Les 20 meilleurs albums de 2014… jusqu’à présent

Autant vous le dire dès le chapô : pour l’heure, 2014 est loin d’être un grand cru musical. Mais de ce marasme surgissent heureusement quelques perles…

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J’étais plutôt optimiste, pourtant. Après une cuvée 2013 mi-figue mi-raison, consécutive à un excellent cru 2012, l’année musicale 2014 apparaît pourtant comme particulièrement fade en comparaison jusqu’à présent. Pas le moindre coup de poing dans la gueule, pas le moindre couteau planté en plein cœur : quelques éclairs, que je vais décrire dans les lignes ci-dessous, mais une grosse inquiétude transpirant dans mes considérations pour la suite et la fin de cette année.

20. Lana Del Rey – Ultraviolence

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Trois ans (déjà !) après l’ultra-médiatisé « Born To Die », la madone revient avec un nouvel opus qui n’a pas grand-chose à voir avec l’usine à tubes qu’était le premier. L’efficacité à court terme d’ « Ultraviolence » est par conséquent inférieure, mais l’ensemble apparaît sur la longueur plus cohérent et, finalement, pas du tout dégueulasse. Morbide, par contre, mais on commençait à le comprendre.

19. How To Dress Well – What Is This Heart?

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Petite (re)découverte pas piquée des hannetons avec Tom Krell alias How To Dress Well, étendard du PBR&B alias le R&B pour hipsters. A ma plus grande stupéfaction, l’ensemble se déguste d’une traite avec de vrais beaux moments – « Pour Cyril » paraît un niveau au-dessus de tout le reste – même si quelques moments dégoulinants de naïveté restent bien cachés dans les recoins.

18. Gareth Emery – Drive

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Quatre ans après l’opus « Northern Lights » (et déjà neuf après l’inaugural « Mistral »…), le DJ anglais revient avec un second album studio paradoxalement rassurant… une fois qu’on a bien mis de côté le fait que le Britannique n’est plus vraiment un DJ trance. Son autoroute progressive house (ouaip, le « Drive » et le visuel de l’album en mode « je-marche-sur-la-route » est une métaphore autoroutière à l’américaine) est prenante, quelque peu inégale mais avec un bon gros potentiel tubesque – « Long Way Home » et « Isolate » sont deux excellents climax estivaux.

17. Eluvium – Wisdom For Debris

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Cet EP écrit à quatre mains – et en couple, s’il vous plaît – ne figurera peut-être pas tout en haut de la discographie d’Eluvium, mais il serait dommage de passer à côté : ces quatre pistes ambient de Matthew Cooper, coordonnées à un livre de dessins de son épouse Jeannie Lynn Paske (déjà à l’origine de nombreuses covers de précédents albums), sont rares et précieuses. Surtout, si vous en avez obtenu un exemplaire physique, profitez de votre chance : il n’y en a que 200 à travers le monde.

16. Bruno Bavota – The Secret of the Sea

The secret of the Sea

Le nouvel album du compositeur italien nous plonge dans le bassin méditerranéen avec vigueur et mélancolie, les traces de bronzage à moitié apparentes sur nos silhouettes enivrées. Bref, un sans faute à la Einaudi.

15. Sharon Van Etten – Are We There

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Deux ans après « Tramp », Sharon nous emmène dans un nouveau voyage folk (plus pop que d’habitude, ceci étant), épuré et torturé. Ecrit de manière plus tendue que son prédécesseur, plus urgente probablement, mais pas plus joyeuse, « Are We There » rappelle que, oui, ses fans sont toujours là pour l’Américaine, même lorsqu’elle laisse ses habitudes sur le bas-côté et qu’elle balance ses illusions par les fenêtres de sa bagnole.

14. Ben Frost – AURORA

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Rappelez-vous : lors du premier teasing d’AURORA, sorti en mars dernier, je voyais dans cette nouvelle galette de Ben Frost un potentiel Top 10 pour la fin de l’année. Pourquoi, par conséquent, une place aussi basse ? Parce qu’après avoir enlevé les quelques moments de grâce sombre (en particulier « Venter ») qui auraient mérité un meilleur accompagnement, l’ensemble ressemble à une parodie de dark techno pompier blindée de champignons hallucinogènes, comme si Yoji Biomehanika avait essayé de remixer Mireille Mathieu avec des sons saturés à l’extrême d’une main en tentant un gratin de courgettes de l’autre main. Dommage, car le tout passe presque naturellement en live… Quel gâchis !

13. Linda Perhacs – The Soul of all Natural Things

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Plus de quarante ans après le mythique « Parallelograms« , l’égérie néo-folk Linda Perhacs refait parler d’elle avec un second opus publié chez Asthmatic Kitty, propriété du vénérable Sufjan Stevens. Et même s’il n’atteint jamais la majesté de son illustre prédécesseur, « The Soul of all Natural Things » est assurément un coup de force qui méritera probablement une suite… en 2058.

12. Kelis – Food

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Grand écart pour Kelis qui, après avoir réussi l’exploit non négligeable d’inspirer positivement David Guetta avec l’excellent « Acapella« , arrête la dance pimpon de « Flesh Tone » pour un R&B presque old school. Ninja Tune a eu du nez en la recrutant en son sein : « Food » se déguste sans faim, sans culpabilité et sans regret des nineties… mais file un méchant coup de vieux à celles et ceux qui se rappellent de noms comme Monica ou Ashanti.

11. Pjusk & Sleep Orchestra – Drowning In The Sky

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« Drowning In The Sky », plus lunaire que solaire, est l’une des plus grosses claques ambient de cette année 2014. Froid comme les Svalbard, hostile comme un geyser islandais, cet album n’est pas à écouter sur la plage – enfin, sauf une « plage » groenlandaise, en plein hiver, entouré d’aurores boréales et de sombres desseins.

10. Orcas – Yearling

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Deux ans après l’inaugural album éponyme, consécutif à la reprise posthume d’ « Until Then » de Broadcast, le duo Benoit Pioulard + Rafael Anton Irisarri réussit l’exploit de réaliser une seconde galette aussi excellente que la première, entre ambient et pop minimale. Mais, au fond, qui en doutait ?

9. Emanuele de Raymondi – Ultimo Domicilio

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Cette exploration d’ultimes domiciles, à mi-chemin entre la musique et la photographie, est une incontestable réussite conceptuelle : l’EP, nerveux, est d’une fragilité qui n’a d’égal que sa force, celle de l’urgence, du départ précipité et du saut vers l’inconnu.

8. Yann Tiersen – Infinity

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Le huitième album du Breton, enregistré entre l’Islande et Ouessant, est – sans surprise – autant volcanique que minéral. Ce passionnant voyage multiculturel, autoroute entre Reykjavik et nos côtes, emprunte toutes les langues rencontrées sur son passage, de l’islandais au français en passant par le féroïen (si, si), percute des vagues, marche sur les océans, rentre en communion avec la nature. Un retour aux sources bienvenu.

7. Mermonte – Audiorama

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Etape de la confirmation allègrement franchie pour les Frenchies de Mermonte : après un premier album éponyme plein de promesses mais pas exempt de défauts, voici que les Rennais transforment magistralement l’essai avec « Audiorama« , merveille d’instru pop sautillante bonne à dérouiller une statue.

6. Todd Terje – It’s Album Time!

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Avec son premier album (oui, c’est bien son premier, depuis le temps que le Norvégien est là…), Todd Terje réussit la prouesse de produire un ensemble qui s’écoutera de la même manière au Wanderlust qu’à Collioure, à Mykonos qu’aux îles Lofoten. Entre house putassière (l’excellent « Delorean Dynamite ») et pseudo-génériques télévisuels un peu pompiers, le tout est inégal mais vous encourage à ne louper aucune séance d’UV – ce qui n’est déjà pas mal.

5. Marissa Nadler – July

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Elle a beau avoir sorti cet album en février, Marissa Nadler avait déjà le goût de l’été en bouche. C’est tout ce qu’on retient à l’écoute de « July », sa nouvelle fantaisie folk : des lumières sombres, éternelles, des infinités hostiles mais majestueuses, le souffle d’une respiration pour nous rassurer – cela tombe bien, ce souffle, c’est celui de son inimitable voix, enchanteresse et aventureuse.

4. Above & Beyond – Acoustic

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Les changements s’accumulent pour le trio britannique depuis trois ans : après de nombreuses années passées au service de la trance la plus exigeante, voici qu’Above & Beyond a, semble-t-il pour de bon, préféré s’émanciper du côté progressive house de la force. Pour l’instant, ils n’ont en rien entamé leur excellente réputation – et cet album acoustique de leurs plus grands tubes, autre étonnant grand écart dont ils sont à peu près les seuls capables sur la scène EDM, ne devrait rien gâcher.

3. Christina Vantzou – N°2

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On ne change pas une formule qui marche : « N°2 », deuxième album de la compositrice et vidéaste belgo-américaine Christina Vantzou, succède à… « N°1 ». Entre ambient, drone et modern classical, le style de la demoiselle est, comparé à celui de ses comparses stylistiques, autrement plus cinématographique : cette succession de plans-séquences sonores qu’est « N°2 » obéit à un excellent scénario et rend le tout, certes éphémère, mais régénérant.

2. Owen Pallett – In Conflict

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Quatre ans après l’excellent « Heartland », Owen Pallett ne surprendra personne avec ce nouvel album : « In Conflict » est une réussite magistrale. Plus nerveuse, plus rythmée, plus joyeuse par instants également, sa nouvelle formule est aussi plus personnelle… mais surtout parce qu’elle est moins schizophrène que sur l’ « Heartland » du double Lewis. Sans compter qu’elle passe allègrement l’épreuve du live, comme en témoigne sa récente performance à la Maroquinerie.

1. Hauschka – Abandoned City

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Jusqu’à présent, Volker Bertelsmann aka Hauschka était à mon goût surtout un artiste de scène, où il ne se loupe jamais. Créatif, innovant, parfois frappadingue, l’Allemand est capable de sublimer chaque prestation et de la rendre différente de celle qu’il aura donnée la veille – et qu’il donnera le lendemain. Plus convenu en studio jusqu’à présent – même s’il n’a jamais commis d’horreur, n’exagérons rien -, il réussit enfin à rendre une copie parfaite avec le mystérieux « Abandoned City », rempli de couloirs sans fin et de dédales impromptus. Pour l’heure, la grosse gifle de l’année.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.