ALBUM. Eric Prydz – Opus

Premier album studio (non, vous ne rêvez pas) pour le producteur et DJ suédois Eric Prydz, connu en France pour un clip de fesses mais qui mérite définitivement bien mieux.

eric prydz opus gwendalperrin.net

Il est de ces artistes issus de la scène électronique des spécimens, terriblement nombreux et dominants, qui se servent allègrement d’un tube personnel souvent accidentel pour l’user jusqu’à la moëlle, la caricature et le déshonneur, aléatoire, en fonction du degré d’abrutissement du public premièrement visé.

Il en est d’autres, plus rares, qui dessinent des trajectoires long-termistes après un premier carton commercial sans même s’en rendre compte – c’est ici que nous classerons de manière évidente le Suédois Eric Prydz, d’abord et avant tout connu en France pour ce titre de 2004 :

Le nom d’Eric Prydz commençait, en réalité, déjà à circuler (avec « Slammin' ») – avec celui de son comparse d’alors Steve Angello (« Voices »), avant même que la Swedish House Mafia n’existe, avant même qu’Avicii et Alesso aient lancé leur carrière et dans une période où les meilleurs exportations électroniques scandinaves étaient définitivement placées sous le sceau de la trance (Airbase, Airforce et Samuelzone pour la Suède, Orkidea, Miika Kuisma et Super 8 & Tab pour la Finlande…).

« Call on Me », reprise du « Valerie » de Steve Winwood, n’a probablement pas eu besoin de ce fameux clip dans l’instant, le potentiel tubesque de cette ligne modern house étant toujours, douze années plus tard, assez imparable – mais la mémoire des esprits collectifs et réciproquement abrutis a préféré n’en retenir que le clip d’aérogym.

Eric Prydz, heureusement pour la scène progressive, a donc visé plus loin, que ce soit sous son nom propre (« Pjanoo »), celui de Pryda (« Allein ») ou celui de Cirez D (le récent « Voided » reste chaudement recommandé).

« Opus » constitue donc, chose à la fois étonnante au vu de la discographie du monsieur et peu surprenante au vu du caractère (malheureusement) éphémère de la « chanson électronique », le premier véritable album studio du Suédois. Nommé suite au tube épique du même nom sorti fin 2015, cet opus a au moins le mérite, sur la forme, de ne pas se cantonner à une simple succession de singles plus ou moins efficaces, problème récurrent touchant entre 98,5 et 184,3% des albums classés « électronique/EDM » dans les stores de magasins chelous qui vendent encore des CD en format physique.

Sur le fond, le constat semble plus mitigé : la cohérence stylistique entre les différentes pistes est évidente, mais les titres pourraient être joués dans un ordre aléatoire que le sens du monde n’en serait pas modifié – notera-t-on tout juste que l’introduction de « Liam » ressemble effectivement à une introduction (mais au même titre qu’un « Opus » ou qu’un « Tether » avec CHVRCHES), là où « Sunset at Café Mambo », sur le second CD, ralentit légèrement les BPM.

« Opus », à l’instar de « Pryda » sorti en 2012 (premier album éponyme du pseudonyme, et vice-versa), garde des allures ennuyeuses de simple compilation, mais peut également être interprété comme une potentielle anthologie à caractère historique de la progressive house, dénomination musicale plus souvent maltraitée que respectée jusqu’à présent mais qui, justement grâce à Mister Prydz (brrrrrr) et quelques héritiers comme le label ZeroThree ou Silk Music, retrouve depuis quelques mois une cohérence qui pourrait à terme virer les abrutis de bouseux EDM des piédestals immérités sur lesquels ils trônent depuis trop longtemps désormais. Et ce n’est pas la Swedish House Mafia, que Prydz a quitté quasiment à sa création, qui pourra prétendre le contraire.

« Opus » d’Eric Prydz est disponible sur Virgin Records depuis le 5 février : >ORDER LINK<. 14/20.

Tracklisting:

Disc 1:

  1. Liam
  2. Black Dyce
  3. Uber
  4. Som Sas
  5. Last Dragon
  6. Moody Mondays (with The Cut)
  7. Floj
  8. Trubble
  9. Klepht
  10. Sjunga

Disc 2:

  1. Sunset At Café Mambo
  2. Breathe (with Rob Swire)
  3. Generate
  4. Oddity
  5. Mija
  6. Every Day
  7. Liberate
  8. The Matrix
  9. Opus

Bonus : en playlist vidéo, en dehors des pistes précédemment exposées, mon top 10 perso de mes titres et remixes préférés d’Eric Prydz.

Tracklisting:

  1. Eric Prydz presents Cirez D – Teaser
  2. Eric Prydz & Steve Angello – Woz Not Woz
  3. Depeche Mode – Personal Jesus (Eric Prydz Remix)
  4. Eric Prydz presents Pryda – Shadows (Dart Rayne & Yura Moonlight Remix)
  5. Faithless – Not Going Home (Eric Prydz Remix)
  6. Eric Prydz vs. Empire of the Sun – We Are Mirage
  7. Eric Prydz presents Pryda – Muranyi
  8. Sven Väth – The Beauty & The Beast (Eric Prydz Remix)
  9. Steve Angello – Voices (Eric Prydz Remix)
  10. Eric Prydz – Liberate (Lane 8 Remix)

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.