[TOP ALBUM 2012] 01 – The Cinematic Orchestra – « In Motion #1 »

Suite et fin de mon classement des vingt meilleurs albums de l’année 2012, cet espèce de calendrier de l’Avent sonore garanti sans conservateurs (enfin, sans faute de goût et sans accent dubstep).

gwendalperrin.net The Cinematic Orchestra In Motion #1

 

Ce serait intellectuellement commode de dire que j’ai hésité avant d’en arriver là, à récompenser cette oeuvre, cette composition hybride et éclatante, que j’aurais pu choisir quelque chose d’autre à placer à ce sommet, mais la vérité est ailleurs : dès ma première écoute intégrale de cet album de The Cinematic Orchestra, je savais qu’en cette nuit du 20 au 21 décembre, les médias affolés par la fin du monde, attirés par les lucioles de l’actualité tel le bug de l’an 2000 qui n’a cramé que les cerveaux de quelques-uns, j’écrirai ces lignes, cette musique dans les oreilles, les yeux fatigués par l’ininterrompue lecture sur ordinateur débutée bien tôt dans la matinée, l’esprit dans des nuages noirs de mauvaise augure.

Ce serait émotionnellement commode de faire croire qu’aucune émotion particulière ne m’étreint alors que je dois en être à la 105e écoute de ces sept chansons sorties d’outre-tombe pour parvenir, enfin, à émerger sur la terre des vivants, embarquer les humains égarés dans un voyage troposphérique et bêtifiant, le cerveau vidé de toute inhibition restrictive, le coeur parti en vadrouille, l’apocalypse attendue partie se réfugier dans les oubliettes des nouvelles dont on n’a déjà plus rien à battre tellement elles paraissent inutiles devant un tel monceau d’éternité.

Ce serait profondément commode de ne voir dans « Necrology » qu’une élégante analogie sonore sur un avis d’obsèques dans un quotidien, dans « Lapis » qu’une complainte volcanique et violonneuse (et, au passage, pourquoi Austin Peralta qui a composé ce titre a rejoint l’autre monde à seulement 21 ans ? Pourquoi ?), dans « Outer Space » qu’une métaphore spatiale des sensations que provoque cette fausse bande originale, dans « Dream Work » qu’un voyage hallucinogène dans le plus profond de nos subconscients blessés, dans « Entr’acte » qu’une évasion dans un univers hostile et saupoudré de nuages de volupté céleste, dans « Regen » qu’une suite de riffs de guitare de Grey Reverend et dans « Manhatta » que la représentation musicale d’un moyen-métrage de René Char plongé dans l’immensité de l’histoire.

Ce serait possiblement commode de ne voir dans « In Motion #1 » qu’un exercice de style valant à peine un 6/10 dans Pitchfork, quelque peu suranné car incapable de choisir entre le son et l’image, mais ce serait évidemment sacrilège d’y croire sincèrement tant, au fond, la musique est une porte d’entrée vers un univers multifacettes, tortueux et torturé, tapissé de sentiments, de souvenirs et d’espérances et tant, au final, l’ensemble de ces sept pistes constitue une synthèse inespérée de ce que cet art représente de mieux : une échappée qu’on espèrerait éternelle de ce monde souvent cruel, de ces informations souvent négatives, de ces pensées quotidiennes souvent vaines, les yeux rivés sur le bitume, nos pieds, la terre mouillée, bref, le sol, alors qu’en haut, juste en soulevant les pupilles, il est si facile de se rendre compte de la futilité de tout le reste, de nous-mêmes, de ce qui nous entoure, alors qu’en haut, se situent les croyances, fulgurances, rêves et démences qui, chaque jour faisant, nous amènent à savoir que le lendemain sera meilleur.

#02 : Greg Haines – « Digressions »

#03 : Grizzly Bear – « Shields »

#04 : Sophie Hutchings – « Night Sky »

#05 : Jóhann Jóhannsson – « Copenhagen Dreams (OST) »

#06 : Hot Chip – « In Our Heads »

#07 : Olan Mill – « Paths »

#08 : Max Richter – « The Four Seasons »

#09 : Dustin O’Halloran, Hauschka & Jóhann Jóhannsson – « Transcendentalism EP »

#10 : Sylvain Chauveau & Stephan Mathieu – « Palimpsest »

#11 : Valgeir Sigurðsson – « Architecture Of Loss »

#12 : Orcas – « Orcas »

#13 : Kite Hill – « Rest & Run »

#14 : Sigur Rós – « Valtari »

#15 : Maxence Cyrin – « The Fantasist »

#16 : Olan Mill – « Home »

#17 : Sharon Van Etten – « Tramp »

#18 : Vitalic – « Rave Age »

#19 : Greg Haines – « Moments Eluding (Solo Piano 3) »

#20 : Balmorhea – « Stranger »

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.