[ALBUM] Yo La Tengo – « Fade »

Le plus vieux couple de l’indie rock – avec le moribond Sonic Youth – sort son 13e album, « Fade », qui confortera tout le monde : ceux qui adorent ce groupe et y retrouveront leur compte, et puis les autres qui n’y ont jamais trouvé d’intérêt.

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Il existe des pseudo-mystères qui dépassent l’entendement, même celui de faibles esprits blasés comme le mien : Yo La Tengo en fait partie. Comprenez : ce groupe de Hoboken, New Jersey, a beau être plus vieux que moi de trois ans, il a beau avoir une solide communauté de fans, un nom bizarre qui devrait me plaire (car, oui, j’aime les choses bizarres, en y réfléchissant), des couvertures d’albums que je trouve souvent plutôt intéressantes et une réputation « indépendante » (vu que le faible esprit blasé ET putassier que je suis a toujours eu du mal à saisir l’essence du « mainstream ») qui devrait me contenter, malgré tout cela, je n’ai jamais compris l’intérêt musical de ce groupe. J’ai essayé, pourtant, plusieurs fois. Insisté, parfois par masochisme, comme avec de rares autres musiciens. Tenté avec ce dernier « Fade », décrit par le « Monde » comme étant « l’un des albums les plus aboutis et les plus accessibles » du groupe, noté 8/10 par Drowned in Sound, noté 8,1/10 par Pitchfork (quoique là, ça ne me rassure pas outre-mesure), de m’y faire. Une nouvelle fois. Et, une nouvelle fois, j’ai échoué.

Les sonorités de « Fade » rentrent par une oreille, sortent par l’autre et ne laissent pas la moindre trace entre les deux. C’est très gênant : même la BBC l’a encensé, me dis-je en écrivant ce papier. Rétrospective rapide des précédents albums : « Fade », bien que majoritairement rock, confirme la légère tendance pop qu’a pris le groupe américain depuis une petite dizaine d’années désormais, saupoudré d’accents folk pas forcément déplaisants. Sauf que voilà, une fois sentie cette tendance, à laquelle on peut rajouter quelques grains de country, je n’arrive toujours pas à imaginer ce qui, spécifiquement, fait de « Fade » l’album « abouti » et « accessible » que le « Monde » m’a promis. Je cherche l’émotion. Le dépaysement. Je n’ai toujours pas « le » truc et oui, cette phrase est un jeu de mot un peu minable que tu as pigé même si tu as fait espagnol 5e langue à la fac.

L’impression qu’il me laisse, au fil des écoutes, est malheureusement la même que lors des précédentes tentatives : l’évolution musicale du groupe est millimétrée, particulièrement calculée, au « potentiel surprise » entre le nul et le néant. Tout ce que j’ai pu en lire – et quasiment qu’en bien, en fait – rappelle cette forte continuité dans ce faible changement. Les fans seront ravis. Les autres resteront à la porte. C’était peut-être le but.

Il est bien rare que j’évoque des albums que je n’ai pas aimé. D’ailleurs, « Fade » ne m’est pas paru insupportable comme pourrait l’être une production banale (ou même travaillée d’ailleurs) de Shy’m ou tout autre machin à plus de 200 000 singles vendus par an malgré la crise du disque. Sauf que, voilà, ni bon ni mauvais, « Fade » est, comme son nom l’indique, fade. Mais que pour votre serviteur. Mais j’aurai au moins essayé. Une nouvelle fois.

« Fade » de Yo La Tengo est disponible depuis le 15 janvier chez Matador Records. 11/20.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.