[ALBUM] Valgeir Sigurðsson – « Architecture of Loss »

Troisième opus sorti de l’imagination du compositeur islandais Valgeir Sigurðsson, après « Ekvílibríum » en 2007 et « Draumalandið » en 2010. Un voyage aussi sidérant qu’intersidéral au coeur d’âmes décharnées et d’atmosphères désenchantées.

Feist, Ben Frost, Björk, The Magic Numbers : ils sont tous passés dans les mains du producteur Valgeir Sigurðsson. Par contre, pour ce qui est du compositeur, l’Islandais s’est longtemps fait discret et n’a, jusque là, sorti que deux véritables albums – dont une bande-originale de documentaire, « Draumalandið ». « Architecture of Loss », son troisième effort, se place dans une approche hybride entre néo-classique (à l’instar de ses illustres confrères Johann Johannsson et Olafur Arnalds) et electronica froide, tenant ici plutôt du côté d’un Daniel Bjarnason. Bref, du pur jus islandais.

L’introduction homérique, « Guard Down », est le parfait démarrage d’une chorégraphie sonore torturée à juste mesure, entre torrents de cordes désaccordés, ambient délicate et drone. Une démonstration néo-classique expérimentale qui se confirme dans le même mouvement avec « The Crumbling », qui atteint aussi un très haut niveau et donc, naturellement, place les attentes de l’auditeur très haut. « World Without Ground », loin de l’autoroute ambient que pourrait laisser présager ce titre, explore (exploite ?) jusqu’à l’extrême une simple ligne mélodique en mi/sol, parcellée de touches électroniques plutôt audacieuses. « Plainsong », aussi, est une conjonction étonnante entre une ligne de violon aux accents baroques et une atmosphère apocalyptico-futuriste.

Mais où se situent alors les mauvais points de cet album ? Il y en a, pourtant. La principale faiblesse de cette démonstration est, paradoxalement, que l’auditeur se questionne par moments sur la destination de ce raisonnement musical. La séquence « Erased Duet »/ »Reverse Erased », par exemple, paraît surnager dans un vide substantiel, certes stylé mais finalement un peu vain. L’atmosphérique « Between Monuments », de son côté, est lui aussi paradoxal : aussi sublime que linéaire, il fascinera les amoureux de geysers mais fera bailler les quêteurs de sens (je suis dans la première catégorie mais je suis aussi un peu très spécial).

Une chose est au moins assurée : « Architecture of Loss » fait partie de cette classe rare d’oeuvres artistiques qui, non seulement émeuvent ou indiffèrent avec une puissance insoupçonnée, mais surtout voit sa pluralité de messages et d’atmosphères complexes se mixer avec une cohérence impressionnante, au milieu d’un maëlstrom hybride dans lequel se confèrent la musique classique, les glaciers, l’electronica dépressive et la quête stylistique. Preuve en est de la brillante et élégiaque critique (et surtout un peu plus longue que la mienne, mais pas tant que ça) de mon confrère Orlando Fernandes, et ça se lit ICI.

(Et si vous voulez streamer l’intégralité de l’album, c’est LA et aussi un peu LA)

L’album est dans les backs depuis le 24 septembre, chez Bedroom Community. 16/20.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.