[TOP ALBUM 2012] 02 – Greg Haines – « Digressions »

Suite de mon classement des vingt meilleurs albums de l’année 2012, cet espèce de calendrier de l’Avent sonore garanti sans conservateurs (enfin, sans faute de goût et sans accent dubstep).

gwendalperrin.net Greg Haines Digressions

Il existe de ces injustices que la raison ne devrait même plus pouvoir entendre : le fait que Greg Haines n’ait pas encore acquis une solide réputation internationale en constitue une particulièrement terrible. Le compositeur britannique, parti – comme tous les autres – diffuser son talent à Berlin, n’est pourtant pas le dernier venu sur la scène néo-classique, en témoigne notamment son « Until The Point of Hushed Support » (2010). Avec le 3e volet des « Solo Piano (Moments Eluding) » mais, surtout, ce majestueux « Digressions », le monde n’a plus d’excuse pour passer à côté.

« Slumber Tides » en 2006, mais surtout son successeur « Until The Point of Hushed Support » quatre ans plus tard avaient permis de se faire progressivement aux facéties de ce compositeur facétieux, injustement sous-médiatisé là-même où, fort discrètement certes, ses comparses Peter Broderick et Nils Frahm parvenaient à décrocher quelques bribes d’intérêt médiatique (en dehors, fort naturellement, des 154 articles et 3 158 tweets que je leur ai consacrés, aussi importants et influents pour le développement de leur carrière qu’une statue de Napoléon en pâte à modeler sur Tristan da Cunha). Avec « Digressions », Greg Haines ajoute un élément supplémentaire pour lui permettre de toucher à une partie de ce Graal que toute cette école néo-classique mérite : un sens de la mesure non restrictif.

Là où « Until The Point of Hushed Support » divaguait sur des pistes aventureuses et embourbées – donc, pour moi, forcément superbes – « Digressions » se dote d’une certaine part, certains l’appelleront de conservatisme, je lui préfèrerai le terme de majesté calculée (avec l’aide de ses comparses Frahm, O’Halloran et Broderick dans la composition). Les mélodies de ce nouvel opus peuvent, pour les puristes pur jus, paraître un cran en-dessous, l’atmosphère un peu plus cosy que sur son précédent essai. Ce n’est pas un mauvais constat. Mais il se limite à la barrière de deux monstruosités musicales aux allures d’éternité : « 183 Times », tout d’abord, est une vallée de pleurs hallucinés tellement magistrale qu’elle en paraît inhumaine. « Nuestro Pueblo », aussi, est une démonstration d’ambient classical d’un quart d’heure qui ressemble à un vol plané sans atterrissage, un exercice contemplatif torturé au possible et qui peut se parer d’une certaine universalité : qui, sur Terre, peut ne pas succomber à cette initiation à l’éternité ?

#01 : The Cinematic Orchestra – « In Motion #1″

#02 : Greg Haines – « Digressions »

#03 : Grizzly Bear – « Shields »

#04 : Sophie Hutchings – « Night Sky »

#05 : Jóhann Jóhannsson – « Copenhagen Dreams (OST) »

#06 : Hot Chip – « In Our Heads »

#07 : Olan Mill – « Paths »

#08 : Max Richter – « The Four Seasons »

#09 : Dustin O’Halloran, Hauschka & Jóhann Jóhannsson – « Transcendentalism EP »

#10 : Sylvain Chauveau & Stephan Mathieu – « Palimpsest »

#11 : Valgeir Sigurðsson – « Architecture Of Loss »

#12 : Orcas – « Orcas »

#13 : Kite Hill – « Rest & Run »

#14 : Sigur Rós – « Valtari »

#15 : Maxence Cyrin – « The Fantasist »

#16 : Olan Mill – « Home »

#17 : Sharon Van Etten – « Tramp »

#18 : Vitalic – « Rave Age »

#19 : Greg Haines – « Moments Eluding (Solo Piano 3) »

#20 : Balmorhea – « Stranger »

 

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.