TOP ALBUM 2015. Les meilleurs albums de l’année 2015 (5-1)

C’est l’heure du traditionnel raout de fin d’année et de l’habituelle rétrospective : quels albums auront marqué cette année 2015 ?

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Que retenir de cette année musicale 2015 ? Globalement plus riche que la précédente cuvée, elle s’est caractérisée par une foultitude d’albums ambient de qualité, d’indie rock à foison, de Mylène Farmer… mais, et c’est un reproche de plus en plus fréquent dans mes lignes, très peu d’albums d’exception manifeste.

Je m’étais jusqu’à présent cantonné à n’évoquer que les 20 meilleurs albums de l’année (j’en avais plastronné 25 voire 40 dans mes jeunes années) mais comme je suis un peu fou dans ma tête (et que j’ai eu un mal de chien, voire même de chaton, à effectuer une classification satisfaisante), ce sont pas moins de 50 albums qui seront évoqués.

(Et encore, j’en ai enlevé en dernière ligne droite).

Voici, pour terminer cette épopée, les albums classés de la 5e à la première place.

(Et tu peux aussi écouter ceux classés entre la 6e et la 10e placeentre la 11e et la 15e placeentre la 16e et la 20e placeentre la 21e et la 25e place, ceux entre la 26e et la 30e, ceux entre la 31e et la 40e et même ceux entre la 41e et la 50e.)

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5. Carlos Cipa – All Your Life You Walk (Denovali)

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Il me fallait donner tort au stupide adage « Jamais deux sans trois » et venger l’oubli, à quelques semaines près, du « Becalmed » de Sophie Hutchings (entre 2010 et 2011) et du « Gravity » de Ben Lukas Boysen (2013-2014) : « All Your Life You Walk », sorti sur Denovali fin 2014, a toutefois connu une re-publication en septembre dernier histoire de m’offrir un prétexte personnel pour évoquer ce terrifiant album du munichois Carlos Cipa.

S’il ne fallait justifier une aussi haute place pour un album mono-instrumental que par une unique pièce, « Needle in a Doll » constituerait une réponse adéquate, qui prend son temps pour convaincre son auditeur puisque, sans contestation admise, lui cloue le bec et se donne raison à soi-même :

Ce deuxième album de Carlos Cipa sur Denovali, après « The Monarch & The Viceroy » en 2012, constitue plus encore un successeur digne de ce nom au premier opus « mémorable » de son camarade Nils Frahm, j’ai nommé « The Bells ». Ces deux oeuvres ont en commun d’enchaîner les mélodies imparables tout en laissant respirer l’auditeur (les « Fragments »), séquences de notes souvent à la limite du miraculeux, raretés qu’un Einaudi ne semble par exemple plus trouver depuis une petite dizaine d’années.

Encore plus que sur son premier opus ou sur son EP « Relive », les notes d’ « All Your Life You Walk » ont ici toute leur place pour s’exprimer, à peine voilées de souffles électroniques jamais superflus, tout l’espace nécessaire pour illustrer un univers éthéré et violacé, rêve souvent empoisonné et perpétuellement vertigineux. L’album pourrait s’étaler à l’infini, telle une marche ininterrompue sauf par l’ombre de la mort, qu’aucune âme ne se plaindrait d’une telle contrainte.

Tracklisting:

  1. Fragment #1 1:18
  2. And Gently Drops The Rain 4:30
  3. Hang On To Your Lights 9:50
  4. Secret Longing 4:38
  5. Fragment #2 1:23
  6. For They Had Things To Say 4:35
  7. Needle In A Doll 6:01
  8. Fragment #3 1:21
  9. A Broken Light For Every Heart 6:24
  10. Fragment #4 1:30
  11. Step Out From Time 5:20
  12. Today And It’s Gone 4:31
  13. Fragment #5 0:58
  14. Nowhere To Be Found 6:03
  15. Fragment #6 1:30

Se procurer « All Your Life You Walk » de Carlos Cipa ? >>ICI<<, depuis le 16 septembre (reissue), sur Denovali.


4. Lubomyr Melnyk – Rivers & Streams (Erased Tapes)

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Il serait presque aisé, désormais, de considérer Lubomyr Melnyk comme un simple récidiviste perpétuel : après des décennies de relative indifférence, le revival contemporain entraîné par le label Erased Tapes et la sortie de « Corollaries » a laissé libre expression au compositeur pour proposer, toujours, la même recette, les mêmes torrents de notes, assoiffant les exigeances auditives les plus aguerries. Qu’il soit ici précisé d’emblée un fait évident : ce nouvel opus « Rivers & Streams », successeur presque direct de « Corollaries », a des allures de copie conforme.

Difficile pour autant, même une fois prévenu, même cinquante fois au besoin, de résister à la déferlante massive que constitue ce « Rivers & Streams », aux enchevêtrements mélodiques encore plus surnaturels que ceux – déjà passablement inhumains – de « Corollaries ». Le compositeur ukrainien a toujours la délicatesse mathématique de ne pas faire de sa technique un simple avatar démonstratif : elle est enveloppe, contenant et contenu, sujet à toutes les dérivations mentales.

Les éléments, au coeur de ce nouvel opus, sont ainsi autant de prétextes pour construire soi-même son voyage audiovisuel, ensoleillé à son commencement (« Parasol » / « The Pool of Memories » / « Sunshimmers »), plus tempétueux par la suite, presque new age sur la conclusion de son binôme amazonien. Le ciel dégagé qui aboutira de cette écoute solaire constituera, à lui seul, l’horizon de la prochaine composition de Lubomyr Melnyk.

Tracklisting:

  1. Parasol
  2. The Pool of Memories
  3. Sunshimmers
  4. Ripples in a Water Scene
  5. The Amazon: The Highlands
  6. The Amazon: The Lowlands

>> RETOUR SUR « PARASOL » EXTRAIT DE « RIVERS & STREAMS » DE LUBOMYR MELNYK <<

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3. Ben Lukas Boysen presents Hecq – Mare Nostrum (Hymen Records)

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Le contraste entre les albums de Carlos Cipa et Lubomyr Melnyk précédemment évoqués dans ces colonnes et celui-ci, machinal et minéral, de Hecq alias Ben Lukas Boysen, est probablement volontaire de ma part, bien que la certitude ne soit pas mon alliée naturelle. Ce « Mare Nostrum », tout droit issu des délires électroniques d’un super-calculateur espagnol et d’un super-compositeur allemand, a pourtant la vigoureuse allure d’un aigle cauchemardesque, embarquant l’auditeur non pas vers des cîmes enneigées mais dans des tunnels hostiles et illuminés.

C’est, au fond, une machine qui tente de communiquer, avec l’aide d’un bipède, avec le reste des humains : que cette machine soit électronique et gigantesque, comme pour ce « Mare Nostrum », ou qu’il soit mécanique et d’une taille plus limitée, comme peut l’être un simple piano, ne doit pas faire perdre de vue que tout son, plus encore que toute mélodie, est ici le fruit d’une réaction inexplicable, message insondable du non-vivant vers le vivant, résurrection temporaire et répétée de l’outil non plus considéré comme tel, mais comme un allié de délire.

« Mare Nostrum », pour autant, pourrait paraître inaccessible avec ses pièces d’une vingtaine de minutes chacune, ses déflagrations doucereuses et d’une violence infinie, sans interruption ni possibilité même d’interruption. Le voyage ici proposé est pourtant trop séduisant, parce qu’effrayant, pour laisser les âmes curieuses et sujettes aux divagations de science-fiction sans issue face à cette communication dangereuse, face à cette alchimie miraculeuse.

Tracklisting:

  1. I
  2. II
  3. III
  4. IV
  5. V + VI (Free Download, Bonus)

>> RETOUR SUR « MARE NOSTRUM » DE HECQ <<

Se procurer « Mare Nostrum » de Hecq ? >>ICI<<, depuis le 10 février, sur Hymen Records.


2. Bersarin Quartett – III (Denovali)

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« III » est une illusion, poussiéreuse de magenta et violente de beauté, arrachée au prix d’étouffements non pas dus à la fumée de son artwork, mais aux vertiges inévitablement entraînés par cette nouvelle création du (faux) quartette allemand Bersarin Quartett – alias Thomas Bücker. Bande-son impeccable au service d’une histoire maléfique laissée au soin de l’imagination de l’auditeur courageux, ce troisième opus atteint un niveau de complétude et de cohérence que les deux premiers albums du Bersarin, pourtant tout aussi superbes, n’ont clairement jamais atteint.

Cette prison sonore perdue en plein désert, où l’auditeur est volontairement maintenu dans un état de semi-démence, rappellera selon les sensibilités des travaux du Cinematic Orchestra ou de Tim Hecker : au sein de cet entourage inaliénable et intemporel, Bücker démontre ici la bouleversante pertinence du concept Bersarin, explosion d’émotions au ralenti et violence psychique. La folie vous guettera à chaque micro-silence de cet ensemble mais, en y réfléchissant à deux fois, elle finira par vous ravir.

Tracklisting:

  1. Verflossen Ist Das Gold Der Tage
  2. Staub Und Sterne
  3. Hinter Uns Die Wirklichkeit
  4. Bedingungslos
  5. Die Nächte Sind Erfüllt Von Maskenfesten
  6. Umschlungen Von Milliarden
  7. Sanft Verblassen Die Geschichten
  8. Es Ist Alles Schon Gesagt
  9. Schwarzer Regen Fällt
  10. Jeder Gedanke Umsonst Gedacht
  11. Welche Welt
  12. Ist Es Das, Was Du Willst

>> RETOUR SUR « III » DU BERSARIN QUARTETT <<

Se procurer « III » du Bersarin Quartett ? >>ICI<<, depuis le 6 novembre, sur Denovali.


1. Rachel Grimes – The Clearing (Temporary Residence)

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Il s’agit, là aussi, d’un « faux » troisième album solo : là où Thomas Bücker, derrière le Bersarin Quartett, a parsemé sa carrière de nombreux pseudonymes, Rachel Grimes a derrière elle une discographie remarquable et remarquée avec le défunt groupe post-rock Rachel’s – son prénom et le nom de sa formation n’ayant en réalité aucun lien. Force est pourtant de constater à l’aube de ce seuil une maturité nouvelle, presque une maturation, tel un ratafia estampillé trois ans d’âge, comme s’il fallait de premières tentatives de création pour parvenir à un ersatz de la perfection escomptée. Grand bien nous fasse, Rachel Grimes ne veut que créer de beaux univers, mélodiques et mélancoliques : « The Clearing », par conséquent, se mue en promesse enfin tenue, tsunami émotionnel et conceptuel inégalé, suffisamment sublime pour mériter à juste titre cette honorifique mention d’album de l’année 2015.

Plus cosmopolite dans la forme et le fond que les « III » et autres « Mare Nostrum » précédemment évoqués (ce qui, après plusieurs atermoiements personnels, m’a finalement conduit à cette hiérarchie), « The Clearing » ne se contente pas d’être bouleversant. Les pistes cinématiques, imparables et violonneuses (« Further Foundation » est l’un des titres de la décennie en train de difficilement s’écouler à même de vous plonger dans un état d’apoplexie heureuse), sont accompagnées de séquences joliment douteuses et doucereuses, entre ambient délicate et respirable (« The Air In Time »), jazz orchestral (« Transverse Plane Vertical ») et salutations Satiennes (« And Today Was Her Birthday »).

Vous songerez à la fin de ces lignes et de ces colonnes, à la fin de cette écoute que devrait subventionner l’Education nationale et rembourser la Sécurité sociale, qu’il sera grand temps, avant qu’il ne soit trop tard, d’enfoncer les portes à coups de pied et les casse-pieds à coups de genou, la seule route valant le coup d’être empruntée étant celle devant soi, même si celle-ci se révèle infinie, devant et au-dessus de vous. “Soyez assis avec toute la majesté inaltérable et inébranlable de la montagne. Laissez votre esprit s’élever, prendre son essor et planer dans le ciel.” (Sogyal Rinpoché)

Tracklisting:

  1. The Air
  2. The Clearing
  3. The Air Of Place
  4. The Herald
  5. The Air In Time
  6. In The Vapor With The Air Underneath
  7. Transverse Plane Vertical
  8. Transverse Plane Horizontal
  9. The Air, Her Heart
  10. Further Foundation
  11. The Air At Night
  12. And Today Was Her Birthday (Bonus Track)

>> RETOUR SUR « THE CLEARING » DE RACHEL GRIMES <<

Se procurer « The Clearing » de Rachel Grimes ? >>ICI<<, depuis le 25 mai, sur Temporary Residence.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.