ALBUM. Armin Van Buuren – Embrace

Après « 76 », « Shivers », « Imagine », « Mirage » et « Intense », voici donc « Embrace », le nouvel album du (quasi) dernier résistant de la trance commerciale, le Néerlandais Armin Van Buuren. Il y a de quoi être inquiet.

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Nous avons toutes et tous des passions coupables et inexplicables, dont nous partons à l’origine dès que ces dernières se retrouvent violemment opposées à nos visages. Musicalement parlant, puisque je ne vais pas ici vous conter mes pérégrinations existentielles, mon approche de la musique électronique a été quelque peu honteuse, pour ne pas simplement dire… louche.

Après plusieurs années de musique plus classique romantique tu ne peux point (sauf à te retaper l’intégralité de Mendelssohn 57 fois de suite), je me suis retrouvé nez à nez avec, d’un côté, « The First Rebirth » de Jones & Stephenson, de l’autre des vieilleries de Karlheinz Stockhausen dénichées en fouinant par hasard sur les radios. Et, d’un troisième côté nettement moins fréquentable (et parce que je devais bien écouter les radios françaises un instant ou un autre), je me suis même retrouvé plongé dans l’euro-dance la plus pouet-pouet du moment (nous sommes à la fin des années 90, je vous laisse composer votre propre playlist si cela vous chante), sans pour autant le regretter aujourd’hui.

(Ou presque pas.)

La trance, elle, est donc venue par les classiques. La techno du milieu des années 90, belgo-allemande en majorité, s’est petit à petit fusionnée avec cette euro-dance inavouable pour, assez logiquement, me faire pencher du côté trance de la force, entre deux écoutes de Chopin et Sigur Ros. Nous sommes, donc, au début des années 2000, analysant les séquences de Judge Jules et s’amusant avec un vieux simulateur de Roland TR-808.

Armin Van Buuren était déjà là, pas encore superstar, dans l’ombre néerlandaise d’un Tiësto légèrement plus précoce que lui (plus vieux, également) et surtout d’un Paul Van Dyk qui avait fait ses preuves quelques années plus tôt. Cet oligopole de la trance, qui aura rapidement éjecté des classements des « meilleurs » DJs des loustics comme Carl Cox, Sasha, John Digweed et Paul Oakenfold, durera une dizaine d’années, dans une certaine harmonie concurrentielle.

Nous sommes maintenant au début des années 2010. Tiësto, considérant être trop vieux pour ce genre de conneries, se lance dans l’electro-house la plus crade (et, quoiqu’il en dise, il se place tout simplement dans les ridicules sillons de David Guetta), laissant des millions de fans quelque peu désorientés. Paul Van Dyk, de son côté, est celui des trois qui n’a pas su développer sa propre « marque » de producteur, jusqu’à ce que Vandit se fasse racheter par Armada (co-créé par Armin van Buuren donc) et être à deux doigts de tomber dans l’oubli. Armin van Buuren, résultat des courses, s’est retrouvé peu ou prou seul en lice, monopolisant la parole trance via sa holding Armada et sa pléiade de labels plus ou moins recommandables.

Alors, forcément, quand on tombe là-dessus…

Puis là-dessus…

Et je ne parle pas encore de ça…

On comprend qu’une époque de la musique électronique est définitivement révolue.

La trance, moribonde, balayée par David Guetta puis Hardwell au sommet des classements de popularité des DJs, la trance qui n’aura jamais pris en France, même la plus commerciale (citons les rares exceptions que sont « Loneliness » de Tomcraft et les accointances euro-dance du remix de « Listen to your Heart » de DHT & Edmee), n’a définitivement plus rien à voir avec celle de « The First Rebirth », de « The Age of Love » ou, pour remonter moins loin, de « 76 », le premier album d’Armin Van Buuren, comprenant même alors une collaboration avec le belge Airwave.

Armin Van Buuren, et dans une moindre mesure Paul Van Dyk et Above & Beyond, illustre la défaite d’une esthétique exigeante, d’une musicalité qui parvenait à concilier rythmique et mélodique, face à un public pas encore (trop) pollué. On ne crachera jamais assez sur le visage de David Guetta lorsque, dans une superbe « inspiration », il se dit qu’il serait cool de collaborer avec des stars du rap/RnB – l’EDM dans sa forme la plus crade était alors née.

« Embrace », au vu des premiers extraits, devrait attester cette défaite pour de bon – même si, redevenue underground, la trance reste maintenue par des loustics aussi divers qu’Aly & Fila, Airwave, John ’00’ Fleming, Christopher Lawrence, Talla 2XLC ou encore Will Atkinson, tous, paradoxalement, toujours soutenus voire produits par van Buuren sur ses sous-labels les moins populaires.

Le tracklisting, comprenant une intégralité de nouveaux collaborateurs (dont Cosmic Gate qui, clairement, pondaient eux aussi de bien meilleures productions il y a dix ans), se veut innovant et prometteur de nouveaux horizons musicaux : les deux premiers extraits que furent « Another You » et « Off The Hook » ont surtout permis à van Buuren d’assumer son abandon de la trance. Ou presque : comme pour « Mirage » et « Intense », deux albums particulièrement moyens, les « titres-albums » se révèlent souvent de qualité supérieure. « Embrace » est ainsi bercé par les mélopées du trompettiste néerlandais Eric Vloeimans :

Et pour le reste, pour tout le reste, vous pourrez me traiter de vieux con. Pour une fois, contrairement aux reflets de mon miroir, cela me rassurera.

(Et pour tout tout le reste, sachez que je suis également nostalgique de la techno de bourrin du début des années 2000, Filterheadz, Mauro Picotto ou encore Chris Liebing y étant alors particulièrement doués, que mes envies progressive, house, nu disco, synthpop et breakbeat me sont venues bien plus tard, que l’indus/EDM m’a toujours fait bailler (à quelques exceptions près, aussi diverses et incohérentes que Ben Lukas Boysen aka Hecq, Front 242 et Voice Industrie) et que, surtout, je n’ai jamais aimé Antoine Clamaran.)

Tracklisting:

  1. Embrace (with Eric Vloeimans)
  2. Another You (feat. Mr. Probz)
  3. Strong Ones (feat. Cimo Fränkel)
  4. Make It Right (feat. Angel Taylor)
  5. Face of Summer (feat. Sarah Decourcy)
  6. Heading Up High (feat. Kensington)
  7. Gotta Be Love (feat. Lyrica Anderson)
  8. Hands to Heaven (feat. Rock Mafia)
  9. Caught in the Slipstream (feat. BullySongs)
  10. Embargo (with Cosmic Gate)
  11. Freefall (feat. BullySongs)
  12. Indestructible (feat. DBX)
  13. Old Skool
  14. Off The Hook (with Hardwell)
  15. Looking For Your Name (feat. Gavin DeGraw)

« Embrace » d’Armin Van Buuren sort le 29 octobre prochain du côté d’Armada. >PREORDER LINK<

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Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.