Tashirojima, Largo di Torre, Houtong… : ces lieux réservés aux chats

Il existe des lieux sur Terre où l’humain n’est pas (encore) dominant : c’est le cas des quelques lieux que nous allons vous montrer, là où le lobby félin a (pour l’instant) conservé sa suprématie.

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Non, les chats n’ont pas pris possession que d’un seul lopin de terre, perdu au fin fond des Bahamas : je parle bien entendu ici de l’île Cat, envahie par pas loin de 2 000 humains et qui, par conséquent, ne rentre pas dans l’angle de ce papier, surtout que les chats s’en foutent des Bahamas, en fait.

Non, il y a en réalité des lieux où les humains ont certes posé pied, pollué de par leur nature, mais qu’ils ont rendu à l’humanité féline : ce sont ces lieux, où les chats sont rois, qui seront ici mis en avant.

Histoire de te mettre en jambes avant ce tour du monde, lance donc cette petite playlist chatons…

… et suis donc ENFIN le @LobbyFelin sur Twitter puisque, tu l’imagines cher lecteur, c’est lui qui a pris le contrôle de mes 10 doigts (inclus 2 pouces rétractables) pour pondre cet éloge à rallonge.


Première étape de notre parcours sur l’île de Tashirojima (田代岛), directement nommée « Cat Island » même par Wikipedia et sur laquelle BuzzFeed a mis un sacré coup de projecteur : pour une petite centaine d’habitants, l’île compte près de 200 chats et, à la belle saison, une invasion de choses bizarres et mouvantes communément appelées touristes.

Les habitants de Tashirojima sont persuadés que bien se comporter avec la population féline locale leur apportera chance et bonheur – des évidences qui, factuellement, pourraient être complétées par une grande vague de câlins courtois. L’horrible tsunami qui a dévasté la côte est japonaise a plutôt confirmé ces dires (Tashirojima n’est pourtant située qu’à une quarantaine de kilomètres de Sendai, ville qui a le plus souffert de la catastrophe) puisque l’île a été épargnée par les vagues. L’armée américaine, toutefois, a dû approvisionner en croquettes l’île coupée du monde.

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Les chats ont d’abord été dépêchés sur cette île pour faire la chasse aux souris, jusque là tout va bien, mais les souris étaient les principales ennemies du ver à soie, à l’époque où cette région en produisait beaucoup. Même si cette production s’est depuis arrêtée – il ne reste que des pêcheurs et des personnes âgées à Tashirojima – les chats, eux, sont restés.

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Le photographe Fubirai tient depuis maintenant plusieurs années un carnet de bord photographique de la vie des chats de Tashirojima, sur lequel s’est basé BuzzFeed pour faire son fameux papier. Le concept qui fait de Tashirojima un lieu culte est d’une simplicité désarmante : puisque les chats aiment les humains… mais pas trop, aucun humain n’a la véritable possession d’un chat en particulier. L’ensemble des chats est ainsi pris dans son ensemble par l’ensemble des humains, dans une osmose totale. A noter, toutefois, que les chiens sont formellement interdits sur l’île.

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Deuxième étape de notre voyage au Japon, sur l’île de Ainoshima, près de la mégalopole de Fukuoka.

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La renommée d’Ainoshima est peut-être moins forte que celle de Tashirojima, mais elle est connue depuis des lustres : l’île a même servi de lieu d’étude pour… analyser l’homosexualité chez les animaux ! A noter qu’en plus d’être remplie de chats, l’île d’Ainoshima est également un lieu très prisé pour observer les oiseaux : ce lieu n’en est pas à une étrangeté près…

Comme à Tashirojima, l’île connait une affluence particulièrement importante depuis que le #LobbyFélin a pu poser ses premières pattes dans les grosses rédactions. (crédit)

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Et, comme à Tashirojima, les chats n’apportent à cela qu’une importance modérée. (crédit)

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Troisième étape de notre tour du monde du miaou à Taïwan et plus précisément dans le village de Houtong, au nord de l’île.

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L’histoire d’Houtong pourrait rappeler le prochain album du compositeur néo-classique allemand Volker Bertelmann aka Hauschka, « Abandoned Cities », puisque cette localité a en effet été « économiquement » abandonnée par les humains et, progressivement, remplacée par les chats. (crédit)

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C’était, en effet, un haut lieu d’exploitation du charbon sur l’île, au boom particulièrement marquant durant les années 70. Mais, comme dans tous les autres pays développés, l’industrie minière y a connu la crise, une crise ininterrompue même, tant et si bien que Houtong, qui a compté à son apogée plus de 6 000 âmes humaines, a progressivement vu toute trace de vie disparaître. Il ne reste qu’actuellement que quelques centaines d’habitants – il y en avait à peu près autant avant l’expansion minière – mais, fait nouveau, ces humains sont désormais accompagnés d’une bonne rasade de chats. (crédit)

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Et voilà comment la localité de Houtong, promise à un funeste avenir, a vu sa population reverdir et sa réputation dépasser les frontières : juste parce que des dizaines de membres du #lobbyfélin se sont réunis dans un même lieu, ont fait ce qu’ils savaient faire – ronronner, se plaindre, dormir, ronronner en dormant, dormir en ronronnant. Les touristes, taïwanais mais aussi étrangers, affluent par milliers chaque semaine, et les boutiques félines sont encore plus nombreuses que celles consacrées au Chat Noir de Montmartre. (crédit)

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Le principal problème de cette idyllique histoire, en fait, vient encore de l’égoïsme d’individus que j’ai jusqu’à présent appelés « êtres humains ». Certains d’entre eux n’hésitent en effet pas à abandonner leurs propres félins près de Houtong, sous prétexte que les habitants s’en occuperont automatiquement. Les riverains doivent alors stériliser un plus grand nombre de chats, et cet afflux de nouveaux venus augmente le risque de transmission de maladies. En attendant que la vie se passe, en tout cas, les chats de Houtong continuent de faire ce qu’ils savent faire le mieux : les beaux. (crédit)

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Quatrième étape de notre parcours en Europe, et plus précisément à Rome, où un complexe archéologique datant de la glorieuse époque romaine est devenue un véritable sanctuaire félin – j’ai nommé le Largo di Torre Argentina.

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A la base, ce lieu (comme le décrit le lien Wikipedia inclus dans le précédent paragraphe) est une place rectangulaire au cœur de Rome remplie de temples qui ne datent définitivement pas du 20e siècle (le plus ancien, appelé Temple C, est daté du 4e siècle avant J-C). Après 2 000 ans d’histoire, ces lieux remplis de mémoire ont été, progressivement, accaparés par des chats abandonnés, trouvant ici un refuge certes un peu froid (oui, le marbre n’est pas la matière la plus accueillante pour accueillir des coussinets) mais étendu et finalement fort pratique.

C’est sur ces bases qu’a été lancé le Roman Cat Sanctuary en 1994, avec une population aujourd’hui estimée à environ 250 individus. A noter que l’histoire de ce centre, créé à la base par trois courageuses femmes, n’est pas de tout repos : entre les menaces d’expulsion du département d’archéologie local, les lignes de tramway qui empiètent sur leur territoire, la survie même de ce sanctuaire est particulièrement précaire, surtout ces dernières années. Raison de plus pour mettre le focus dessus…

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Cinquième point de notre tour du monde : la Turquie, puisque la ville côtière de Kalkan a elle aussi décidé de passer sous le joug félin pour le plus grand bonheur d’à peu près tout le monde.

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Entre Rhodes et Antalya, Chypre à quelques centaines kilomètres de coups de pagaie, cette localité est le berceau de la Kapsa, pour Kalkan Association for the Protection of Street Animals. Comme son nom l’indique, les chats partagent les bienfaits de la Kapsa avec ces étranges créatures appelées chiens, pas commodes pour un sou dès qu’il s’agit de conquérir le monde mais qui constituent à la fois des « partenaires » réguliers de souffrance et de confortables oreillers :

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Les chats y sont stérilisés (bon) et nourris quand les touristes, une catégorie particulière d’humains, côtoient la localité par de hautes températures : quand ils ne sont pas là, les habitants du coin s’en occupent eux-mêmes.

A retrouver sur Facebook via ce groupe (mieux actualisé que la page associée).

Sixième étape de notre parcours pas bien loin puisque nous allons à Chypre où, comme à Rome, les vestiges du passé ont servi de refuges au présent.

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Grande différence avec ce que je racontais du côté de la capitale italienne : le monastère de Saint-Nicolas, fondé il y a près de 2 000 ans sur la péninsule d’Akrotiri, au sud de Limassol, a en fait toujours été lié aux matous. A l’origine (le monastère aurait été fondé en 327 après J-C), les chats ont surtout servi à faire peur aux serpents venimeux qui traînaient autour du chantier : une idée de Sainte Hélène, la mère de l’empereur Constantin, qui avait en ce lieu sa résidence. (crédit)

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Habitué pendant plusieurs siècles par des moines (le monastère est aujourd’hui entretenu par six religieuses, après plusieurs abandons et restaurations au cours des derniers siècles), les chats étaient convoqués par une première cloche pour venir manger… et par une seconde cloche pour s’en aller à la chasse aux serpents. Le rituel s’est longtemps perduré et vu que les serpents ont effectivement détalé, il n’est pas conseillé de dire du mal des chats sur l’île (et si tu t’avises de le faire ailleurs, tu peux compter sur moi pour te griffer avec mépris).

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Septième étape de notre tour du monde félin à Hawai ou, plus précisément, au Lana’i Animal Rescue Center, sur l’île de Lanai. Ce centre compte environ 600 membres, alors que l’île en soi regroupe un peu plus de 3 000 êtres humains : à noter, pour le « fun », que le PDG d’Oracle Larry Ellison s’est acheté la quasi-intégralité de l’île pour quelque 500 millions de dollars (anecdote amusante à raconter en dîner entre amis pour faire le malin) :

Ce centre, un peu particulier par rapport aux autres lieux de cette sélection, est bel et bien un refuge – mais le genre de refuge sans cage, sans laisse, où les chats font ce qu’ils veulent en attendant, qu’enfin, des humains les prennent sous leur protection pour qu’ils n’aient plus à partager les canapés avec les comparses.

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Avantage du Lanai Center : lorsqu’ils ont besoin de nouveaux coussins pour leurs siestes, les chats du refuge peuvent se servir des enfants qui visitent le lieu. A première vue, il semblerait que tout le monde soit content de ce compromis, et c’est probablement là l’essentiel.

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Ah, on me dit dans l’oreillette que les humains appelés « adultes » constitueraient également d’excellents oreillers. Les chats en prennent note.

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Ces boules de poils (je parle des chats hein) se likent sur Facebook (c’est de là que sont d’ailleurs issues les images) histoire de te donner envie de prévoir tes prochaines vacances dans les îles.

Et, histoire de montrer jusqu’au bout sa soumission au #lobbyfélin (et au capitalisme félin, aussi), vous ne manquerez pas, lors de votre prochain séjour en Malaisie, de passer par le musée du Chat à Kuching. Avant toute chose, il faut savoir que si tu fais du mal à un chat dans ce pays, c’est à peu près équivalent à manger une pizza avec une fourchette dans le centre-ville de Naples, ce n’est certes pas l’énucléation directe qui t’attend mais cela y ressemble, bref ne t’avise pas de mal parler au lobby dans ce pays (et partout ailleurs, d’ailleurs) et range ta fourchette pour manger ta pizza sauf si tu pressens une véritable catastrophe – genre comme là :

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Bien entendu, le capitalisme félin y est roi : plus de 2 000 références sont présentes pour faire miauler ton porte-feuille, du très petit machin bidule au très gros waouh machin truc qui ne rentre pas dans ton salon. (crédit)

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Ça, genre, c’est petit.

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Et ça, pour illustration, c’est moins petit.

Mais c’est loin d’être tout : le musée des Chats de Kuching est aussi un centre de recherche, à la fois sur le passé et sur le présent, revenant pêle-mêle sur l’histoire de ton félin préféré et sur les croyances qui sont faites autour de lui, et la Malaisie n’est clairement pas le pays où il y en a le moins. Bon, après cette longue lecture, partons faire une sieste – mais adaptons-nous à la température extérieure histoire de trouver la position optimale :

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Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.