ALBUM. Mauro Picotto – From Heart to Techno

Le vétéran italien de la techno-trance Mauro Picotto a beau s’être assagi depuis de nombreuses années, il est encore capable de fulgurances : illustration avec « From Heart to Techno ».

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Il paraît lointain, le temps des « Proximus », « Lizard » et autres « Komodo », temps préhistorique où loin des inécoutables autoroutes électroniques de l’EDM d’aujourd’hui, l’un des rois de la musique club/électronique (même en France, ce pays d’attardés de la techno !) avait pour nom Mauro Picotto.

Classé un certain temps dans le top 20 du classement DJ Mag, au temps où ce classement avait un sens et ne s’amusait pas à couronner des bolosses aux allures de putes low-cost floridiennes comme Dimitri Vegas & Like Mike, Mauro Picotto aura profité du début du troisième millénaire pour se construire une discographie honorable (et des tubes imparables) alors que la trance dominait encore la scène EDM, au temps où cet acronyme ne représentait pas encore une insulte automatique à nos oreilles endolories, et je vais finir cette phrase après deux relances en « au temps où (+ amusement nostalgique) ».

Mauro Picotto a su, avec le temps, conserver une certaine efficacité (inférieure, certes, mais conservée) dans ses compositions, désormais plus proches de la techno que de la trance d’antan voire de l’euro-dance. Ejecté depuis belle lurette du DJ Mag, enfermé dans une malveillante sécurité de l’emploi à ampleur quasiment nationale (et non plus internationale), il aurait probablement pu prétendre à une meilleure place dans le panthéon en construction de la musique électronique si, et seulement si, des traîtres à l’intelligence auditive bien français comme David Guetta n’avaient pas vendu corps et âme la musique rythmique aux majors et aux sous-styles de désintérêt musical qui ont, désormais, pris le pouvoir.

« From Heart to Techno », en cela, constitue un déplorable résumé de la décennie écoulée, aussi déplorable (dans un registre différent) qu’un album d’Armin van Buuren ou un EP de John Digweed : on sent de nombreuses qualités rythmiques, donc, mélodiques, aussi, mais qui, aux oreilles des vieillards à l’instar de votre secrétaire, n’ont de couleur et de sensation qu’un fade beige, entre-deux-époques déprimant et pourtant rassurant (l’étrangement hypnotique « The Whistle »), égaré au milieu d’une époque hostile.

Tracklisting:

  1. Proximus (Adiemus 2015 Mix)
  2. Space (with Riccardo Ferri)
  3. Time To Wake Up (with Riccardo Ferri)
  4. Atomic (with Riccardo Ferri)
  5. Lifeblood (Official Mix)
  6. Eterea
  7. The Whistle
  8. My Friend Tesla – Album Edit (with Frankyeffe & Riccardo Ferri)
  9. Born (with Devid)
  10. Morning Time (with Devid)
  11. Flashback
  12. Left In My Bag
  13. Night Crawling
  14. Komonster (Save A Soul Mix)
  15. Marker (with Riccardo Ferri)

« From Heart to Techno » de Mauro Picotto est disponible du côté d’Alchemy Records depuis le 24 septembre. >ORDER LINK< (à noter que la version Beatport ici linkée inclut quelques bonus, dont « Eterea » revisité par Mark Sherry). 13/20.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.