ALBUMS. Les 20 meilleurs albums de 2015 (pour l’instant)

Faisons un point intermédiaire sur les meilleurs albums sortis cette année afin de ne pas désespérer de cette planète (et le chat en photo est uniquement là pour rapporter du clic et de la mignoncité).

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Curieuse année musicale 2015. Visiblement mieux partie que ses précédentes camarades (les tops de mi-année 2014 et même 2013 sont toujours là pour te rappeler de belles vieilleries), elle s’agrémente de très nombreux bons albums… mais de peu de très bons albums.

Les rares dépressifs ayant suivi mes tribulations depuis le début de l’année sur ce site fort audacieux au demeurant (et si vous n’êtes pas particulièrement déprimé, vous êtes sans doute tombés ici en raison de votre alcoolisme voire de votre suspecte félinophilie) ont constaté deux albums se distinguant de la masse (et j’hésite toujours sur l’ordre entre ces deux-là). Ensuite, le flou général, l’écrémage qui ne se fera qu’au fil du temps, le temps, justement, de se remettre des séances de bronzage intensives que je vais m’infliger une fois ce top publié.

Que l’on soit par conséquent bien d’accord : la hiérarchie ici exprimée est, bien plus que les années précédentes, particulièrement instable. Le choix exprimé est le mien, dont je fais ce que je veux et dont tu te fous probablement (et tu es pourtant perdu à lire cette parenthèse mais, promis, ce n’est pas du gâchis) et qui, clairement, aura probablement une toute autre gueule dans six mois. Ou presque. Let’s go.

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20. Saycet – Mirage

Le troisième album de Pierre Lefeuvre se sera quelque peu fait désirer mais, ceci étant, récompense convenablement la patience nécessaire. Moins surprenant que ses deux prédécesseurs « One Day At Home » et « Through The Window », il n’en reste pas moins le plus complet, ne serait-ce que par l’excellent calcul des grands écarts stylistiques dont cet ensemble bigarré raffole : entre post-rock, modern classical, ambient et minimal, le « Mirage » a un faux air d’oasis, nullement réconfortant, perdu au fond d’un boulevard sombre et paumé, d’une élégance pourtant rassérénante.

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur cette rare parcelle de « made in France » dans ces colonnes internationalistes au possible

19. Bruno Bavota – Mediterraneo

Prolongement naturel de son précédent « Secret of the Sea », Bavota précise avec « Mediterraneo » où il veut en venir avec ses odes océaniques : le Napolitain convainc sans trop de difficulté avec un néo-classique romantique, presque trop, analytique, un peu plus, statique, moins que jamais. Par moments trop uniforme, « Mediterraneo » conviendra très bien aux scènes petitement accompagnées devant un superbe paysage ensoleillé, à la main un verre de rosé, la promesse d’une surprise en aparté.

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur cette preuve d’une possible corrélation entre bonne musique et bonne nourriture

18. Orkidea – Harmonia

Persistons et signons (au nom des 10 doigts du secrétaire de ce site) : Tapio Hakanen alias Orkidea n’a pas la reconnaissance musicale qu’il mérite. Entrepreneuriale, il l’a déjà : l’inventeur des sonneries Nokia est désormais « Head of Sound » chez Microsoft. Musicale, son impressionnante (et exigeante) discographie devrait parler plus fortement pour lui : jamais du mauvais côté de la musique électronique, toujours de celui la trance de qualité, il prouve avec « Harmonia » qu’il est l’un des rares DJ « EDM » d’envergure mondiale à savoir pondre des albums signifiants et qualitatifs.

17. Bruno Sanfilippo – Inside Life

Il fera exploser les serveurs de Discogs à lui tout seul, maintenant que la tête pensante de Tangerine Dream Oscar Froese s’en est allée. En dehors de la boutade, le compositeur argentin Bruno Sanfilippo poursuit sa délicate oeuvre avec une régularité métronomique qui force le respect et ce, sans rogner sur la qualité : ses pérégrinations entre modern classical et ambient restent toujours intéressantes et particulièrement sur « Inside Life », trônant sans difficulté dans les highlights de sa pléthorique discographie.

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur cette énième constat identique sur un talent toujours pas suffisamment reconnu

16. Oiseaux-Tempête – Ütopiya?

Pas simple de définir précisément le style développé sur « Ütopiya? » : entre post-rock délicat, punk électronique et jazz déprimé, l’album mélange, fusionne, déchire les étiquettes et défonce les conventions. Loin d’être l’album le plus accessible de ce top 20, il pourrait pourtant en être le plus engagé, fruit de voyages autour de la Méditerranée pour ce résultat désabusé. Et qu’Arnaud Montebourg arrête de se plaindre au fond de la salle (oui, je l’entends, malgré la mélodique cacophonie d’ « Ütopiya ») : Oiseaux-Tempête est bel et bien « made in France ».

15. Corrina Repp – The Pattern of Electricity

Rarement un 6e album aura été aussi tordu dans sa conception mais, dans le cas de Corrina Repp, il était attendu pour de multiples raisons. Sur les 5 premiers, un seul – le 5e, donc – aura eu une certaine reconnaissance : de même, ce 5e datait désormais d’il y a 10 ans, avant que Repp ne parte dans des aventures groupe/couple qui ont mal fini. Peter Broderick aura eu l’élégance de réserver une certaine grandeur stylistique à l’album « du retour » de son amie plutôt qu’au sien (dispensable), post-folk délicate et voix rauque nous embarquant dans un voyage désabusé sur les côtes de l’Oregon.

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur ce carnet de voyage amoureux aussi optimiste qu’une grêlée au Kazakhstan

14. Chilly Gonzales – Chambers

Fais-je ici la promotion d’un musicien « populaire » ? Les tenants de l’anti-mainstream (dont j’admets faire indirectement partie) pourraient considérer Chilly Gonzales comme une sorte d’apôtre délicat, joueur doué mais dont le style pourrait tout à fait convenir à un plateau de Canal+. Doit-on s’en plaindre ? Pas forcément, à en juger l’inégal mais intéressant « Chambers », plus minimal que ses précédentes pérégrinations, plus cinématique dans un certain sens, apaisé par les opprobres de l’exigence esthétique.

13. Django Django – Born Under Saturn

Il fallait réussir à transformer l’essai, le double même, celui d’un premier album réussi et celui d’un single introductif impeccable – l’excellent « First Light ». A l’instar d’un Hot Chip, Django Django montre ici qu’à l’inverse que nombre de leurs camarades musiciens supposément réservés aux urbains branchouilles truc bidule, eux savent tenir une ligne directrice et dirigeante sur la longueur d’un album, aux coups de mou finalement rares et à l’intérêt étonnamment renouvelé. Heureusement que ma barbe récalcitrante n’a jamais voulu faire de moi un « véritable » hipster…

12. Above & Beyond – We Are All We Need

C’est toujours la même histoire avec le trio britannique Above & Beyond. Leurs singles sont toujours en qualité supputément décroissante, le BPM ralenti à chaque titre, mais l’alchimie règne toujours : le constat marche aussi bien pour leurs podcasts (l’excellent « Trance Around The World » est devenu « Group Therapy ») que pour leurs albums (l’inquiétude était identique pour « Group Therapy », cinq ans après l’impeccable « Tri-State »). « We Are All We Need » est bel et bien le moins bon album de leur discographie, mais il n’en reste pas moins plus qu’acceptable. Surtout avec Justine Suissa.

11. Anoice – Into The Shadows

On ne présente plus la formation japonaise Anoice qui ici, avec son quatrième album, navigue toujours avec majesté sur les rivages du modern classical et du post-rock. Ils parviennent une nouvelle fois, sans une féconde originalité mais avec une complète maîtrise, à embarquer l’auditeur dans une aura d’insécurité mais à la destination finale connue, embardée avant tout esthétique rappelant que le Japon n’a pas offert au monde que Maru et Ryuichi Sakamoto (qui est d’ailleurs un fan de cette formation).

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur cette parcellaire chronique d’un Japon particulièrement méconnu

(BREAKING NEWS : il fait chaud.)

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10. Arash Akbari – Vanishing Point

Nouveau venu de l’impressionnante scène drone/ambient iranienne (après notamment Siavash Amini), Arash Akbari détonne avec un « Vanishing Point » tellurique, nocturne de Chopin sans la bourgeoisie européenne mais plantée au beau milieu de paysages infinis et hostiles. Bien que relativement uniforme dans son ensemble, cet album laisse l’auditeur dans une sorte de déséquilibre perpétuel, vertige de l’immensité et du vide qui se fait tout autour de soi durant l’écoute.

09. Julien Marchal – INSIGHT

Rares sont les Français à avoir figuré en bonne place dans ces colonnes, votre serviteur étant trop occupé à cracher sur la « French Touch » et le néo-zouk de mes deux de Magic System. Voir ainsi le Bordelais Julien Marchal sortir un premier EP, puis album, suffisamment réussi pour se placer dans une veine néo-classique guidée par d’aussi réjouissants repères que Max Richter, Nils Frahm (les deux influences les plus évidentes) voire des apôtres du drone délicat à la Lawrence English, relève d’un coup de force, pour le coup, globalement inespéré.

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur ce premier essai aussi correctement transformé qu’un drop de Lomu au temps de sa splendeur

08. Benoît Pioulard – Sonnet

Thomas Meluch est un garçon énervant. Ses albums sous le pseudonyme bien franchouillard de Benoît Pioulard ont beau être teintés d’une presque trop forte uniformité stylistique, ils n’en restent pas moins follement prenants, l’un après l’autre, même cet exercice restrictif et particulièrement délicat. La nouvelle lubie de Meluch/Pioulard ? Recréer un penchant contemporain au krautrock des années 70. Le plus terrible est, qu’évidemment, nous tombions tous dans le panneau. Et que nous le ferons de nouveau, sans nous plaindre, une nouvelle obsession parvenue à son esprit.

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur cette création répétitive mais, c’est rare, personne ne s’en plaint (même pas moi)

07. Alva Noto – Xerrox vol. 3

Il aura su se faire attendre, ce troisième volet, d’une série mythique. Connu pour ses nombreuses collaborations avec l’inimitable Ryuichi Sakamoto (rappelons « Insen » ou « Summvs »), Carsten Nicolai livre avec ce « Xerrox vol. 3 » une transfiguration musicale plus analytique que démonstrative, là où les deux premiers volumes de ce maëlstrom drone/ambient s’escomptaient références stylistiques. Moins impressionnant de prime abord que ses deux prédécesseurs, ce numéro 3 gagne en contrepartie en délicatesse éthérée, en rudesse discrète, leçon supplémentaire en appelant d’autres.

06. Björk – Vulnicura

Peu commun de voir l’Islandaise trôner aussi haut dans ces modestes colonnes, ses derniers travaux ne m’ayant que fort partiellement convaincu. « Vulnicura », au coeur d’un micro-psychodrame sur sa sortie anticipée et son leak fortuitement distribué, est pourtant, bel et bien, l’un de ses tous meilleurs travaux à ce jour – possiblement le meilleur avec « Vespertine ». Ce collage par instants inégal, toujours modeste et à la recherche perpétuelle d’une certaine majesté, l’atteint parfois voire souvent, une direction qu’on n’ose imaginer en format live sous peine d’évanouissement esthétique.

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur cette gracieuse création plus facilement prononçable que l’Eyjafjallajökull

05. The Frozen Vaults – 1816

En cette période caniculaire, rien de mieux que rappeler qu’il y a quasiment deux siècles (199 ans, ne chipotons point), l’année 1816 se déroula sans été, les pics de chaleur supplantés par des stalactites glacés même au mois de juillet. C’est elle qui est au coeur de l’album, glacial et profond, du quintette The Frozen Vaults (sorte de supergroupe articulé autour de Pleq), chez Voxxov Records, brise-glace émotionnel percutant les banquises immobiles avec une grâce rafraîchissante.

04. Evan Caminiti – Meridian

Il est de ces albums qui vous extraient de l’obscurité mentale dans laquelle vous vous êtes enfermés, pour mieux vous replonger dans une ténèbre différente, extérieure, aussi flippante qu’excitante. C’est le voyage mental que propose ici Evan Caminiti avec son 5e album solo (en 5 ans, en plus du duo Barn Owl) avec ses atmosphères inquiétantes, cinématographiques, illustrant le moment avant le coup de théâtre, le coup de massue ou le coup de boule d’un méchant mastoc, moment étalé et prolongé jusqu’à plus soif. Et sans donner du tout envie de voir cette transition s’interrompre.

03. Nils Frahm – Victoria (OST)

Dire qu’il existait une inquiétude qualitative quant à la première bande originale du multi-instrumentiste Nils Frahm serait exagéré, voire carrément péché : l’expérience paraissait évidente, la réalisation presque tardive. Pour le thriller « Victoria » (qui sort ce 1er juillet dans les salles), Frahm prolonge à la fois les trajectoires de « Solo », « Spaces » et « Felt » pour parvenir à un tout sublimement inquiétant, accompagné d’expérimentations rythmiques de Deichkind et DJ Koze, pour un ensemble impassible et paisible au possible.

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur cette première aussi peu surprenante qu’une mauvaise mélodie d’Axwell ^ Ingrosso

02. Ben Lukas Boysen presents Hecq – Mare Nostrum

A bien y regarder, j’ai toujours (plus ou moins) placé tout en haut de mes sélections semestrielles et annuelles des albums dans un format presque traditionnel, avec un nombre de pistes supérieur à 6 (l’ « In Motion #1 » de The Cinematic Orchestra ayant repoussé pas mal de limites). Le positionnement de ce tellurique « Mare Nostrum » n’a pourtant rien de surprenant (et pourrait évoluer à la hausse), cette symphonie machinale et inaccessible aux esprits cloisonnés constituant une parfaite bande-son d’exploration spatiale ou, plus terre-à-terre, de sublimes cauchemars terrestres.

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur ce morceau sonore d’une exploration martienne (ou de Melmac ?)

01. Rachel Grimes – The Clearing

On ne soulignera probablement jamais assez le rôle de groupes comme Rachel’s, Sigur Ros, Under Byen, Port-Royal ou encore The Evpatoria Report pour avoir démocratisé les élégies post-rock de plus de dix minutes, ce que seul Pink Floyd aura réussi (dans un registre pas si éloigné) à Pompéi en 1971. On ne rendra par conséquent jamais assez hommage au cofondateur de Rachel’s, Jason Roble, disparu en 2012. Et on n’honorera jamais assez sa cofondatrice Rachel Grimes qui, depuis lors, poursuit une discographie toujours aussi exigeante dans l’esthétique, planante dans l’intention.

>> A LIRE (relire ?) : ma chronique sur ce moment de grâce auditif (que NKM n’a même pas écouté :-()

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En guise de rappel, en dehors des (très) (rares) top players de cette année, le reste du classement reste toutefois fort changeant. Espoir de ranking par conséquent pour des albums aussi divers que Ben Chatwin, Patrick Watson, Shamir, Olafur Arnalds, Strië, Michael Price, Ludovico Einaudi, Colleen, Henrik Schwarz, William Ryan Fritch, Inventions, Kreng, Sufjan Stevens ou encore Chassol (et j’en oublie probablement).

Cadeau : petite playlist audacieuse (à retrouver également sur Spotify) avec 20 titres issus des 20 albums sus-nommés, plus 20 autres titres qui ont également marqué l’année 2015 (et n’ayant pour une raison X ou Y pas intégré une de mes précédentes playlists, la Collection Printemps-Eté, la Summer Chill, Club ou Mixtape).

Tracklisting:

  1. Saycet – Ayrton Senna
  2. Above & Beyond feat. Alex Vargas – Blue Sky Action
  3. Alva Noto – Xerrox Radieuse
  4. Julien Marchal – VI
  5. Björk – Stone Milker
  6. Nils Frahm – Them
  7. Benoît Pioulard – The Very Edge of its Flame
  8. Evan Caminiti – Collapse
  9. Corrina Repp – Release Me
  10. Bruno Sanfilippo – Freezing Point
  11. Oiseaux-Tempête – Portals of Tomorrow
  12. Anoice – Forever Sadness
  13. Ben Lukas Boysen presents Hecq – II
  14. Bruno Bavota – Hands
  15. Orkidea – Purity
  16. Django Django – First Light
  17. Chilly Gonzales – Freudian Slippers
  18. Rachel Grimes – Further Foundation
  19. Arash Akbari – Rays From A Dead Star
  20. The Frozen Vaults – First Moments
  21. Airwave – A Touch of Grace
  22. Shamir – On The Regular
  23. Nicolas Jaar – The Fool and his Harem
  24. Chassol – Samak
  25. Nils Frahm – Four Hands
  26. Andrew Bayer feat. Asbjorn – Super Human
  27. NTEIBINT feat. Stella – The Owner (Anoraak Remix)
  28. Etienne de Crécy – Hashtag My Ass
  29. Candidat – Partir Très Loin
  30. Shur-I-Kan feat. Christina Colonel – Feel Free
  31. Jenaux feat. Pia Toscano – Renegades (Wrechiski Remix)
  32. Olafur Arnalds & Alice Sara Ott – Reminiscence
  33. Jon Hopkins – I Remember (Nils Frahm Dub Interrupted Remix)
  34. Astrïd – Ouest
  35. Solarstone & IKO – Once (Pure Mix)
  36. Inventions – Peregrine
  37. Ruslan Vashkevich – Bodhisattva
  38. ReOrder & Standerwick presents Skypatrol – Skyres
  39. John ’00’ Fleming – The Imperial Echoes of Devastation
  40. Kiasmos – Burnt (Lubomyr Melnyk Rework)

"ALBUMS. Les 20 meilleurs albums de 2015 (pour l'instant)", 5 out of 5 based on 1 ratings.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.