[ALBUM] Armin Van Buuren – « Intense »

Cinquième album studio pour le DJ néerlandais Armin Van Buuren, cinq fois couronné « meilleur DJ du monde » selon DJ Mag durant les six dernières années. Que vaut donc « Intense » ? Ecoute et critique.

gwendalperrin.net armin van buuren intense

Sur les six dernières années – grosso modo, depuis que Tiësto a décidé de se lancer dans la prog house -, DJ Mag, la pseudo-référence de la musique électronique (toujours mieux que les Inrocks ceci dit) a décerné sa couronne de « meilleur DJ du monde » à deux garçons : Armin Van Buuren (de 2007 à 2012 sauf 2011) et David Guetta (en 2011 donc). Le jour et la nuit. Le monde de la trance et le monde de la house. Les deux sphères qui ne peuvent tellement pas se blairer que, lorsque cette vidéo est sortie en préambule de la sortie d’ « Intense », le premier monde a songé à un autodafé de discothèques bling-bling à Miami :

(Bon là c’est pas drôle, ils ont viré tous les dislikes mais il y avait un ratio pouces verts/rouges encore pire que pour Rebecca Black)

La sortie de « This Is What It Feels Like », premier extrait de ce 5e album studio d’Armin Van Buuren (après « 76 » (2003), « Shivers » (2005), « Imagine » (2008) et « Mirage » (2010)), a donc fort logiquement provoqué la consternation de toute l’assistance trance avec, au fond, une seule question à la bouche : la sortie de cette infâme bouse pseudo pop-house avec le songwriter canadien Trevor Guthrie était-il le symbole du chant du cygne du mister derrière « A State Of Trance » (23 millions d’auditeurs hebdomadaires du podcast, excusez du peu) ou, comme pour « Mirage », la chanson commerciale pourrie pour attirer le chaland-qui-a-des-goûts-de-chiotte, comme avec « Not Giving Up On Love » – et dans une moindre mesure « Drowning » ?

La chanson-titre de l’album, jouée en compagnie de la violoncelliste Miri Ben-Ari, est plutôt rassurante en guise d’introduction. Mix un peu foutraque de genres (mais assumé), entre trance, classique et alt.rock un peu cheapos, il fait bien son petit effet – et fait même danser le nouveau roi des Pays-Bas t’as vu.

Ensuite vient donc la bouse pop-house sus-nommée (remixée de manière évidemment ratée par W&W qui n’a rien pondu de bon depuis des lustres, sauvée de justesse par l’uplifting de Giuseppe Ottaviani, toujours efficace), puis deux titres vocaux – « Beautiful Life » et « Waiting For The Night » que nous connaissions déjà, notamment reprise par Beat Service – assez dispensables, bien que d’honnête facture. « Pulsar » n’a rien à voir avec le célèbre titre du même nom de Mauro Picotto et poursuit sur la même voie, entre progressive trance et éléments de house un peu Dutchy, un peu boom-boom, bref un peu connasse et pas fondamentalement bandante. « Sound Of The Drums » est un titre vocal de 4 minutes qui commence véritablement à partir de 3, ce qui n’enchante guère votre serviteur. C’est toujours plus écoutable qu’une mixtape de Martin Solveig, mais on n’atteint pas les sommets – et surtout pas l’originalité et la prise de risques de ses débuts. On en serait presque découragé en tirant le même constat pour « Alone » et le très house « Turn This Love Around »…

Pour nous sortir de la léthargie, le « Won’t Let You Go » avec Aruna réveille l’assistance juste à temps avant l’endormissement complet. Voilà une progressive vocal trance pas d’une ambition folle mais déjà plus fluide, avec une vraie intro et une rythmique club qui ne ressemble pas (trop) à du réchauffé. « Last Step Before Heaven » est une production dub dans la droite lignée de ses dernières sorties sous son pseudonyme Gaia, pas au-delà des 132 bpm mais qui créera son petit effet dans une salle bien chauffée à blanc (ou au blanc, c’est selon). (A noter, en guise de bonus-track de l’édition iTunes d’ « Intense », la ressortie de « Humming The Lights » sorti un peu plus tôt cette année). Léger malaise avec « Forever Is Ours » avec la pourtant expérimentée et vénérée Emma Hewitt, à la production faiblarde et aux synthés rapidement rébarbatifs.

Il faut tout le talent d’un Richard Bedford plus habitué jusque là à faire joujou avec Above & Beyond pour remettre « Intense » sur un chemin passable, grâce au très bon « Love Never Came ». Histoire de se finir en « beauté », l’uplifting un peu bourrine du « Who’s Afraid of 138? » n’est certes pas au niveau de celles issues de DJs qui font régulièrement de la 138 pour de vrai – et heureusement, il en reste – mais se tient très bien. (Et heureusement, puisque la conclusion « rock » de « Reprise » est d’une grande inutilité…)

Ce n’est pas que j’attendais un album fou d’Armin Van Buuren, il n’en a jamais produit (même « Shivers » avait pas mal de moments un peu à sec). Mais « Intense », à l’instar de « Mirage », dénote un confinement, commercialement logique mais esthétiquement chiant, dans une progressive house de confort. La plupart de ses productions sera rapidement oubliée (ou sauvées par les remixes, on se rappelle encore de l’excellente et bien fournie livraison de « Mirage: The Remixes ») mais, au moins, évite assez facilement le naufrage intégral – et symboliquement terrifiant pour l’avenir de la trance, qui souffre déjà suffisamment comme cela – qu’aurait pu être « Intense » à l’écoute de ses premières fuites. Mention « peut mieux faire » donc, mais on sait déjà qu’Armin fera mieux ailleurs…

« Intense » sort sur Armada Music ce 3 mai 2013. 13/20.

Tracklist:

  1. Intense (feat. Miri Ben-Ari)
  2. This Is What It Feels Like (feat. Trevor Guthrie)
  3. Beautiful Life (feat. Cindy Alma)
  4. Waiting For The Night (feat. Fiora)
  5. Pulsar
  6. Sound Of The Drums (feat. Laura Jansen)
  7. Alone (feat. Lauren Evans)
  8. Turn This Love Around (vs. NERVO feat. Laura V.)
  9. Won’t Let You Go (feat. Aruna)
  10. In 10 Years From Now
  11. Last Stop Before Heaven
  12. Forever Is Ours (feat. Emma Hewitt)
  13. Love Never Came (feat. Richard Bedford)
  14. Who’s Afraid of 138?!
  15. Reprise
  16. Humming The Lights (iTunes Bonus Track)

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.