ALBUM. Ben Lukas Boysen presents Hecq – Mare Nostrum

Vous escomptiez un échec discographique de l’éternellement trop méconnu Ben Lukas Boysen / Hecq ? Ce n’est pas le terriblement sublime « Mare Nostrum » qui va vous satisfaire. Allez, lecteurs, plongez.

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Il y a de la vie, dans Mare Nostrum. De la vie et donc des bruits, saccadés, séquencés, aussi machinaux que ne l’est Mare Nostrum et aussi déstructurés que ne l’est l’ensemble d’âmes humaines qui sont à l’origine de sa création.

Mare Nostrum, donc. C’est l’un des dix plus gros super-ordinateurs du monde, basé à Barcelone, masse grise et froide au milieu de la chaleur et de la moiteur habituellement vendues de cette cité. Une machine, donc, mais créée par des humains, incluant par conséquent une certaine humanité, d’un point de vue – a minima – strictement lexical.

Naturellement, parce que Mare Nostrum n’utilise en réalité pas notre langage, son vocabulaire se limite à des grésillements, aussi beau, signifiant et inutile qu’une masse poussiéreuse sur un livre, racontant à la fois son histoire et sa déchéance. Il reste pourtant insondable, incompréhensible, incompris pour la majorité des humains, ceux-là mêmes qui l’ont pourtant conçu : y avait-il seulement un moyen de le reconnecter aux synapses de cette absurde majorité ?

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Ben Lukas Boysen, puisque tel est le nom du second héros de cet ensemble, ne va pas forcément rendre « Mare Nostrum » plus accessible à une certaine anti-cognoscenti anesthésiée. Et pour cause : le résultat ici présenté de ces quelques heures passées entre l’homme et la machine, en 2013, est d’une beauté intersidérale, d’une esthétique indéniable, bref, d’une hauteur inaccessible sauf à quelques bienheureux dont vous faites au fond partie, en lisant ces quelques misérables paragraphes.

On n’imagine que trop difficilement le gaillard qu’est Ben, perdu et frigorifié dans cet ensemble, jouant comme personne avec les sons et les ondes l’entourant, l’environnant et l’enivrant. La machine, déshumanisée, trouve dans les mains et l’esprit de l’homme ici évoqué la grâce nécessaire pour expulser sa symphonie jusque là dissimulée derrière le métal et le verre.

« Mare Nostrum », l’album ou la chose, enveloppe, ragaillardit et paralyse. Le tout rappelle à l’humain qu’il n’est rien, même face à ses propres constructions et fantasmes, éperdument égaré dans un océan de beauté hostile.

« Mare Nostrum » de Hecq aka Ben Lukas Boysen est disponible depuis le 10 février chez Hymen Records. 18/20. >> BUY IT!

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.