[ALBUM] Sylvain Chauveau – Kogetsudai

By on octobre 13, 2013



Second volet d’une trilogie minimaliste entamée il y a trois ans avec « Singular Forms (Sometimes Repeated) », « Kogetsudai » puise sa force dans son austérité froide et sa sérénité franchement grisante. Nouveau voyage au Japon, par Sylvain Chauveau.

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« Kogetsudai » (向月台) est traversé, de fond en comble, par un bruit, une ligne mélodique stridente, granuleuse, changeant de tonalité comme on change(ait) une fréquence radio sur un appareil que le 21e siècle a préféré renier – tu sais, ce genre d’appareil où la fréquence de modulation et la modulation d’amplitude n’étaient pas d’obscurs termes techniques mais des réalités riches de potentielles découvertes. Cette ligne, finalement assez indéfinissable, pourrait être la sonorité d’un silex qui, une bonne demi-heure durant, taillerait à même la pierre, arpentant et défonçant les terrains sans cesse. Puis, bugue, s’arrête, parfois, comme sur « Lenta da Neve ». Bref, elle suit la vie, irrégulière, confortable par instants et irritante par d’autres. Et redonne sa majesté au silence, comme il l’admet sans peine :

« Kogetsudai » est la nouvelle étape de mon parcours musical : une déconstruction du format chanson, toujours aux confins du silence.

Le titre du 10e album studio de Sylvain Chauveau (auteur il y a quelques mois du grandiose « Palimpsest » avec Stephan Mathieu) ne laisse guère planer de doute : « Kogetsudai » – volcan de gravier en japonais – est d’abord inspiré par l’Empire du Soleil Levant. Cette méditation inconfortable et réjouissante – et non pas inconfortable mais réjouissante, les mots sont choisis – est un ensemble aux frontières mal définies de six tentatives impressionnistes, austères mais accueillantes, électroniques dans leur quasi-intégralité. Tout en épures, aux notes de piano aussi parcimonieusement disposées que les portions vocales (toujours aussi Sylvianesques et, tiens, enregistrées par Adam Wiltzie – tu sais, Stars of the Lid, A Winged Victory For The Sullen, tout ça), cette composition s’écoute, non pas seulement dans les temples zen qui ont originellement inspiré le Français exilé en Belgique (sans attendre Depardieu pour cela), mais aussi au cœur d’une nuit noire, assis sur un banc ou devant une église, perdu dans une prairie hostile, dans votre chambre ou sur un téléphérique…

Car la force de « Kogetsudai » – moindre que sur « Singular Forms » toutefois – est là : celle de laisser à l’auditeur toute la latitude nécessaire pour que, dans ce voyage sensitif que prépare « Kogetsudai », il puisse y poser les éléments qu’il souhaite, lui redonner sa liberté poétique, le libérer des chaînes et des pré-constructions auxquelles sont habituées nos oreilles. Le tout peut paraître déroutant, surtout pour celles et ceux qui, anesthésiés par les sonorités conventionnelles, n’ont jamais plongé dans une création de Sylvain Chauveau. Si « Kogetsudai » peut constituer pour certain(e)s une porte d’entrée vers son univers multi-facettes, il n’en sera que plus utile dans sa discographie méritoire.

« Kogetsudai » sort le 14 octobre chez Brocoli. Disponible en vinyle, CD et MP3. 16/20.

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About Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager, enseignant-raconteur de blagues et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.
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