J’ai écouté les 40 chansons candidates à l’Eurovision 2015 (et je spoile un max)

L’Eurovision va connaître ce 23 mai sa 60e édition, avec son parterre de chansons loufoques, de chanteurs moches et de chanteuses siliconées, dans une arène de résistance kitsch face à un 21e siècle inquiétant. Préparatifs d’avant-spectacle !

gwendalperrin.net eurovision 2015 logo

C’est parti pour une semaine d’articles plus laudateurs (ou moqueurs) (surtout moqueurs, en fait) sur notre célèbre télé-crochet européen, la version ringardisée mais toujours existante, elle, de la « Star Academy », « The Voice » version Jean Monnet, l’Oktoberfest à jeun fin mai, bref, l’Eurovision édition 2015, sans Céline Dion mais avec Marianne James, sans Marie Myriam mais avec Stéphane Bern, sans goût mais y en a-t-il déjà eu ? (Spoil : oui, un peu quand même)

Conchita Wurst, reine reconnue du lobby de la saucisse, a surclassé l’année dernière une concurrence timide et écrasé une compétition qui lui était promise, sous l’impulsion conjuguée des lobbies saucissier, LGBT et Any d’Avray. Le lobby du poil, de son côté, était quelque peu tiraillé entre deux cartouches mais a préféré la barbe à la moustache :

Cette année, une nouvelle fois, la Suède a vu son processus de sélection à l’Eurovision (le Melodifestivalen) être un véritable carton d’audience tandis qu’en France, Patrick Sébastien a réussi à placer une de ses comparses dont même les labels kirghiz n’ont visiblement pas voulu.

Mais derrière ces deux habituelles curiosités, notons surtout la présence (justifiée par un intérêt aussi évident qu’étonnant) de l’Australie, qui n’a toutefois pas envoyé Kylie Minogue histoire de maintenir un peu le suspense.

Et sinon ? Ce ne sont pas trois mais bien 40 pays (l’Ukraine a préféré panser ses plaies plutôt qu’exploser les acouphènes) qui représenteront plus ou moins fièrement leurs couleurs à Vienne. J’ai bien dit plus ou moins car, comme vous allez le découvrir dans cette enquête sur laquelle se placent déjà le Plus et Mediapart en raison de son intérêt investigatoire évident, certains pays ont d’ores et déjà montré qu’ils ne voulaient ABSOLUMENT PAS, genre PAS DU TOUT, voire même CARREMENT PAS remporter cette compétition pas du tout richement dotée. Évoquons ici notamment les cas de la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Liechtenstein, l’Ukraine donc, la Bulgarie, la Turquie, Andorre, la Slovaquie, le Liban, Monaco, le Maroc et le Luxembourg qui ont préféré (ou n’ont pas pu) passer leur tour.

Commençons par les sept pays d’ores et déjà qualifiés pour la finale, Australie incluse. (Que ce soit pour ces pays ou pour les deux séries de demi-finales, je vous place les playlists de l’ensemble des vidéos en préambule, si vous avez vraiment envie de vous assurer que je vous restitue des faits exacts, mais parce que je suis aussi professionnel que mignon, vous pouvez d’avance vous assurer que si : j’ai souffert POUR VOUS et POUR LA BEAUTE DE MON METIER) :

Australie (Guy Sebastian, « Tonight Again »)

La nouvelle venue ne devant pas casser la compétition dès sa première participation, Kylie Minogue a donc laissé sa place, non pas à un surfeur Aussiebum mais au chanteur pop Guy Sebastian – encore une preuve de l’influence de Patrick Sébastien ?

Qui est-il donc ? Musicalement comme personnellement, on devine qu’il essaie d’être l’égal d’un certain John Legend, quitte à accélérer le tempo « pour prendre de l’avance ». Bien tenté, mais c’est globalement un grand non.

Autriche (The Makemakes, « I Am Yours »)

Le tenant du titre ne pouvant se permettre de jouer deux années de suite la carte de l’excentricité, elle a préféré jouer celle des poils (encore le lobby !) avec le trio Makemakes.

Résumons l’irrésumable : ce Jared Leto en herbe, qui a d’ailleurs piqué le chapeau de Jamiroquai, tente de mixer la voix des Irrepressibles et le sens mélodique des Beatles. Problème : au final, on dirait plutôt un mélange entre Trevor Guthrie et Julien Doré.

France (Lisa Angell, « N’Oubliez Pas »)

Après une infinie série de cagades dans les tréfonds du classement européen, la France s’est probablement dit qu’il fallait continuer sur sa lancée et viser, une nouvelle fois, la dernière place.

Lisa Angell a toutes les chances de remporter cet Eurovision parallèle avec un nom de scène encore plus ringard qu’Eve Angéli, un faux air de Maurane en moins inspiré, sa mélodie bonne à éviscérer un taureau et une thématique guerrière qui donne envie de batifoler dans les près avec un camion de Xanax.

Allemagne (Ann Sophie, « Black Smoke »)

Parce que la langue allemande a perdu tout intérêt commercial depuis la mort du leader de Dschinghis Khan (j’exagère à peine), l’Allemagne espère s’en sortir en piquant celle des Anglais.

Ann Sophie échoue. Sa chanson, tout à fait inoffensive (voire chiante) à jeun, peut toutefois se danser, bourré, dans un festival de pop obscur pas loin de Rostock. Oui, c’est dans l’ex-RDA.

Italie (Il Volo, « Grande Amore »)

Souvent placée, rarement gagnante, l’Italie n’a que peu su trouver un calibre suffisamment précis pour se placer correctement (seulement deux victoires) dans cette compétition : elle a toutefois suffisamment eu de lucidité, cette année, pour écarter Lara Fabian durant le processus de sélection.

A la place, un trio copié-collé d’Il Divo, incluant l’ensemble des clichés possibles et imaginables, aussi intégralement hétérosexuel que je suis un hippopotame. La chanson est agressive et fait couler le sang mais, au contraire de la France, c’est ici volontaire et calculé.

Espagne (Edurne, « Amanecer »)

Comme sa quasi-voisine italienne, l’Espagne ne s’est imposée qu’à deux reprises, rendant la performance d’ensemble de la France presque honorable. Et encore, ses deux triomphes, consécutifs, datent de la fin des années 60…

Le clip d’ « Amanecer » est à son début prometteur, puisqu’apparaissent un beau lion et un beau garçon. Une blonde apparaît toutefois ensuite puis tout se complique puisqu’en fait, le lion et la blonde ne font qu’un. La musique, collant aux images, est par conséquent digne d’une bande originale de film de série K, un peu obsédante, incohérente et presque saoulante. Dommage : il y avait mieux à faire.

Grande-Bretagne (Electro Velvet, « Still In Love With You »)

Après 18 années sans trophée continental, Londres prouve une nouvelle fois sa forte poussée d’euroscepticisme en présentant ici une des chansons les plus ridicules de la compétition (mais pas la pire, attendez un peu).

Certes, la ringardise de « Still In Love With You » est tellement criarde qu’elle est, en partie, assumée. Mais l’hétérosexualisation maladroite du chanteur, les mouvements de danse dignes de la « Soupe aux Choux » et la musique située entre Patrick Sébastien (encore et toujours) et Patrick Topaloff dessinent au final un avenir radieux pour le lobby coton-tige.

Au tour désormais des 16 pays devant passer par la première demi-finale (10 premiers qualifiés) :

Moldavie (Eduard Romanyuta, « I Want Your Love »)

A l’instar de l’Azerbaïdjan, la Moldavie est un pays dans lequel on sent bien que l’Eurovision y revêt une importance stratégique : mais là où Bakou a pu décrocher la cymbale en 2011, Chisinau tourne toujours autour du pot.

Après avoir exporté O-Zone et Andrew Rayel, la Moldavie nous envoie donc Eduard, pas encore rentré au lycée mais chantant l’amour avec l’expertise d’un Justin Bieber et le flow d’un Jason Derulo. Ce titre, par conséquent, est aussi moldave que je suis philippin. Aura du mal à s’échapper de sa demi-finale.

Arménie (Genealogy, « Face The Shadow »)

Jalouse de ce même voisin azéri avec, en plus de cela, une petite guerre civile qui dure depuis 20 ans, l’Arménie a tout joué sur la quantité : c’est en effet une quasi-famille qui forme Genealogy, groupe patchwork composé de six non-Arméniens de six pays différents mais, tous, d’origine arménienne.

Les filles essaient de faire croire qu’elles ont de la voix (mais moins que Tarja Turunen de Nightwish), les garçons essaient de faire croire qu’ils veulent séduire les filles (mais avec encore moins de succès que Lordi), et le tout donnerait presque envie aux Finlandais d’Apocalyptica de les violenter avec des archets. Le tout est caricatural, mais honnêtement pas mauvais.

Belgique (Loïc Nottet, « Rhythm Inside »)

Dotée d’un unique titre obtenu en 1986, la Belgique est pour de nombreuses raisons notre voisin de rêve. Nouvelle preuve à l’Eurovision : elle exporte une chanson aussi insupportable, si ce n’est plus, que la nôtre !

« Rhythm Inside » vous plaira ou vous irritera : cette chanson n’a en effet aucun équilibre. Désolé, chers voisins, mais je fais partie de la seconde catégorie.

Pays-Bas (Trintje Oosterhuis, « Walk Along »)

Déjà 30 ans sans victoire pour Amsterdam, série qui promet de ne pas s’arrêter cette année avec une artiste au nom imprononçable et la non-exploitation du seul véritable talent musical des Pays-Bas – j’ai nommé ses DJ, traîtres ou pas.

« Walk Along », sans être foncièrement mauvais, est surtout un hymne apologique aux cougars, doté d’un refrain digne d’un tube d’Enrico Macias chanté en soirée camping (je résume : « WHY-YA-YA-YA-YA, WHY-YA-YA-YA-YA »). Bref : next.

Finlande (Pertti Kurikan Nimipäivät (PKN), « Aina Mun Pitää »)

Neuf ans après Lordi, la Finlande joue à nouveau la carte du WTF intégral en mettant en avant un trio de trisomiques mais qui, au moins, le sont probablement moins que les fans de Sandy Valentino en 2014.

Musicalement ? C’est WTF, certes, mais moins intéressant que le célèbre « Hard Rock Hallelujah ». Métalleux vite fait, le titre est aussi court que du Liam Lynch (c’est d’ailleurs la chanson la plus courte de l’histoire complète du concours avec 1’37 » au chronomètre) et essaie d’accélérer un thème digne d’Echo & The Bunnymen. C’est, honnêtement, loupé.

Grèce (Maria Elena Kyriakou, « One Last Breath »)

Contrairement à l’Ukraine, la Grèce n’a pas annulé sa participation malgré le contexte difficile qu’elle vit actuellement. Désolé Pierre de Coubertin, mais elle aurait peut-être dû.

« One Last Breath » est en effet un condensé du pire des années 90, mené par une pâle copie de Mariah Carey qui bosserait chez Fox News. Une bonne interprétation peut sauver ce titre en live, mais les belles années de la Grèce à l’Eurovision sont clairement derrière elles.

Estonie (Elina Born & Stig Rästa, « Goodbye To Yesterday »)

Après deux années de triomphes baltes consécutifs (Tallinn en 2001 et Riga en 2002), le trio s’est calmé. Beaucoup calmé. Et ça ne risque pas de changer.

« Goodbye To Yesterday » est en effet l’un des titres les plus dénués d’intérêt de la compétition, générique au possible et loupant sa potentielle portée romantique. La fille ressemble à Lana Del Rey bourrée à la sortie d’une boîte, le garçon à Thom Yorke après une injonction de coke dans une boutique végétarienne, la paire trop propre pour être vraie.

Macédoine (Daniel Kajmakoski, « Autumn Leaves »)

La Macédoine, non encore présente au palmarès, est dotée d’une sérénité géopolitique à peu près aussi forte que sa (honnie) voisine grecque. Comment oublier, par conséquent, ce contexte difficile ?

On se surprend, après cette succession de souffrances, à trouver « Autumn Leaves » relativement écoutable : le copié-collé de James Blake est, en tout cas, moins mal contrefait qu’en Belgique.

gwendalperrin.net eurovision 2015 logo 2

Serbie (Bojana Stamenov, « Beauty Never Lies »)

On la cherche, la beauté, dans l’oeuvre de Bojana Stamenov. Ce potentiel générique d’introduction d’émission de TF1 (écrit pourtant par le même parolier que pour « Rise Like A Phoenix ») est d’un ennui à bailler aux corneilles jusqu’à ce que, aux deux-tiers, le rythme part dans un succédané du meilleur de Fiocco dans les années 90. Cette conclusion est presque bonne : n’est, toutefois, pas Conchita qui veut.

Hongrie (Boggie, « Wars For Nothing »)

Budapest, non plus, n’a jamais remporté la compétition malgré de nombreuses participations. Et visiblement, cette année encore, elle aura tout fait pour ne pas organiser la compétition l’année prochaine.

Aux délires pop chewing-gum et autres ringardises (in)délicates, la Hongrie propose en effet un collectif d’étudiants hipsters tout droit sortis de Woodstock menée par la jeune Boggie, chantant un hymne à la paix et contre la guerre-parce-que-c’est-nul daté des années 70. Intrinsèquement pas inécoutable, toutefois. Un peu hors-sujet, peut-être ?

Biélorussie (Uzari & Maimuna, « Time »)

Au contraire de la Moldavie, la Biélorussie n’a jamais pu trouver de salut, auprès de l’Occident, en exportant des jeunes pioupious pondant de la musique électronique dynamique. Jamais… jusqu’à présent !

Uzari est un garçon qui chante moyennement, tandis que Maimuna est un clone de Vanessa Mae qui mériterait un meilleur sort qu’ici : la dance-pop ici expulsée, condensé des productions de DJ Ross et Gabry Ponte au début des années 2000, crache de la poussière à chaque BPM.

Russie (Polina Gagarina, « A Million Voices »)

Attendant jusqu’à 2008 pour remporter son premier trophée, Moscou semble avoir pris goût à la compétition en présentant des chansons qui ont des chances de succès non nulles (ou, au moins, supérieures à celles de Paris).

« A Million Voices » n’a aucun intérêt mais est plutôt efficace, pop un peu vitaminée et message un peu aseptisé. Polina, fusion de Paris Hilton et Maria Sharapova avec la coupe de cheveux de Sophie Davant, est désincarnée mais suffisamment distante pour faire passer ça comme du mépris finement calculé. C’est malin et presque émouvant.

Danemark (Anti Social Media, « The Way You Are »)

A des antipodes d’Emmelie de Forest (vainqueur en 2013), à des antipodes de son pourtant proche voisin suédois (uniquement séparé par le Kattegat), le Danemark a décidé de ne pas gagner cette année. C’est écrit.

Le chanteur, qui a visiblement envie de se taper son bassiste en tee-shirt blanc moulant, pond un titre efficace, certes, mais dix fois plus ennuyeux que les partitions suédoise et russe. La finale ? Pas pour cette année.

Albanie (Elhaida Dani, « I’m Alive »)

Pays oublié dans les méandres de la géopolitique balkanique, l’Albanie, qui n’a rien à voir avec Alabina, n’a visiblement pas envie de se sortir de cette ignorance par la voie de sa scène musicale.

« I’m Alive » est en effet doté d’un refrain évocateur (« Ayayayayayaya« ), de rimes recherchées (« I am alive / Cause you are my life« ) et chanté par une demoiselle sortant de l’adolescence en se maquillant comme Shy’m. Improbable, pas inécoutable, mais pas très inspiré non plus.

Roumanie (Voltaj, « De La Capat »)

La Roumanie est le 2e pays avec la plus forte population à n’avoir jamais remporté l’Eurovision, derrière la Pologne. Et vous savez quoi ? C’est parti pour durer.

Voltaj est en effet un mauvais condensé de The Calling (mais si, rappelle-toi) présentant une chanson sur l’émigration et les velléités d’exil des Roms. Malheureusement, malgré le sujet, « De La Capat » n’a absolument aucun intérêt.

Géorgie (Nina Sublatti, « Warrior »)

Toute proche, elle aussi, de l’Azerbaïdjan, la Géorgie court elle aussi après son premier sacre européen. Elle a visiblement plus de chance d’y arriver ici qu’en football (mais moins qu’en lutte gréco-romaine).

Nina Sublatti, copie un peu pâle de Sylvia Tosun, présente dans le clip de présentation de « Warrior » des serpents et des huskies visiblement empaillés, histoire d’enjoliver un titre moyen mais qui, au niveau de l’Eurovision, pourrait franchement atteindre des sommets.

Partons désormais, enfin, sur les 17 pays composant la seconde demi-finale :

Lituanie (Monika Linkyte & Vaidas Baumila, « This Time »)

Seul des trois pays baltes à ne pas avoir encore remporté cette compétition, la Lituanie joue ici un double jeu en présentant un titre ambitieux mais suffisamment nul pour être assuré de ne pas gagner.

La fille, cliché ambulant (blonde à forte poitrine et maquillage puissant), le garçon, cliché ambulant (blazer bicolore avec barbe mi-longue d’hipster non assumé), l’hétérosexualisation quasi-totale, l’intérêt tout à fait absent de cette perle de ringardise aussi digeste qu’un Raffaello mais, c’est à noter, un couple gay se bisoute vite fait dans le clip. C’est à noter, en raison de la situation difficile des LGBT à Vilnius.

Irlande (Molly Sterling, « Playing With Numbers »)

Recordwoman de l’Eurovision avec 7 trophées, notre chère Irlande connait toutefois une disette longue de 19 ans : petit retour aux sources pour Dublin avec une chanson… vraiment irlandaise.

Rythmique lancinante, pop/folk calculée, « Playing With Numbers » est chantée de manière quelque peu pleureuse : ce n’est pas mauvais, mais ce n’est pas d’une folle efficacité.

Saint-Marin (Anita Simoncini & Michele Perniola, « Chain of Lights »)

Au contraire de Monaco, Saint-Marin n’a jamais pu compter sur de grands noms pour tenter d’obtenir une quelconque victoire, ou tout du moins place d’honneur.

Alors pourquoi chercher à fuir la dernière place promise ? « Chain of Lights » est une infâme bouillie chantée par deux adolescents (dont la Rebecca Black saint-marinaise), bloquée dans les années 90 avec des rythmiques pompier abandonnées même par Gigi d’Agostino.

Monténégro (Knez, « Adio »)

Au sein de l’ancienne Yougoslavie, seule la Serbie (incluant encore le Monténégro) a réussi à remporter le titre suprême, en 2007. Pas d’inquiétude toutefois à craindre cette année pour Belgrade avec son désormais voisin.

La pop un peu YOLO du début d’ « Adio » tourne rapidement à une pop tout à fait FOLKLO, sans que personne ne puisse y comprendre grand chose, pas même la Léa Salamé monténégrine qui montre ici son existence. Le chanteur, de son côté, ressemble à un GO du Club Med faisant tâche dans un clip tout droit sorti du ministère du Tourisme local. Son sort ? Compliqué.

Malte (Amber, « Warrior »)

Dans la petite galaxie des micro-Etats européens, seul Monaco a pu tirer une quelconque reconnaissance de l’Eurovision. Pas dit que Malte ait réellement envie de rejoindre ce panthéon étroit.

Amber, en blonde, c’était « Li Da Li » : en brune, c’est donc « Oh Oh Oh ». Amber, en brune donc, est entourée de pseudo-hackers slipknotiens se trémoussant sur du mauvais dubstep. Cela devrait lui assurer une non-qualification en finale.

Norvège (Morland & Debrah Scarlett, « A Monster Like Me »)

Oslo, un des meilleurs performeurs de l’Eurovision depuis trois décennies (trois titres), peut dépasser le Danemark et se rapprocher de la Suède en cas de victoire, dans le cadre d’une belle compétition scandinave.

Qualitativement parlant, « A Monster Like Me » pourrait viser le top 5 sans trop de difficulté, malgré une atmosphère un peu pompier : il chante comme Asbjorn (mais en hétérosexuel), elle chante comme Lana del Rey (mais en rousse). Attention à ce titre.

Portugal (Leonor Andrade, « Ha um Mar que nos Separa »)

Quel est le point commun entre la Coupe du monde de football et l’Eurovision ? Réponse : le Portugal ne l’a jamais remporté et n’en a même jamais été proche (3e en football… et 6e à l’Eurovision en guise de meilleure place).

La pop ringarde de Leonor Andrade, sorte de Mathilde Seigner rajeunie et roussie, est d’une efficacité limitée : la chanson ressemble à un rebut (portuguisé) d’un album de Lene Marlin, qui n’a plus connu le succès depuis quinze ans.

République Tchèque (Marta Jandova & Vaclav Noid Barta, « Hope Never Dies »)

Comment ça, les « pays de l’Est » remportent de plus en plus cette compétition ? Partiellement vraie, cette vérité oublie toutefois de nombreuses et importantes capitales comme Bucarest, Budapest, Varsovie et donc Prague.

Ce n’est pas avec ce remake cheap de « La Belle et la Bête » que la situation risque de changer : ce monument de poussière auditive n’arrive même pas à la cheville de « Sous le Vent » by Garou et Céline Dion.

Israël (Nadav Guedj, « Golden Boy »)

Depuis Dana International, Israël n’arrive pas à trouver le bon arbitrage pour remporter une quatrième couronne continentale. Scoop GP : ce n’est pas non plus pour cette année.

« Golden Boy » hésite continuellement entre RnB pouêt-pouêt, orientalisme vite fait et pseudo-dance bien crasse, présenté par une sorte de Michael Youn local rajeuni. Ce n’est pas pour rien que ni Noy Alooshe ni Offer Nissim n’ont tenu, via un bon remix, à rendre ce titre potable.

gwendalperrin.net eurovision 2015 logo 3

Lettonie (Aminata, « Love Injected »)

Il est loin, le temps où les Baltes commençaient à collectionner les succès à l’Eurovision ! Depuis 13 ans, c’est morne plaine – et, sans surprise, ce n’est pas prêt de changer.

« Love Injected » est désincarné et, dans sa troisième minute, manque de souffle et d’inspiration. Dommage, car la voix d’Aminata semble pleine de possibilités.

Azerbaïdjan (Elnur Huseynov, « Hour of the Wolf »)

L’Azerbaïdjan est à l’Eurovision ce que fut la Suède à cette même compétition il y a de cela dix ans : un perpétuel vainqueur potentiel, jusqu’à ce que lassitude se fasse.

Deuxième participation pour Elnur (seul revenant, avec un des membres du groupe arménien Genealogy) qui, en tant qu’hipster repenti, a l’air un peu con à gueuler tout seul dans son salon. Sa chanson, moyenne mais efficace, devrait lui assurer une bonne place.

Islande (Maria Olafsdottir, « Unbroken »)

Seul pays scandinave à ne pas avoir remporté la compétition, l’Islande regorge pourtant d’une scène musicale riche en nouveautés et succès potentiels. Pourquoi, par conséquent, rester ici bloqué dans un exercice terriblement conventionnel ?

« Unbroken » aurait été plus rigolo remixé par FM Belfast : résultat des courses, c’est une comptine efficace mais tout à fait chiante, chantée par la Taylor Swift locale avec une coiffure aléatoire. Top 15, mais guère plus.

Suède (Mans Zelmerlöw, « Heroes »)

Bientôt un sixième trophée pour la Suède ? Histoire de se rapprocher de l’Irlande, Stockholm est un perpétuel candidat au top 10 voire plus si affinités. Et Mans pourrait, en effet, atteindre le Graal suprême.

« Heroes » est une chanson fade mais pas chiante, inintéressante mais efficace, une nouvelle fois plutôt bien calibrée – mais peu spectaculaire. Cela suffira-t-il face aux autres testostéronés italiens et azéri ?

Suisse (Mélanie René, « Time To Shine »)

La France peut compter sur ses voisins linguistiques pour deux raisons : filer des chansons aussi pourries qu’elle à l’Eurovision, et récupérer les votes afférents pour cette même célébration de la LOL-musique.

Mélanie René sait qu’elle est (un peu) bonne : cela se voit. Mélanie René sait que sa chanson est (un peu) ennuyeuse : cela se voit. Fermez le ban.

Chypre (John Karayiannis, « One Thing I Should Have Done »)

Toujours pas de titre pour Chypre qui, histoire de vendre autre chose que le tourisme et ses refuges félins, essaie d’exporter un supputé beau gosse local.

Problème : John a tout du Christophe Willem local, portant des gilets par définition inesthétiques et au ventre visible. Problème numéro 2 : « One Thing I Should Have Done » a tout du titre oubliable et oublié, dégagé au sein d’une demi-finale barbante à souhait. Conchita, récupère donc ces poils que tu portais mieux !

Slovénie (Maraaya, « Here For You »)

Autre pays qui tient absolument à ne pas remporter ce télé-crochet, j’ai nommé ici la Slovénie, qui préfère visiblement qu’on la visite pour ses grottes de Postojna plutôt que pour ses starlettes locales.

Maraaya a un faux air de Nicole Richie quant au visage, même si sa chanson est heureusement moins cataclysmique que celles de Paris Hilton. Limité toutefois, même pour avoir une bonne place à l’Eurovision.

Pologne (Monika Kusztynska, « In The Name of Love »)

Plus grand pays européen à ne jamais avoir remporté l’Eurovision, la Pologne peut se targuer d’avoir fait parler de sa candidate avant même les demi-finales.

Monika est en effet en fauteuil roulant, ce qui ne se voit pas du tout dans le clip de présentation où elle surjoue les cougars. Musicalement, cette maquette refusée par Ashanti en 2003 est aussi morne qu’un paysage d’usines près de Katowice. N’ira probablement pas en finale.

gwendalperrin.net grumpy cat who cares

Après cette analyse particulièrement argumentée de ces 40 prestations, à destination donc des -8 lecteurs qui sont parvenus à ce moment du récit pourtant particulièrement captivant, petite analyse des chances de chacun et chacune sur la base de quatre critères :

  • Ce que j’en pense
  • Ce qu’on pourrait en penser en se replaçant dans le contexte de l’Eurovision
  • Ce qu’en pensent les commentateurs Youtube
  • Ce qu’en pensent les bookmakers.

Mes goûts musicaux étant ce qu’ils sont (c’est-à-dire pas les vôtres, et surtout pas les tiens), il est rare que je trouve des « bons » titres à grignoter (« Euphoria » de Loreen étant à mon sens une excellente exception). J’ai par conséquent noté l’ensemble des titres sur dix, une note de cinq équivalent à un titre « écoutable mais chiant quand même, mais écoutable ». Et mon top 10 (par le haut) est donc :

  1. Géorgie
  2. Norvège
  3. Macédoine
  4. Suède
  5. Russie
  6. Irlande
  7. Hongrie
  8. Azerbaïdjan
  9. Autriche
  10. Islande

Allez, pour se faire plaisir, mon petit top 5 de la shame de la chanson qui donne envie de devenir une plante :

  1. Saint-Marin
  2. Chypre
  3. France
  4. Israël
  5. Belgique

Un petit tour, désormais, du côté de mon oreille de spécialiste-autoproclamé-de-la-LOL-musique, en mettant de côté ma bonne foi et en n’en gardant que la mauvaise, capable de supporter de terribles sévices auditifs si son objectivité le lui réclame. Et le top 10 de l’Eurovision-compatibilité est donc :

  1. Azerbaïdjan
  2. Biélorussie
  3. Géorgie
  4. Serbie
  5. Suède
  6. Australie
  7. Macédoine
  8. Russie
  9. Danemark
  10. Albanie

Autre point de vue, de plus en plus important, pour estimer la popularité et le succès potentiels d’un titre : les réactions des internautes via Youtube. Au prix d’une savante formule classée TOP SECRET entre le nombre de votes positifs, négatifs et votes tout court, on parvient à ce top 10 qui montre la très bonne tenue de la Géorgie :

  1. Géorgie
  2. Albanie
  3. Russie
  4. Azerbaïdjan
  5. Macédoine
  6. Biélorussie
  7. Italie
  8. Australie
  9. Espagne
  10. Slovénie

Enfin, classement le plus inintéressant des quatre (mais qui sera évidemment le plus repris, bande de vendus au capitalisme), voici ce qu’en disent (au 17 mai) les bookmakers, via le site EurovisionWorld :

  1. Suède
  2. Italie
  3. Australie
  4. Russie
  5. Estonie
  6. Finlande
  7. Azerbaïdjan
  8. Slovénie
  9. Norvège
  10. Islande

La Géorgie et la Macédoine, pourtant bien placées dans mes trois précédents classements, ne sont respectivement que 17e et 24e : même la France parvient à s’intercaler entre les deux à la 22e place, ce qui devrait vous lancer dans un grand éclat de rire histoire de renforcer vos muscles abdominaux.

Et qui, quelle que soit l’issue de cette petite fête entre amis, permet de se rappeler cette maxime de Jules Renard : « Cherchez le ridicule en tout, vous le trouverez ».

gwendalperrin.net henri le chat noir torment

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.