[ALBUM] Kavinsky – « Outrun »

By on février 24, 2013



Longtemps attendu, le premier album de « I’m Giving You A NightCall blablabla » est enfin de sortie. Et une fois qu’on a sorti Ryan Gosling de son esprit (même en T-shirt moulant) (même mouillé), on découvre un disque bloqué dans les années 80 et qui, pourtant, n’a absolument pas 30 ans de retard. Car, et pas qu’avec « Outrun », Kavinsky l’a compris : les eighties, ce sera TOUJOURS chic. Ecoute et critique.

gwendalperrin.net kavinsky outrunSur le papier, quand un album a pour dénomination le nom d’un jeu vidéo avec rien que des bagnoles datant de 1986, votre bien dévoué rédacteur prend peur. Les voitures, il n’aime pas. Genre, du tout. Il n’a pas le permis et vomit dès qu’on le met au volant. Bah oui, tant qu’à être un blog, autant que, PARFOIS, je parle de moi par ici. Avec, en plus, un titre de chanson qui se nomme « Testarossa Autodrive » (!) (oui, dans « OutRun », le but du jeu est d’impressionner la personne de sexe féminin assise dans ton baquet, à côté de toi, dans ta Testarossa Autodrive, oui, ça fait cliché, vraiment) et un autre, « Odd Look », qui a servi pour une publicité BMW, la seule chose qui pourrait te rassurer en t’enfilant cette galette est l’éventuelle perspective de te retrouver, à la fin des treize titres qui la composent, propulsé dans les bras d’un Ryan Gosling en forme – parce que pas en forme, désolé, mais tout le monde s’en fout en fait.

Sur le papier, Kavinsky a tout me faire peur. Ou fuir, c’est selon. Il parle de bagnoles depuis bien plus longtemps que Nicholas Winding Refn (genre, son premier EP « Teddy Boy » en 2006 avait déjà ce même genre d’atmosphère cinématographico-automobile). « Je considère que la meilleure façon d’écouter de la musique, c’est en bagnole, parce qu’il y a cet espace calfeutré dans lequel tu t’installes. Juste prendre le volant d’une main, fumer une clope de l’autre, faire défiler la zique et rouler tout droit » a-t-il déclamé en interview. Bref, là, on est déjà en désaccord complet, et pourtant je vais m’infliger cet album parce que, d’une, je suis un peu maso, de deux, parce que c’est aussi pour ça que j’écris ce papier, de trois, parce qu’on va faire plaisir à papa et qu’on va arrêter de s’en tenir à des clichés débiles de l’époque tuning (parce que, oui, avant, quand tu liais automobile et musique, c’était soit pour sortir « Stopp & Go » de DJ Mirko Milano soit pour te faire plaisir sur des parkings pourris ou avec des filles dénudées comme chez Scooter). En voiture Simone.

Le héros de « OutRun » commence son aventure par se faire renverser en voiture, faut le dire, c’est un peu dommage. Ca valait le coup de pondre un « Prélude » avec des bruits d’orage partout, brrrrrrrrrrr, puis la tempête, un « Blizzard » tout silencieux où tu as (plus que) l’impression que Vincent Belorgey (parce que, non, Kavinsky n’est absolument pas son nom de famille) s’auto-caricature un chouia.

Bon, « ProtoVision », on en avait parlé, ça faisait vraiment cliché « récupération » aussi, efficace mais déjà vu et entendu même chez tes voisins au fin fond de l’Indre-et-Loire. Mais vraiment pas dégueulasse si on ne garde le son (de toute façon le mister dans le clip est dix mille fois plus laid que Ryan Gosling, ça n’a genre aucun intérêt).

« Odd Look » aurait été nickel chrome en musique eighties-revival si tu enlevais la ligne de synthé space en trop (OK, elle apparaît au bout de la 3e mesure mais pour moi elle est importante), sans quoi la mélodie aurait vraiment pu ressembler à un titre ultra-salace à la Hot Chip. Mais avec le coup de « Je te fous dans l’espace avec cette fameuse ligne de synthé space qui pourrait tout à fait être utilisée par Skrillex » qui fait, en soi, un peu le genre de Kavinsky depuis que tout le monde le connaît, désolé, mais cette ligne, je la trouve toujours en trop et ça fait moins sexe. Résultat, avec ce synthé au son un peu dégueu (mais volontairement, au moins, c’est assumé), ça fait effectivement plus musique de pub BMW que mélodie sur laquelle rouler des galoches à ton compagnon du soir. Oui, le rythme, lent et chaloupé, fait effectivement penser à Hot Chip. Genre, si tu as bien révisé ton « Flutes » illustré par coeur, tu remarqueras qu’il y a pas mal d’heureuses similitudes.

« Rampage », long de ses moins de trois minutes, fait plus figure d’interlude qu’autre chose, mais garde bien la ligne directrice en tête : après avoir traversé des longues routes au volant de ton bolide, les cassettes de tuning balancées à la gueule d’un flic récalcitrant, avec « Rampage », tu galères surtout à sortir d’un carrefour compliqué. Mais il faut penser à ce genre de moments, aussi.

On en a parlé, des années 80 ? Bon, parce que ces synthés, là, on y replonge. New Order et Orchestral Manoeuvres In The Dark ont l’air de renaître (ne vous arrêtez pas sur leurs dernières prods, siouplé). Bon, ceci étant, Kavinsky n’est pas le seul à l’avoir pigé : rappelez-vous Minitel Rose – qui, certes, s’est un peu grillé avec son premier album un peu chiant de 2010 – College (tiens, encore « Drive ») ou Anoraak, bref, tout ce qui a trait avec le collectif Valerie (non, pas Valerie Dore, quoique). Bref, on disait ? Les années 80, c’est chic. Et j’espère que ça le restera.

Le rap de Havoc ne sert pas à grand chose sur « Suburbia » mais j’avoue, je n’ai jamais succombé à la moindre sirène des rappeurs et autres MCs. Musicalement, ça ne change pas des masses de ce qu’on a entendu jusqu’à présent. Un peu moins efficace, mélodiquement, je trouve.

Ah, « Testarossa Autodrive » augmente un peu les BPM, ce qui ne peut que plaire à votre serviteur dévoué. Les avalanches de synthés qui dégoulinent, aussi, j’aime bien. Sega, c’est bien, ah mince, c’est Seb, mais c’est plus fort que toi, hein Arnaud, hein Oprah. Le héros de « OutRun » porte toujours ses Wayfarer (d’ailleurs, cet autre titre un peu accéléré ne figure pas dans « OutRun », au contraire de « I’m Giving You A NightCall blablabla ») et doit être en train de se trémousser tranquilou sur le siège conducteur de sa Testarossa et, franchement, on peut le comprendre. C’est un peu simplet sur le papier (et répétitif aussi), mais c’est diablement efficace.

Bon, ensuite, « NightCall », je crois que tu connais.

Ce que je pense de « NightCall », donc : ah oui, là, on s’en fout vraiment parce que tout le monde s’est déjà fait un avis dessus, mais on ne sait jamais, peut-être vais-je t’apprendre quelque chose en te disant que Sébastien Tellier a fait les choeurs, qu’il y a du Daft Punk et du CSS dessous, ah non tu sais déjà ? Donc je vais poster une photo à la fois amusante et alléchante histoire D’ATTIRER LE LECTEUR et de le CAPTIVER avec des ÉLÉMENTS VISUELS FORTS :

gwendalperrin.net ryan gosling cat 1

« Deadcruiser » est la 9e piste de l’album. La redite commence sérieusement à se faire sentir. Pareil avec « Grand Canyon ». « First Blood » introduit de nouveaux éléments vocaux, mais le reste des ingrédients est scrupuleusement identique. Je m’ennuie un peu.

gwendalperrin.net ryan gosling cat 2

Alors que tu es presque rendu à la fin, tu te rends compte que « Roadpage » a servi de musique pour le jeu vidéo « Hitman Absolution », ça ne te rassure pas des masses mais ce n’est pas une histoire basée sur des voitures donc ça va un peu mieux. Le titre est un petit peu plus rapide que les précédents, avec une progression mélodique plus intéressante.

Malheureusement, la conclusion « Endless » est aussi très cliché. Toujours les synthés eighties, oui, toujours l’influence automobile, c’est évident, et puisque c’est une outro, forcément, au lieu de faire de l’electro-house tu fais du breakbeat finement contrôlé, mais sinon, effectivement, ça reste très synthétique, non pas dans le sens de synthétiseur mais plutôt de superficiel, genre je fais le résumé de ce que j’ai pondu jusque là dans une conclusion un peu cinématographique (aussi) mais sans surprise. Et puis le « There’s no turning back » final fait vraiment, genre, « rendez-vous au prochain épisode », mouais x3.

Bref, « OutRun » est un bolide balancé sur une ligne droite, qui ne loupe pas les deux-trois virages relous qu’il avait à affronter et poursuit sa route sans sortie de piste.

« OutRun » de Kavinsky sort le 25 février chez Record Makers/Universal. 14/20 (j’aurais pu mettre 13 tellement l’album n’est pas surprenant mais Kavinsky est suffisamment cash et déborde assez souvent de son sujet en interview – genre, pour une fois, lisez « Technikart », mais genre pour une fois – qu’il a, sur le principe, toute ma sympathie).

About Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager, enseignant-raconteur de blagues et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.
%d blogueurs aiment cette page :
Visit Us On TwitterVisit Us On FacebookVisit Us On Google PlusVisit Us On PinterestVisit Us On YoutubeVisit Us On LinkedinCheck Our Feed