[ALBUM] Todd Terje – It’s Album Time!

Après dix années de bons et loyaux services, le DJ norvégien de nu-disco Todd Terje (prononcer comme « terrier ») passe (enfin !) à l’étape de l’album. Décortiquons donc cette publicité sonore pour Dragibus…

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De tous les genres musicaux un peu chelous que j’ai d’ores et déjà évoqué dans ces colonnes (drone-ambient norvégio-britannique, néo-classique slovaque et autres appellations qui me valent immédiatement d’être considéré en soirée comme le mec à éviter), le nu-disco norvégien n’est, paradoxalement, pas le plus maltraité par les médias : les Inrocks, Tsugi et bien d’autres ont déjà sorti leur chronique de l’album du père Terje, SWQW a même écrit dessus et, au fond, vous l’avez probablement déjà écouté en partie dans une soirée classée (souvent, seulement classée) « branchouille » au Nüba ou au Wanderlust. Bref, vous n’avez décemment pas pu échapper à « l’album électro de l’année », dixit les Inrocks. Carrément !

Clarifions ici une méprise peu évidente. Derrière cette appellation pas franchement rentre-dedans, la scène « nu-disco norvégienne » est tout, sauf nouvelle : Todd Terje n’est pas un débutant, Lindstrøm traîne ses guêtres depuis des années également, Prins Thomas, Diskjokke et quelques autres ne sont pas là que pour le décor (enfin, comparés à Todd Terje et Lindstrøm, si, peut-être, en fait…). Le fait est, une fois encore, que la Scandinavie est toujours en pointe sur la scène musicale (d’habitude c’est la Suède mais la Norvège, ce n’est pas si mal genre Annie et Röyksopp, la Finlande a bien réussi à pondre Lordi et Miika Kuisma, n’évoquons même pas le riche cas islandais tandis que les Féroé – oui, les Féroé – ont aussi une excellente scène pop chewing-gum).

Clarifions, maintenant, une autre méprise peu évidente. L’album de Todd Terje, aux fausses allures de collection d’EP (il a sorti plusieurs titres de cet album auparavant, mais j’y reviendrai), n’est pas un album, cette pipe n’est pas une pipe, on s’en fiche, mais c’est en fait une publicité géante pour Dragibus – qui sort, vous l’aurez noté, à quelques jours de Pâques, donc de la fête des Kinder, meilleur ami du groupe Haribo, donc Dragibus, donc explosion de sucre et tutti quanti. Cet album est l’oeuvre des illuminati et du lobby du sucre.

« Strandbar », piste numéro 5, était déjà sorti sur EP, « Johnny & Mary » (oui, la reprise du classique) avait déjà vu le jour avec, en guise de vocaliste invité, ni plus ni moins que Bryan Ferry, sans oublier « Leisure Suit Preben » (sorti juste avant l’album, ceci dit) et « Inspector Norse », ce dernier titre ayant émergé sur l’EP « It’s The Alps » en 2012 avec les deux parties de « Swing Star ». BREF, « It’s Album Time! » a des allures de resucée universelle, mais qu’on pardonne aisément au Norvégien, la bouche emplie de Tagada Pink, en notant à juste titre que plein d’artistes ont déjà usé du même stratagème pour leur premier LP.

Les quatre titres « non-originaux » mis à part (je soustrais « Johnny & Mary » et « Leisure Suit Preben » publiés quasiment en même temps que l’album), « It’s Album Time! » a le principal défaut de ses qualités diététiques : il ne laisse qu’assez peu de place à la subtilité et au régime light, la série des « Preben » (ainsi que « Alfonso Muskedunder ») étant d’un rétro-futurisme tellement rétro qu’on a l’impression de pouvoir croiser Tom Selleck à chaque coin de rue, « Delorean Dynamite » et « Oh Joy » étant de leur côté tellement inspirés par Moroder – en version accélérée – qu’on se replongerait avec délice et (presque) innocence (j’ai bien dit presque) dans toute la scène italo-disco des années 80 (et on pourrait alors retomber sur ça).

Ceci étant dit. Être bourré au sucre – et éventuellement au mojito – est-il un défaut, pour un album calibré pour l’été ? Nope, évidemment. Même si tous les titres ne sont pas forcément dansants (la série des « Preben » m’endort, à titre personnel), cette friandise se déguste sans faim, avec candeur, « Candy Crush » et candy tout court, plein de candy, genre…

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… voilà, genre plein de candy, et sachez que même votre diététicien et votre dentiste vous encourageront à repasser l’album en boucle.

Clarifions, pour finir, une ultime méprise un peu plus évidente. Dans mon ton, on pourrait croire que ce côté « rétro » s’accompagne nécessairement d’un côté « régressif » (les bonbons, candy, bidule, tout ça) qu’à titre personnel, je n’accorderai qu’aux pistes non dansantes. De cette avalanche calorique, sont sauvées par votre serviteur les reprises sous acides de Moroder (« Delorean Dynamite » et « Oh Joy » sont top moumoute) tandis que les pistes plus lentes voire techniques, « Swing Star pt. 2 », « Strandbar » ou encore l’indémodable « Inspector Noise », sont suffisamment subtiles (mais toujours sous l’influence des illuminati et du lobby du sucre, faut pas déconner) pour passer crème à n’importe quelle soirée où on ne vous saoulera ni avec Dimitri Vegas & Like Mike, ni avec D.A.N.C.E. blablabla good times. Et c’est déjà pas mal.

« It’s Album Time », de Todd Terje, est disponible depuis le 7 avril sur le label du mister, Olsen Records. 15/20.

Tracklisting:

  1. Intro (it’s Album time)
  2. Leisure Suit Preben
  3. Preben Goes to Acapulco
  4. Svensk Sås
  5. Strandbar
  6. Delorean Dynamite
  7. Johnny and Mary (feat. Bryan Ferry)
  8. Alfonso Muskedunder
  9. Swing Star part I
  10. Swing Star part II
  11. Oh Joy
  12. Inspector Norse

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.