[ALBUM] Bruno Bavota – The Secret of the Sea

Troisième album pour le compositeur néo-classique Bruno Bavota, après deux premières productions restées plutôt confidentielles. Avec « The Secret of the Sea », un ensemble aussi maritime que… einaudien, les choses pourraient quelque peu changer.

The secret of the Sea

Un bon capitaine transforme l’Atlantique en Méditerranée; un mauvais capitaine transforme la Méditerranée en Atlantique. (Amin Maalouf)

La mer est tout, sauf un thème d’inspiration nouveau pour les musiciens classiques, contemporains ou pas. Des « Houles » de Dutilleux aux esquisses de Claude Debussy, des Océanides de Sibelius au « Déluge » de Stravinski – jusqu’à retomber sur le récent « By The Third Sea » du frenchie Vinc2 – les longues étendues maritimes ont de tout temps constitué une source inépuisable d’idées mélodiques. Bon courage, par conséquent, pour réussir à s’extraire de la vague : mais, spoiler, Bruno Bavota y parvient.

L’inspiration du compositeur italien, qui n’est pas tout à fait un inconnu (deux albums déjà au compteur), n’est pas seulement la mer, prise de manière générique, mais surtout la Méditerranée, sa Méditerranée qui borde sa ville de Naples, l’éveille et l’endort au fil des saisons. Et excite d’autant plus son imagination, la rend plus fluide, délicate, touchante comme un rayon de soleil sur le visage.

Principale évolution dans le style de Bruno Bavota pour « The Secret of The Sea » : le piano romantique qui rythmait ses deux premiers opus, « Il Pozzo D’Amor » (2010) et « La Casa Sulla Luna » (2013) se retrouve ici accompagné, sur plusieurs pistes, par des riffs de guitare. L’introduction « Me & You », ainsi que « The Man Who Chased The Sea » située peu après, sont deux pistes qui permettent de rapidement formaliser le (léger) changement dans la « tonalité Bavota » – une transition qui rappelle d’ailleurs la trajectoire d’un autre Italien opérant dans un registre similaire, j’ai nommé Fabrizio Paterlini. Parfois, toutefois, les guitares sont supplantées par des reverbs (dont Einaudi et Paterlini raffolent), comme sur « Hidden Lights Through Smoky Clouds » où les nuages jouent le rôle de perturbation mélodique. « Constellations », amusément, de par sa construction et son harmonie à la guitare, rappelle d’autres « Constellations » mais signées des Américains de Balmorhea ce coup-ci. « The Boy & The Whale », un peu plus loin, a des accents tiersieniens transposés à la douce chaleur de la Campanie.

J’ai toujours aimé les vagues, leur son et encore plus leurs mouvements à bascule, qui me font penser au geste humain le plus profond, l’étreinte. Si immense et familière en même temps, à travers la mer, on peut lire à l’intérieur de soi-même et découvrir sa propre mer intérieure. Un jour, je vais révéler le secret de la mer. (Bruno Bavota)

Jusqu’à présent, Bruno Bavota s’était concerté avec la langue de Dante pour ne nommer ses productions qu’avec son aide : à l’occasion de « The Secret of the Sea », il brise le blocus et s’ouvre à la langue anglaise, à l’exception des « Nuits Blanches » directement inspirées par Dostoïevski. Question d’image, simplement, l’album étant entièrement instrumental. Question d’identité, également, permettant à cet opus de s’ouvrir au monde, ou tout du moins à un auditoire nouveau, les pieds dans les eaux atlantiques ou pacifiques. Harmonieusement, sans sombrer dans des profondeurs abyssales, « The Secret of the Sea » caresse son auditeur, l’émeut doucement mais le transporte, sûrement, dans une atmosphère mystérieuse et revigorante. Et l’abandonne, les pieds dans l’eau, l’esprit perdu dans l’horizon de son choix.

« La poésie est mémoire baignée de larmes ; la musique est mémoire de la mer. » (Miguel Angel Asturias)

Tracklisting:

  1. Me & You
  2. Les Nuits Blanches
  3. The Man Who Chased The Sea
  4. Hidden Lights Through Smoky Clouds
  5. If Only My Heart Were Wide Like The Sea
  6. Constellations
  7. Plasson
  8. Northern Lights
  9. The Boy & The Whale
  10. The Secret of the Sea
  11. Chasing Stars

L’album sort le 24 avril prochain chez PsychonavigationPRE-ORDER LINK. 17/20.

Retrouvez Bruno Bavota sur Facebook/Twitter/Soundcloud/Bandcamp.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.