu être une création totalement dark mais se complait finalement dans un rôle de complainte vaguement électro, vaguement naturelle, vaguement dark en fait, vaguement vague. Arrivera en finale, peut escompter un top 10 mais difficilement plus :

Dalal Midhat-Talakić & Deen feat. Ana Rucner and Jala représentent de leur côté, comme prévu depuis des semaines, la Bosnie-Herzégovine. « Ljubav Je » a des chances de succès situées en-dessous de 0%, pseudo comptine tribalo-traditionnelle sur le thème de l’amour-tout-choupi que Chérie FM a refusé de diffuser sur ses ondes en 1974 (même avec la partie de rap à capuche qui intervient sans prévenir à mi-titre) :

L’Islande sera représentée de son côté par une certaine Greta Salóme avec le titre « Hear Them Calling », version anglicisée d’un titre original en islandais – Salóme avait fait la même chose en 2012. Le début du titre est d’un ennui intersidéral, avant qu’une basse s’invite de manière quelque peu illogique dans ce truc folklo-dance qui pourra probablement se qualifier pour la finale, mais sans la moindre assurance d’un top 20 :

Chypre met de son côté en avant Minus One, un des membres du groupe participant actuellement à « The Voice 5 » – j’ai nommé François Micheletto. « Alter Ego » est une ballade rock FM qui rappelle volontiers « In The Shadows » des Rasmus (et merci pour ce moment de malaise de coup de vieux de bâtard sale bipède-derrière-ces-lignes) : le tout ne vole pas très haut mais n’est pas suffisamment nul pour se faire virer en demi-finale comme un malpropre. Potentiel de top 15 pour l’heure :

La Finlande a finalement, après une rude compétition, choisi « Sing It Away » de Sandhja. J’ai du mal à détester ce titre, rare proposition axée soul/dance avec un faux look de Sinead O’Connor, mais ses chances de succès paraissent toutefois fort faibles, sauf en cas de surprise avérée. 80% de chances de ne pas voir la finale, 20% de taper un top 5 :

La Hongrie a privilégié Freddie qui, avec « Pioneer » et son faux air de Kendji Girac, a clairement un chaton dans la gorge qui ne demande qu’à s’échapper. Le titre, pop plutôt incarnée, n’est honnêtement pas mauvais mais, comme pour sa cousine finlandaise, il rentre dans une stratégie de « tout ou rien » qui a plus de chances d’échouer que de réussir :

La Moldavie présente de son côté « Falling Stars » (rien à voir avec les Sunset Strippers), d’une certaine Lidia Isac. Enfin, rien à voir… Il y a là aussi une rythmique dance aussi pop que pompier, des sonorités datées du début des années 2000 et une qualité d’image/son de la télévision moldave datant de la même période. Pas (trop) vomitif, mais aura du mal à voir la finale :

La Croatie se la joue sonorités celtiques avec « Lighthouse », titre de Nina Kraljić, à la mélodie rappelant un vieux tube de Jennifer Lopez (« Waiting For Tonight » pour information, elle avait à l’époque autant de « rides » qu’aujourd’hui). C’est géographiquement un peu hors sujet, pas forcément mauvais, mais devrait avoir du mal à atteindre le top 10 :

Le Monténégro envoie Highway, mélange chelou des Offspring, de Depeche Mode et de Skrillex avec « The Real Thing », magma auditif accompagné d’une danseuse blonde qui constitue, fort peu à propos, le principal intérêt de ce clip dispensable pour un titre qui l’est tout autant. Next :

Amsterdam ne veut décidément pas du tout, mais genre carrément pas, organiser l’Eurovision. « Slow Down », du groupe Douwe Bob, est la meilleure preuve d’euroscepticisme qui soit, un côté vaguement pop anglaise dans l’enchaînement, mais Londres semble ici être d’abord une référence absolue pour se retrouver aux dernières places de la compétition :

La Russie, au contraire, a depuis plusieurs années des ambitions établies sur cette compétition. « You Are The Only One » de Sergey Lazarev, titre représentant Moscou cette année, fait autant penser à Vladimir Poutine et à la péninsule de la Kamtchatka qu’un pudding préparé à la façon paraguayenne (sans oublier que cette chanson est définitivement l’une des plus homosexuelles du plateau, le clip est aussi paradoxal qu’éloquent sur le sujet). Il fait, par conséquent, partie des candidats évidents au top 5 (mais je ne le vois pas sur le podium) :

Saint-Marin s’est fait une spécialité de proposer chaque année la chanson la plus ridicule de la compétition, avec un coefficient de réussite qui rendrait les Twin Twin jaloux. Nouvelle démonstration avec l’insupportable « I Didn’t Know » de Serhat, titre ayant tout de la parodie mais, et c’est bien là le problème, n’en est pas une. Et ce n’est pas la version disco du bousin, qui a supplanté à la dernière minute la version originale digne d’une telenovela colombienne des années 60 (les curieux pourront googler cette sous-merde au besoin), qui va lui octroyer une place en finale :

(Bon, allez, parce que je suis sympa et que la vidéo n’a pas été supprimée de partout, voici la version originale)

L’Estonie a également prévu d’endormir tout le monde (mais pas de rire) avec « Play » de Jüri Pootsmann, titre particulièrement inoffensif avec des bruits de cloche d’école, mais ce n’est pas cela qui nous réveillera de notre endormissement létal subite, allongé sur un livre chiant, tiens faudrait que je m’en débarrasse sur PriceMinister le temps que cette chanson se termine :

La Grèce sera de son côté représentée par un groupe nommé Argo et un titre nommé « Utopian Land ». Ce rap vaguement folklorique, ce clip quasi immobile et ces effets spéciaux réalisés sur une vieille copie pirate d’InDesign constituent autant de raisons valables de ne pas voir le visage de la finale :

La République Tchèque présente de son côté Gabriela Gunčíková et sa chanson « I Stand ». Même si le clip est esthétiquement intéresssant, il n’en est pas autant de la chanson, banale comme de l’eau du robinet, composée d’un refrain recherché où tout tourne autour du mot « stand ». Vaguement inspirant :

L’Azerbaïdjan, désormais coutumier des premières places, tente de remettre le couvert avec « Miracle » de Samra, à la bassline digne des débuts discographiques de Britney Spears et aux paroles… dignes des débuts discographiques de Britney Spears. Comme Moscou et Stockholm, Bakou vise ouvertement la victoire : je ne crois pas au miracle pour ce titre, qui devrait finir aux alentours du top 15 :

La Suède va-t-elle trouver dès 2016 des successeurs à Mans Zelmerlöw et Loreen ? Frans, avec son titre « If I Were Sorry », tente de ressusciter… la calypso : c’est évidemment assez improbable et, pour être honnête, constitue l’un des plus mauvais choix réalisés à l’issue d’un Melofestivalen (un remix d’Avicii ou Alesso aurait-il changé la donne ? Même pas sûr) :

La France avait prévu de révéler sa chanson « gagnante » (rajouter 67 paires de guillemets histoire d’obtenir un minimum de crédibilité) le 12 mars 2016, de nombreuses rumeurs s’accordant autour de Sasha (rien à voir avec « Xpander ») et une pincée de langue anglaise dans le refrain (mais comme souvent en France, l’intéressante idée débouche d’un compromis gentiment bancal et partiellement foireux) :

Mais Cyril Hanouna a tout foutu par terre en révélant le pot-aux-roses fin février, pour finalement voir Amir (« The Voice 3 ») présenter « J’ai Cherché », avec là aussi un refrain en anglais. C’est moins catastrophique que l’inénarrable Lisa Angell de 2015 et, a priori, Amir pourrait éviter les 5 dernières places. Mais, tout aussi a priori, pas les 15 dernières :

 

Demi-finale 2 (12 mai 2016)

Participeront à cette demi-finale : Albanie, Australie, Belgique, Biélorussie, Bulgarie, Danemark, Géorgie, Irlande, Israël, Lettonie, Lituanie, Macédoine, Norvège, Pologne, Roumanie, Serbie, Slovénie, Suisse et Ukraine (dix qualifiés sur dix-neuf).

Voteront à cette demi-finale : Allemagne, Italie et Royaume-Uni (qualifiés d’office).

Focus sur l’Albanie avec Eneda Tarifa, choisie dans les derniers jours de 2015 avec sa chanson « Përrallë » (NDLR : la version anglaise « Fairytale » devrait être interprétée à Stockholm) : entre fake hip-hop/rock et front botoxé (sans oublier les expressions faciales aussi limitées qu’incroyablement inexpressives), ce titre n’a malheureusement même pas des allures de tube FM (même pas sur Autoroute FM) et devrait ainsi facilement ne pas se qualifier pour la finale du 14 mai.

La Belgique, qui avait surpris son monde en 2015 avec Loïc Nottet (il n’empêche, je considère toujours sa chanson comme l’une des plus inécoutables de la précédente édition), met cette année en avant Laura Tesoro avec « What’s The Pressure ». Le royaume d’outre-Quiévrain tente visiblement de réitérer son exploit de 2015 avec un titre soul-funk qui rappellera les rebuts de Phats & Small d’il y a quasiment vingt ans : ce morceau peut probablement viser une place de finaliste, voire un top 10 à l’arrache, mais difficilement mieux sur le papier.

La Biélorussie lance de son côté un certain Ivan, rien à voir avec celui du mythique « Fotonovela », avec le titre « Help You Fly ». On sent dans cette chanson une certaine influence rétro, à la fois pas désagréable dans l’usage de certains synthés eighties, en même temps plutôt gnangnan avec les rapides riffs rapidement rock sauce Ouï FM en 1993 et finalement inquiétante avec la coupe de cheveux du bipède en question, directement inspirée des frères Hanson. Le titre n’est pas si mauvais que ça en soi (mon côté italo qui ressort), mais j’ai pour l’instant du mal à lui concevoir une place de finaliste.

L’Irlande, de son côté, voit la Suède arriver dans ses rétroviseurs avec, en jeu, le record de victoires dans la compétition. Nicky Byrne, compromis chelou entre Nick Youngquest et Ronan Keating, présente ici « Sunlight », pour le coup succès FM garanti (même sur Autoroute FM), probablement top 15 dans la nuit du 14 au 15 mai 2016 mais qui n’obtiendra probablement pas de meilleur résultat, entre une rythmique lourdingue et des paroles presque pas assez profondes pour l’Eurovision :

Les processus de sélection à l’Eurovision made in Suisse n’ont rien à voir avec les made in Suède puisqu’il semble ici établi de voter pour une chanson qui, pragmatiquement, n’aura quasiment aucune chance de passer le cap des demi-finales. « The Last of our Kind » de Rykka est moins catastrophique que la partition proposée en 2015, mais ce n’est pas pour autant qu’elle est réellement écoutable (bon, elle l’est, mais une seule fois, voire deux si elle réussit l’exploit d’arriver en finale grâce au changement de demi-ton en fin de titre) :

Le Danemark croit de son côté, au vu de sa sélection au « Melodi Grand Prix », que les boys bands n’ont toujours pas disparu et ce, malgré la santé déclinante des One Direction (j’omettrais volontairement d’évoquer celle d’Alliage). Lighthouse X, puisque tel est le nom de ce trio, propose ici « Soldiers of Love », sirop auditif prompt à boucher toute canalisation intellectuelle normalement constituée, qui devrait voir la finale sans trop de difficultés mais galèrera pour accéder au top 10 :

Grosse déception du côté de la Géorgie qui, avec Nika Kocharov & Young Georgian Lolitaz, se goure de cible en singeant Radiohead plutôt que Kylie Minogue (le « Warrior » de Nina Sublatti méritait clairement plus qu’une 11e place). « Midnight Gold » n’est pas fondamentalement mauvais, rappelle un peu The Music période 2002-2004, mais n’a clairement pas le potentiel d’un défonceur de portes comme le fut « Hard Rock Hallelujah » de Lordi :

L’Ukraine a de son côté choisi Jamala avec son titre « 1944 ». On confondrait préalablement Jamala avec Jamelia (mais ça n’a rien à voir, rappelle-toi) puis, aux premières mesures, avec une Christine & The Queens jusque dans le non-sens apparent des paroles. « 1944 », toutefois, tourne au délire vocal à la Sylvia Tosun car, en réalité, Jamala a bien de plus de voix que Christine. Difficile toutefois d’avoir un diagnostic réellement tranché sur ce titre, qui peut à la fois viser un top 10 ou une élimination sans gloire en demi-finale. Je mise, pour l’heure, sur la seconde hypothèse :

De son côté, l’Allemagne, qui s’était précédemment accordée sur Xavier Naidoo (aperçu notamment aux côtés de Schiller sur lequel, malgré les années, je n’arrive pas à avoir une opinion fondamentalement négative), a préféré renoncer au vu et su de la réputation du monsieur. C’est finalement Jamie-Lee (Kriewitz) qui, avec « Ghost », ne pourra pas faire pire que le « null point » que le « Black Smoke » de l’année dernière : le titre, issu de « The Voice », peut viser sans sourciller un top 15 voire top 10, mais n’a clairement pas les reins assez solides pour viser plus haut :

Là où le « Love Injected » de 2015 avait représenté un nouveau flop pour la Lettonie, Riga n’a toutefois pas plus l’intention d’accorder un quelconque soupçon d’originalité nationale dans sa suggestion de 2016. « Heartbeat » de Justs est plutôt contemporain (en dehors du pseudo-interlude dubstep d’avant-conclusion) et pourrait bien se révéler être un titre à surveiller :

La prime de l’originalité n’ira pas cette année dans les mains de la Norvège qui, avec « Icebreaker » d’Agnete, s’inspire complètement de l’ « Euphoria » de Loreen… jusqu’au refrain, electro-dubstep chelou qui colle en réalité assez moyennement avec le couplet. Pas plus méritant qu’ « A Monster Like Me », bonne proposition d’Oslo de l’année dernière (qui aurait pu escompter mieux), mais le top 10 semble déjà atteignable – voire mieux.

La Slovénie s’est de son côté arrêtée sur ManuElla et le titre « Blue & Red », chanson sur laquelle la chanteuse se prend alternativement pour Taylor Swift et Carrie Underwood. Si les références semblent solides et la gamme bien générique comme il faut (sol majeur), on ressent toutefois un ennui assez complet devant cette prestation, qui devrait rester sur le carreau en demi-finale :

(Ljubljana aurait-elle eu plus de chances avec cette parodie chelou anti-Poutine ? Je vous laisse seuls juges de cette impossibilité scénaristique)

La Grande-Bretagne continue, année après année, à démontrer son euroscepticisme en présentant quasi continuellement des titres n’ayant aucune chance d’atteindre le top 10 : nouvelle illustration avec « You’re Not Alone » de Joe & Jake, sorte de mélange chelou entre Oasis et les Backstreet Boys, absolument sans intérêt et probablement sans chance d’intégrer ne serait-ce que le top 15 :

Israël, avec « Made of Stars » de Hovi Star, se tire une balle dans le pied avec un titre tout à fait inintéressant à des années-lumière de certaines propositions folkloriques des précédentes années. Et ce n’est pas la pseudo-accélération rock du troisième couplet qui va me donner envie de lui donner une meilleure probabilité d’entrer dans le top 15… s’il arrive en finale :

Même scepticisme devant la proposition de la Macédoine, alors même que Kaliopi rempile pour la troisième fois. « Dona » n’est pas seulement ridicule pour la qualité des montages vidéo de son clip (cf. le premier refrain), il l’est aussi pour son assemblage voix/musique pompier faisant penser aux rebuts de la discographie de Michèle Torr, qui pourrait me coller un procès pour cette comparaison légèrement infâmante :

La Pologne tente un truc quelque peu indéfinissable avec « Color of Your Life », titre de Michał Szpak. Après la cougar en fauteuil roulant de l’année dernière (qui n’est même pas parvenue en finale), voici le Jacques-Antoine Granjon local ressuscitant des boîtes à rythmes de 1996, entre Alliance Ethnik et les Backstreet Boys. Cagade en demi-finale ou bon top 15, ce sera un (presque) tout ou (surtout) rien pour Varsovie :

Si vous vous demandiez à quoi ressemble l’accent roumain, « Moment of Silence » d’Ovidiu Anton vous donnera des éléments de réponse. Ce n’est pas pour rien que la Roumanie est un pays francophone par excellence, doté d’un accent aussi pourri que le nôtre dès qu’il s’agit de griffer la langue de Shakespeare… Et musicalement ? C’est comme Angra, en cent fois moins violent, et ça ne devrait pas voir la finale :

Encore une digression sur le silence, cette fois-ci du côté de l’Australie. Mais parce que Canberra, au contraire de Bucarest, a bien l’intention d’essayer de gagner la compétition, la chanson ici mise en avant, « Sound of Silence » de Dami Im, a des chances de succès non nulles – même si, en guise de danseur, le pays aurait pu choper un mannequin Aussiebum :

La Lituanie, seul Etat balte à ne pas avoir remporté la timbale, présente Donny Montell et son titre « I’ve Been Waiting For This Night ». C’est objectivement mauvais, daté et passé de mode, que ce soit musicalement ou, surtout, vestimentairement :

L’Italie, cette année, semble avoir fait en sorte de ne pas se retrouver sur le podium comme l’année dernière avec « No Degree of Separation » de Francesca Michielin, jusqu’à présent montré en langue italienne et non anglaise. Ce n’est en soi pas mauvais, générique comme il faut, mais la place de cette ballade est plus dans une bande originale de film chewing-gum qu’à l’Eurovision :

La Serbie tente visiblement un truc avec ZAA Sanja Vučić qui, avec « Goodbye (Shelter) », opère un compromis improbable d’un point de vue esthétique, entre Nina Hagen et Nolwenn Leroy. Musicalement, sinon, c’est presque trop générique pour l’Eurovision, avec la montée d’un demi-ton pour le refrain final, les violons peu utiles et les chanteuses encore moins utiles en background. Ne verra pas la finale :

Reste, in fine, « If Love as A Crime » de la Bulgare Poli Genova, présentée en dernier. Pour son retour dans la compétition, la Bulgarie a voulu lier son concours Eurovision à la série télé locale la plus populaire (d’où le crossover du clip), pour un résultat… tellement banal qu’il ne devrait pas réussir à atteindre la finale :

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Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.