ALBUM. Christian Scott – Stretch Music

Cinquième album pour Christian Scott (aTunde Adjuah) qui, avec sa « Stretch Music », entend poursuivre son éclatement progressif des frontières du jazz quitte à en faire, d’où le titre de l’album, une musique élastique.

christian Scott stretch music gwendalperrin.net

On le savait déjà amateur d’expérimentations, de tentatives modernistes dans une sphère jazz par moments conservatrice. Christian Scott n’a, à vrai dure, jamais vraiment eu cure de ces limitations intrinsèques, en témoigne sa discographie déjà plutôt conséquente : il ne lui aura pas fallu attendre son cinquième album que voici, « Stretch Music », pour le voir emprunter les trois voies de l’autoroute en même temps au sein de son unique habitacle.

C’est surtout lors de son troisième effort sorti en 2010, « Yesterday You Said Tomorrow », que cette velléité (qui se mue souvent, avec Scott, en une certaine mégalomanie pourtant facilement pardonnable) s’est au mieux manifestée, de manière en tout cas plus convaincante que sur son successeur « Christian aTunde Adjuah » (2012). Le free jazz de Scott ne se lasse pas d’explorer les territoires frontaliers, qu’ils se nomment hip-hop (combo La Nouvelle Orléans / Harlem), ambient, fusion ou techno, faisant des (rares) successions de percussions des incitations à la transe.

« Stretch Music » n’est pas le nom complet de ce cinquième opus. « Introducing Elena Pinderhughes » est la suite de cette dénomination, à la fois logique et absurde : le son de la flûtiste transperce les tympans lors de l’introductif « Sunrise in Beijing », transporte nos marteaux internes dans d’étranges contrées sonores, impression confirmée par le flamboyant « Liberation over Gargarism ». Paradoxe d’apparence, pourtant, d’accorder un tel hommage à Miss Pinderhughes, 20 ans (seulement…) au compteur, alors qu’elle n’apparaît que sur les deux titres précédemment nommés.

Il pourrait être répliqué que, justement, ces deux titres symbolisent au mieux cette élasticité des fondamentaux musicaux de ce nouvel opus de Christian Scott, assertion pourtant insuffisante. Le simple interlude « The Corner » reste lui aussi bien ancré en tête, tandis que le vertigineux « West of the West » prend des allures de leçon d’histoire désabusée de l’ouest américain.

L’ensemble est en réalité plutôt concluant, même si les fulgurances de Christian Scott paraissent ici inférieures à celle de « Yesterday You Said Tomorrow », pour l’heure restant comme le sommet de sa discographie. Le sens de l’expérimentation de Scott est ici poussé jusqu’à l’invention de nouveaux instruments pour transgresser davantage les limitations stylistiques (en l’occurrence, trois cors spécialement [re]conçus), jusqu’à, même, mettre au point une application (iTunes only) pour modifier à sa guise l’orchestration de ce « Stretch Music » et en magnifier l’élasticité, voire la virtuosité, en accentuant telle ou telle sonorité.

Tracklisting:

  1. Sunrise in Beijing (with Elena Pinderhughes) (5:04)
  2. TWIN (4:15)
  3. Perspectives (4:22)
  4. West of the West (8:08)
  5. Liberation Over Gangsterism (with Elena Pinderhughes) (4:10)
  6. The Corner (with Braxton Cook) (1:34)
  7. Of a New Cool (7:34)
  8. Runnin in 7’s (For Big Chief Donald Harrison Sr) (2:07)
  9. Tantric (4:24)
  10. The Last Chieftain (with Matthew Stevens) (7:12)
  11. The Horizon (2:10)

A noter, pour les amateurs, un nouveau passage de Christian Scott ce 3 novembre au New Morning, où il s’était déjà présenté l’année dernière (pour les billets, c’est >ICI< que ça se passe).

« Stretch Music » de Christian Scott est disponible depuis le 18 septembre chez Ropeadope. >ORDER LINK (Bandcamp)< 14/20.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.