ALBUM. Masayoshi Fujita – Apologues

Le vibraphoniste japonais Masayoshi Fujita fait son entrée dans la famille Erased Tapes avec un nouvel album inspirant et gracile.

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Au début, au tout début, il y a eu Nils et Olafur. Les deux phares incandescents d’un microscopique empire en construction, celui du label Erased Tapes : sorti d’à peu près nulle part il y a seulement cinq ans, il peut désormais s’énorgueillir d’avoir révélé deux talents bruts et (presque) sans compromissions face à la force de l’esthétique, brutale et souvent désemparée, pourtant par moments attirée par des phares commerciaux.

Les choix de l’équipe de Robert Raths sont souvent radicaux, plus encore qu’inégaux. Au-delà des deux têtes de pont précédemmment nommées, au-delà même d’un garçon comme Peter Broderick ou de side projects (souvent) géniaux comme Kiasmos ou A Winged Victory For The Sullen, Erased Tapes permet en effet désormais de mettre un coup de projecteur assez immédiat sur des musiciens d’horizons ambivalents dont la notoriété n’était jusque là qu’aux confins du confidentiel.

Plus encore qu’un Rival Consoles ou qu’un Douglas Dare, jeunots à l’horizon musical instable mais avec une (bonne) direction définie, presque plus qu’un vétéran trop souvent resté dans la méconnaissance comme Lubomyr Melnyk, le label anglo-berlinois a trouvé une perle rare en la personne d’un vibraphoniste japonais, excusez l’introduction quelque peu directe voire indélicate, en l’occurrence Masayoshi Fujita.

Ce Japonais avait, jusqu’à présent, sorti un premier effort individuel chez flau (« Stories »), ainsi que des travaux communs publiés chez Home Normal et Faitiche. Le voici désormais au sein de l’ancien QG caché sous les catacombes, devenu étendard, qu’est Erased Tapes avec « Apologues », résumé assez adéquat de ses premières expériences stylistiques au sein d’un environnement nouveau.

Jusque là plutôt anglé du côté du jazz, voire de la chillout la plus niaise, son instrument de prédilection est ici poussé en guise d’instrument central, fondamental, d’un ensemble d’instruments apparemment plus nobles. Le vibraphone reste en effet un outil méconnu, distant, avec une histoire récente et mondiale : pour la faire courte, le vibraphone est une inspiration du début du 20e siècle (d’origine autrichienne !), basée sur l’impact du marimba (d’origine mexicaine !), ici exploité à l’autre bout du monde (d’origine japonaise !).

Démocratisé par Pierre Boulez mais surtout par Steve Reich (le « Music for 18 Musicians » aura eu un impact important sur la démocratisation de cet instrument), le vibraphone a rapidement outrepassé ces considérations mondialisatrices voire nombrilistes, pour proposer un horizon musical nouveau, loin de la pure musique méditative, originellement ancré vers le jazz (Lionel Hampton étant considéré comme étant le premier maître du genre).

Fujita conserve un fondamental ambient dans « Apologues », d’apparence éloigné des envolées d’Hampton, mais en réalité finalement accroché à une triple histoire entre musique traditionnelle régionale (pourrait-on comparer le vibraphone à un shamisen prolongé ? Un koto amplifié ?), jazz moderne et classique novateur.

« Apologues » est simplement beau, sans chercher à assouvir une complexité rassurante pour certains (catégorie dans laquelle je m’inclus, sans fierté, mais par nécessité), d’une force directe du droit, du gauche, novatrice et dépaysante, qu’on pourrait considérer lassante à force mais qu’y n’en reste pas moins d’une puissance mémorable.

C’est à ce moment que toi, lecteur, tu arrêtes de tergiverser et >>TU CLIQUES LA<< pour te procurer cet ensemble de haute qualité.

Tracklisting:

  1. Tears of Unicorn
  2. Moonlight
  3. Swallow Flies High In The May Sky
  4. Beautiful Shimmer
  5. Flag
  6. Knight And Spirit Of Lake
  7. Puppet’s Strange Dream Circus Band
  8. Requiem

« Apologues » de Masayoshi Fujita est disponible chez Erased Tapes Records depuis le 11 septembre. >ORDER LINK< 15/20.

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Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.