TOP ALBUM 2015. Les meilleurs albums de l’année (10-6)

C’est l’heure du traditionnel raout de fin d’année et de l’habituelle rétrospective : quels albums auront marqué cette année 2015 ?

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Que retenir de cette année musicale 2015 ? Globalement plus riche que la précédente cuvée, elle s’est caractérisée par une foultitude d’albums ambient de qualité, d’indie rock à foison, de Mylène Farmer… mais, et c’est un reproche de plus en plus fréquent dans mes lignes, très peu d’albums d’exception manifeste.

Je m’étais jusqu’à présent cantonné à n’évoquer que les 20 meilleurs albums de l’année (j’en avais plastronné 25 voire 40 dans mes jeunes années) mais comme je suis un peu fou dans ma tête (et que j’ai eu un mal de chien, voire même de chaton, à effectuer une classification satisfaisante), ce sont pas moins de 50 albums qui seront évoqués.

(Et encore, j’en ai enlevé en dernière ligne droite).

Voici, pour poursuivre sur notre lancée, les albums classés de la 10e à la 6e place.

(Et tu peux aussi écouter ceux classés entre la 11e et la 15e placeentre la 16e et la 20e placeentre la 21e et la 25e place, ceux entre la 26e et la 30e, ceux entre la 31e et la 40e et, même, ceux entre la 41e et la 50e.)

(Et, seulement après, tu écouteras les cinq meilleurs)


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10. Helios – Yume (Unseen)

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Side project de Keith Kenniff déjà présent au 21e rang de cette liste finale de 2015 (sans oublier son avatar Mint Julep avec sa femme Hollie), Helios est à l’extraspection ce qu’est Goldmund à l’introspection : à l’élégance classiciste du second nommé, se libère avec le premier une ambient folk pioulardienne, pêcheresse et estivale.

Une dénomination aux allures de programme : « Yume », mot japonais pour désigner le rêve, a la chaleur des évocations heureuses sans s’encombrer de niaiserie, la douceur de sentiments apaisés sans en conserver le côté chewing-gum. Il recèle de purs moments de beauté, simple et unique à la fois, à la limite de la lamentation sans sombrer dans le pathos. Plus lumineux et cinématique que jamais dans sa discographie (débutée en 2002), « Yume » de Helios se réécoutera avec soulagement lorsque les jours se rallongeront et où la nature, de nouveau, redonnera sens à la paresse lascive et émerveillée.

Tracklisting:

  1. Every Passing Hour 4:48
  2. It Was Warmer Then 5:18
  3. Sonora Lac 5:13
  4. Pearls 4:46
  5. Yume 5:54
  6. Skies Minus 4:56
  7. The Root 5:23
  8. Again 2:22
  9. Sing The Same Song Twice 4:55
  10. Embrace 3:38

Se procurer « Yume » de Helios ? >>ICI<<, depuis le 11 septembre, sur Unseen Records.


9. Frédéric D. Oberland – Peregrinus Ubique (VoxxoV Records)

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Etrange et terriblement prenante ode à l’exil perpétuel que ce « Peregrinus Ubique », album musical et photographique à la fois, signé du guitariste d’Oiseaux-Tempête Frédéric D. Oberland. Conçu, développé et imaginé autour d’une seule note, un do dièse mineur et oriental, cette invitation à l’ailleurs se retrouve, contexte oblige, doté d’une saveur toute contemporaine.

Passerelle infinie et répétée avec malice entre musique cinématographique, ambient et post-rock, « Peregrinus Ubique » est – sans ce que cela ne soit paradoxal – heureusement sombre, océan de contrastes mémoriels et temporels, au service d’une esthétique sonore et visuelle sans compromission. Face à la médiocratie perpétuelle et grandissante, cette louable ambition a des allures de repaire.

Tracklisting:

  1. Scène I
  2. Scène II
  3. Scène III
  4. Scène IV
  5. Scène V
  6. Scène VI

>> RETOUR SUR « PEREGRINUS UBIQUE » DE FREDERIC D. OBERLAND <<

Se procurer « Peregrinus Ubique » de Frédéric D. Oberland ? >>ICI<<, depuis le 16 novembre, chez VoxxoV Records.


8. Christina Vantzou – N°3 (Kranky)

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Passablement plus drone que ses deux prédécesseurs, le troisième album de la compositrice belgo-américaine Christina Vantzou, étonnamment nommé « N°3 », a des allures de bande originale pour accompagner un voyage en avion bi-moteur vers les Svalbard ou la Nouvelle Zemble.

La où « N°1 » et surtout « N°2 » s’agrémentaient de phases mélodiques violonneuses issues de cauchemars magnifiés, « N°3 » semble se concentrer sur la notion de rêve, plus minimaliste dans l’instrumentation et lorgnant plus ouvertement du côté d’un style drone glacé sans être glacial. Il subsiste de cette pièce d’orfèvrerie sonore une ambivalence entre la fragilité d’un ensemble tenant sur un nombre réduit de lignes mélodiques (un effet, un vibraphone lointain, une voix d’invitation) et la richesse d’un ouvrage structurellement complexe, poussant à la réécoute et à l’oubli de l’instant – une rareté, dans nos univers contemporains.

Tracklisting:

  1. Valley Drone 5:30
  2. Laurie Spiegel 5:19
  3. Pillar 3 7:48
  4. Robert Earl 5:27
  5. The Library 2:07
  6. Entanglement 5:24
  7. CV 6:06
  8. Cynthia 6:10
  9. Stereoscope 6:53
  10. Pillar 5 3:17
  11. Moon Drone 5:04
  12. Shadow Sun 5:21
  13. Pillar 1 2:46
  14. The Future 3:32

>> RETOUR SUR « SHADOW SUN », EXTRAIT DE « N°3 » DE CHRISTINA VANTZOU <<

Se procurer « N°3 » de Christina Vantzou ? >>ICI<<, depuis le 16 octobre, sur Kranky.


7. Kapsa Reininger Fleau – La Ligne de Karman (Mélisse)

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A l’origine, un titre, une vidéo, un vertige. « L’Alliance », introduction du nouvel album du trio parisien Kapsa Reininger Fleau (anciennement Sphere), a le goût et les atours de la piste imparable : le piano impeccable de Kapsa, déjà aperçu en session pépouse avec Nils Frahm, habitué de ces modestes colonnes fort audacieuses au demeurant, rend service à une mélodie loin de se cantonner au jazz de papa ou de grand-papa.

Tel est le fort agréable (et régénérant !) sentiment qui ressort de « La Ligne de Karman », nommée ainsi en l’honneur du physicien américain d’origine hongroise Theodore Karman. Album bien plus post-style que le précédent « Parhélie », trans-frontalier entre jazz, modern classical et fusion, il constitue l’une des plus brillantes confirmations contemporaines du renouveau du jazz français, celui qui se fiche des préconfigurations passéistes, celui qui accorde à la progression mélodique la place qui lui est normalement due, effaçant les préconçus et assainissant les âmes. La partie n’était pourtant pas gagnée d’avance.

Tracklisting:

  1. L’Alliance 04:26
  2. Clouded Mind 02:41
  3. Fango 06:04
  4. La Séparation 02:09
  5. Don’t Speak Too Soon 05:39
  6. Gamma 07:14
  7. It Must Be Spring In New Zealand 05:48
  8. Le Bois de Retz 04:04
  9. Mimesis 02:07
  10. Haramont 04:31
  11. Le Taxidermiste 02:36
  12. Le Typographe 03:20

Se procurer « La Ligne de Karman » de Kapsa Reininger Fleau ? >>ICI<<, depuis le 21 avril, sur Mélisse.


6. Floating Points – Elaenia (Pluto)

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« Elaenia » a l’allure de l’album qui sait se faire désirer et, corollaire, promet d’être détesté : la vexation est par conséquent ultime lorsque, finalement, l’écoute du premier LP de Sam Shepherd se révèle dans sa globalité encore plus brillante que sa précédente litanie d’EP. Loin de se cantonner au désormais presque habituel triptyque électro/house/chillout, Floating Points aborde et inonde ici un univers qui touche également au free jazz, au cinematic classical voire à n’importe quelle audacieuse combinaison de deux mots anglais sans lien préalable il y a de cela seulement un siècle mais qui, aujourd’hui, sont à même de rassurer n’importe quel bipède douteux devant le perpétuel et l’évident.

Il y en a des albums, dans ce top 50, qui déconstruisent la notion de rêve – ne serait-ce que le « Yume » de Helios précédemment évoqué. Cet « Elaenia », oiseau imaginaire issue de l’imagination florissante de Shepherd, est un guide vers des horizons insoupçonnés, tout en subtilité et en radicalité maline (la trilogie « Silhouettes »), là où un autre album auquel cet « Elaenia » est souvent comparé – le Oneohtrix Point Never – a des allures d’interminable branlette conceptuelle sans queue ni tête ni, et là bien le pire, intention. Car comme le rappelait Nietzsche : « Un concept est une invention à laquelle rien ne correspond exactement, mais à laquelle nombre de choses ressemblent ».

Tracklisting:

  1. Nespole
  2. Silhouettes (I, II, II)
  3. Elaenia
  4. Argenté
  5. Thin Air
  6. For Marmish
  7. Peroration Six

Se procurer « Elaenia » de Floating Points ? >>ICI<<, depuis le 6 novembre, chez Rough Trade.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.