ALBUM. Björk – Vulnicura

Attendu pour le mois de mars, le nouvel album de Björk, « Vulnicura », sort plus tôt que prévu en raison des leaks. Tant mieux ou tant pis : voilà une sublime partition (la plus belle ?) à rajouter à sa pléthorique discographie.

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Il est de ces moments, dans nos existences construites comme des autoroutes, où l’urgence doit primer sur la raison, le « doit » étant bel et bien entendu au sens de l’acte sans choix.

Björk, aussi prestigieuse que peut l’être l’étendue de son Discogs, n’a pas mis longtemps à réagir aux premières sorties imprévues de son nouvel album « Vulnicura », présenté comme étant plus « traditionnel » que les dernières lignes de son répertoire sonore.

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Je n’ai jamais été à proprement parler fâché avec Björk puisque, non contente de représenter aussi fièrement qu’involontairement l’esprit islandais depuis quelques années auprès de nos cerveaux occidentaux, n’a pas hésité à soutenir la production locale, notamment chez Olöf Arnalds (aparté franco-français : la cousine d’Ólafur sera en première partie de José Gonzalez le 10 mars prochain du côté du Cabaret Sauvage. Quel critère t’amènera impatiemment en ce lieu en premier : le casting ainsi mis à nu ou l’annonce de ma présence ?).

Malgré tout, ses récentes productions ont simplement laissé dans mon esprit une trace froide, pas même éclairée par les voix d’Antony Hegarty et Marianne Faithfull pourtant récentes sur ses récentes productions comme « Volta » ou « Biophilia ».

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Est-ce l’heure, le contexte, le degré d’alcoolémie ou celui d’avancée de nos vies qui me permet de considérer « Vulnicura », cet album présenté donc comme étant plus « traditionnel » (adjectif à accoler de suite au nom commun « bienpensance » et à brûler ensemble sur le champ), comme celui de la réconciliation ?

Il suffit d’écouter l’exceptionnelle introduction qu’est « Stone Milker » pour réaliser que le critère le plus essentiel – probablement pas le seul, je vous l’accorde tout de go – est bel et bien d’ordre musical : même si l’Islandaise est une innovatrice hors pair qui, donc, réussit, se plante, tente de nouvelles expérimentations de forme ou de fond, échec ou succès, force est de reconnaître qu’elle nous embarque ici dans un voyage non seulement mémorable mais plus sûrement marquant, loin de toute peur de plantage, mais forte de l’assurance de réussir un tour de force.

Antony Hegarty, aussi admirable qu’il soit, n’avait pas forcément aidé à rendre les récents travaux de Björk plus sympathiques à mes oreilles : sa présence, pourtant discrète, sur « Atom Dance », me donnent envie d’imaginer ce que pourrait donner un album commun entre ces deux frappadingues du cervelet.

« Vulnicura », plus globalement, n’apparaît d’ailleurs pas comme un ensemble abouti mais comme une collection de tentatives de réconciliation discrètes, inégales donc, globalement superbes, qui donnent définitivement envie de se plonger tête, cou, épaules, coudes, taille la première, dans un océan d’incertitudes mélodiquement guidées. Ainsi pourrait-on d’ailleurs résumer l’objectif primaire, voire primal, de la musique considérée comme difficile, rappellerait Voltaire : « Le doute est un état mental désagréable, mais la certitude est ridicule ». 17/20.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.