[REVIEW] Disclosure – « Settle » (PMR Records)

By on juin 16, 2013



Dans la catégorie des « albums dont tout le monde trouve que c’est cool parce qu’on en a décidé ainsi alors que ça sort d’un peu nulle part », Disclosure a largement surpassé Kavinsky et Woodkid. Jusque dans la médiocrité. Retour sur un massacre en bande organisée.

gwendalperrin.net disclosure settle

J’en ai recraché mon Yop à la vanille, et pas au bon endroit pour que ça devienne sexuel. Il y a quelqu’un, sur cette bonne vieille planète Terre qui fume de plus en plus, qui considère que « Settle » de Disclosure est la fusion nineties du RnB et de la house d’alors. J’ai trouvé ce spécimen . (Et c’est chiant à nettoyer, le Yop.)

J’aurais espéré qu’il fut seul. Pour de bon. Je fus seul, à sa place, dans la position contraire. Pitchfork note ainsi que « Settle » est le meilleur album de dance de l’année, les Inrocks adorent (forcément), Metacritic sort une note totale de 81/100, Pluton est dans la même orbite que la constellation du Corbeau cocaïnomane ET je suis de mauvaise humeur : tous les éléments sont donc réunis pour, qu’une fois, je décide sciemment de faire de la promotion négative sur une bouse infâme, ici, sur gwendalperrin.net, ce site qui balance des cœurs et de la mignoncité musicale plein dans ta gueule.

Mais avant toute chose, balançons la playlist Spotify du machin-bidule (c’est tellement mauvais que j’ose embedder du Spotify et non pas du Grooveshark) :

Alors comme ça Disclosure aurait pondu l’album-fusion ultime entre RnB, vieille house britannique et couscous Garbit. Grosso modo, si l’on en croit les élégiaques – et copies conformes – critiques surplombant déjà ce bébé pas franchement beau, « Settle » réunit en son seul sein dix voire quinze (voire pi + racine carrée de 875) années de dance, de la bass music à la house, puis – tant qu’à faire un prix de gros – jusqu’à la hard trance allemande, l’euro-dance polonaise et le gabber. Heureusement pour ces trois styles précédemment cités, ils ont été épargnés de ce génocide auditif.

« When A Fire Starts To Burn » avait déjà traumatisé nos oreilles pas encore remises du retour conjugué de « Popstars » et de la « Star Academy » en croyant réinventer le garage, pièce que n’aurait d’ailleurs jamais dû quitter cette épique mixture :

Le garage, donc. Genre un peu oublié mais qui, il y a quelques années, sentait encore bon le rôti à la menthe et les radios en « long wave » : après Artful Dodger (qui aura lancé la « carrière » de Craig David) et ses contemporains DJ Luck & MC Neat, ce style était pourtant tombé quelque peu en désuétude – remplacé peu ou prou par l’UK funky, nous obligeant pour compenser à écouter la discographie complète de Jenifer accélérée deux fois.

Pour dire vrai, Disclosure a toujours considéré faire non pas de la musique purement électronique, mais plutôt de la pop : la dernière fois qu’on a essayé de mélanger ces deux sauces avec autant de fracas, ça a donné David Guetta. Et, sincèrement, c’est aussi inécoutable – mais visiblement plus « respectable » et « ressortable » en conversation. (Enfin, pas avec moi, vous l’aurez compris.) C’est, à peu près, la seule chose qui m’évitera de condamner pour de bon ces deux énergumènes au bûcher des vanités : ils ne prétendent pas faire de la musique underground – alors que tout le monde a l’air de le croire, mais ne vous inquiétez pas, ils passeront tout de même sur les antennes de NRJ et même Sud Radio.

Vos oreilles ne saignent pas encore ? Que dire donc de « White Noise » avec AlunaGeorge ?

La paire de Disclosure, 40 années de modestie cumulées à eux deux, comparait récemment son travail avec les Daft Punk – tandis que NME préférait plutôt les relier de manière fort méchante, encore eux, aux papys du garage UK Artful Dodger. Le Daft Punk de l’époque « Random Notes sur des Claviers Mal Fagotés Memories » alors : il y a en commun dans ces deux épopées tant de suffisance stylistique, tant de prétention à faire bouger les foules sourdes, tant de moutonnerie qui se manifeste dans ce concert de louanges tellement dégoulinant qu’il pourrait presque pousser les Chemical Brothers à se tirer une balle dans la tête, tant la réputation de la dance music britannique est désormais salie. D’ailleurs, comme les Daft Machin, Disclosure a voulu jouer à fond la carte de la soul en la passant à la moulinette low cost : quasiment tous les guests sont issus de cette scène, et se noient gracieusement dans cette soupe à l’exception – et encore – de Jamie Woon dans « January ».

Et pourtant. Rien ne ressemble plus à un titre de Disclosure qu’à un autre titre de Disclosure : le potentiel de variation et de prise de risques est pour ainsi dire quasi nul, s’entêtant dans une direction, elle aussi, nulle, avec des lignes de synthés qu’on aimerait exiler sur Uranus et qui, comme n’importe quelle production d’un, genre, Martin Solveig, se loge dans votre lobe d’oreille et harcèle votre marteau sans que vous n’ayez rien demandé. Ne reste plus, pour nettoyer tout ça, que du Greg Haines ou, plus efficace, du Rotterdam Terror Corps en perfusion. Ou alors, soyons plus directs, des gens comme Dusky ou Leon Vynehall, qui savent pondre de la bonne electronica, eux, et qui, pourtant, se font playlister par Disclosure themselves !

Le duo réussit donc l’exploit de pondre une recette calquée, entre autres références hasardeuses, sur Aeroplane voire les Cosmic Kids ou Cut Copy, mais en foutant tellement la merde dans les ingrédients qu’ils réussiraient à faire passer will.i.am pour un génie du drone mélodique. Le seul point positif de « Settle » (j’en ai trouvé un, et puis il faut bien finir par une bonne note, ou au moins une note qui ne sonne pas faux) est qu’il aura permis à deux jeunots de 20 ans de trouver un travail et de gagner de l’argent – même si ce n’est pas honnêtement : heureusement pour eux qu’ils ont privilégié leurs qualités de massacreurs d’enceintes plutôt que celles de graphistes sous ecstas.

About Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager, enseignant-raconteur de blagues et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.
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