Les « fake accounts » sur Twitter, en fait, ça ne casse pas une brique (ce titre est un jeu de mots, si si)

La récente polémique sur les faux followers (plus facile à écrire qu’à dire sans rire) du candidat républicain à la présidentielle américaine Mitt Romney a permis de faire émerger une problématique courante pour les utilisateurs de Twitter : que penser de ces faux comptes qui nous suivent, nous anonymes ou pseudo-influents, ou alors les « vrais » influents ? Pour essayer de tirer au clair cette question, j’ai fait joujou avec les chiffres, Excel, les courbes de régression et FakersPeople. BREF CE PAPIER EST PASSIONNANT.

Mitt Romney et Barack Obama face au digital : l’incompétent face à l’influent ? A regarder leurs comptes sociaux, il n’y a pas photo : le président américain sortant culmine avec plus de 18 millions de followers sur Twitter alors que Romney n’a pas dépassé le million. Sur Facebook, ce n’est pas mieux : près de 28 millions de fans d’un côté (https://www.facebook.com/barackobama) et moins de 5 millions pour l’autre (https://www.facebook.com/mittromney).

Et cela ne s’est pas arrangé pour le Républicain, accusé d’avoir bombardé son compte de faux followers le 21 juillet dernier. L’accusation est évidente, il suffit de jeter un coup d’oeil à un outil comme TwitterCounter pour piger qu’effectivement, il y a eu comme un petit problème.

Pourtant, Mitt Romney aurait tout à fait pu s’éviter cette polémique stérile. Pourquoi cela ? Tout simplement en comparant ces deux images suivantes :

Vous avez bien lu mes boloulous, Barack Obama a nettement plus de « fake+inactive accounts » que Mitt Romney, malgré ce récent coup de pouce !

Le constat peut paraître surprenant au premier coup d’oeil, tellement étonnant que même des journaux new-yorkais se sont questionnés sur le pourquoi du comment de cela.

Moi aussi, cela m’a questionné. Puis donné envie d’approfondir la chose – et ce d’autant plus que Business Insider est allé voir du côté des comptes des stars pour voir ce qui s’en suivait sur ce point.

Avant de me faire mousser, je précise que l’idée de ce papier a émergé dans mon brillant cerveau éclairé avant que Business Insider en ait eu l’idée, j’en veux pour preuve la date de mes captures d’écran de calculs des fake accounts que j’ai réalisée pour, allez, je vous le dit en mille, près d’une centaine de comptes bien particuliers. Car oui, j’ai poussé la logique de ce #WTF très loin.

J’ai donc analysé très précisément 95 comptes, dans les champs du people, de la politique et des média, un truc fascinant t’as vu que tout il est intégré dans le tableau Excel que tu vois embeddé juste en-dessous de ce texte interminable.


Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? Grosso modo, trois types de comptes. 37 comptes de média francophones en jaune (j’ai essayé d’avoir un large panel), 36 de « stars » à la fois internationales genre Lady GaGa et nationales genre Matt Pokora en vert (ceci étant j’ai poussé le #WTF en y intégrant jusqu’à Emery Doligé et Cyrille de Lasteyrie, toujours histoire d’élargir les panels, toussa) et 25 de comptes politiques en rouge, partis, personnalités et présidentiables.

Pour chacun de ces comptes, j’ai donc checké le nombre de followers et, grâce à ce magnifique site qu’est fakers.statuspeople.com, checké le pourcentage de « vrais », « inactifs » et « fake » followers, classé en rang et fait des soustractions. Le « rang » est celui attaché à chaque compte par rapport aux 95 étudiés en fonction du nombre de followers (Politis, qui compte le plus faible nombre de followers de mon échantillon, a ainsi un rang de 95 ; M6 de 59 avec ses quelque 84 000 suiveurs, etc.), le « nombre de followers réel » est comme son nom l’indique le nombre de followers affiché divisé par le pourcentage de « vrais » comptes identifiés par fakers.statuspeople.com, le « rang réel » c’est comme le « rang » mais avec le « nombre de followers réel » et la « diff rang » fait donc la différence entre ces deux rangs. Ah oui et j’ai oublié d’ajouter que l’intégralité de ces données a été compilé le 16 août au soir heure française – tout comme les captures d’écran correspondantes. Voilà, je crois que j’ai fini mon premier point méthodologie et je n’en suis pas peu fier.

Qu’est-ce qu’on peut tirer de tous ces chiffres ? Tout d’abord, que les fakeurs ne sont pas forcément ceux qu’on croit. Quelle ne fut pas ma surprise de voir, avec la meilleure « diff rang », ni plus ni moins que Zelko, l’un des deux jumeaux « maléfiques » de Secret Story 5e édition ! Son bestah Zarko est lui aussi très bien classé, au même titre que d’autres pseudo-célébrités genre Matthieu Delormeau. Emery Doligé lui-même – pourtant incriminé dans une affaire dont on s’en fout un peu de faux comptes avec une agence, il y a genre six mois *si toi, gentil lecteur, tu me retrouves un lien là-dessus, tu auras ma gratitude éternelle et un pin’s parlant Thierry Roland* – a aussi une différence franchement positive.

Au contraire, plusieurs média se retrouvent dans le rouge, le vrai (celui qui tape dans mon Excel embeddé t’as vu) : Europe 1 se prend un -16  avec seulement 23% de « vrais » followers, mais ce n’est guère mieux pour l’ensemble des chaînes de TV hertziennes (à l’exception notable de TF1), les radios publiques et, plus épisodiques, Marine Le Pen et Benoît Hamon.

Au milieu de tout ça, des « stars » comme Mixbeat ou Matt Pokora, qu’on pourrait supputer dans une première lecture être (aussi) des appeaux à fakes, se retrouvent dans la plus parfaite normalité. Au même titre que Barack Obama et Mitt Romney, dont les pourcentages de fakes sont finalement en rapport avec leur nombre de followers.

Car c’est justement ce point que les articles de Business Insider ou encore du New York Daily Post oublient : ce n’est pas étonnant, mais plus un compte est suivi, plus il est suivi par des fakes. Il suffit d’un graphique avec une jolie courbe de régression dont tu me donneras des nouvelles.

De ce graphique fort audacieux, tu noteras en particulier un point très très positif, puisque suivi par près de 80% de « vrais » comptes avec plus de 440 000 abonnés. KI C MDR ? C’est celui qui va démontrer en un instant qu’il faut manier les statistiques avec précaution : il s’agit de Jean-Luc Raymond, spécialiste du « mass following » et dont on imagine aisément les yeux à force de lire les tweets de ses près de 300 000 (!) followings.

Illustration : ce chat a lu la TL de @JeanLucR l’espace de 4 dixièmes de seconde. Et puis les chats c’est gentil, aussi (c’est bien de le rappeler)

Mais sinon, comme vous le voyez, les points correspondant à mes données ne s’éloignent qu’assez peu de la courbe de régression ici calculée en mode exponentiel, c’est vraiment fascinant. Et, pour rassurer les ayatollahs des statistiques, pour prouver une nouvelle fois que cette tendance statistique est visible mais pas franchement extraordinaire, vous serez ravis d’apprendre que le coefficient de corrélation de Bravais-Pearson (à tes souhaits) de cette série est de -0.42. Pas mal, mais pas top, DONC.

Donc oui, quand tu es suivi par 18 millions de personnes comme Barack Obama, c’est NORMAL que tu aies plus de « fake accounts » que quand tu t’appelles Mitt Romney et que tu ne dépasses pas le million de followers. Et c’est ce qui rend la démarche d’achats de faux comptes de son équipe tout à fait inutile : les fakes viendront tout seul à lui s’il sait développer INTELLIGEMMENT sa base de « vrais » followers. Par contre, en termes d’image, Mitt a forcément eu tout faux.

Détaillons un peu plus l’analyse en s’intéressant désormais aux seuls média francophones. Le constat de base établi précédemment se vérifie également en se limitant à cette catégorie, sauf que là tu vois, bah le plus pertinent c’était d’avoir une courbe de régression logarithmique et pas exponentielle, voilà. On constate aisément les deux « pics » vers le bas que sont France 3 et M6, clairement bien mangés par les fakes. Par contre, pas de « vrais pics » par le haut, mais plutôt un ensemble de média qui suit une tendance assez claire et a fortioti transparente : pas plus de « fakes » que la « normale » pour eux. Sauf, donc, les chaînes de télé qu’on n’aurait pas forcément imaginé particulièrement aptes à les attirer (ou les chercher ? Esprit @foutlamerde). Le coefficient de corrélation de Bravais-Pearson est lui plus significatif que pour l’ensemble : avec -0.633, on peut décemment dire que cette relation se vérifie fort convenablement.

Côté people, en dehors de l' »accident » @JeanLucR, une courbe de régression exponentielle permet de voir une certaine uniformité. Pas mal de fakes toutefois à noter chez Patrick Sébastien (qui pourtant a lui aussi longtemps pratiqué le « mass following »), Mixbeat et Laurent Delahousse. C’est ainsi, mes amis. Le coefficient de corrélation de Bravais-Pearson est encore plus fort, avec -0.67.

Pour les politiques enfin, comme il est facile d’observer avec la « série » d' »accidents » statistiques sur la fin de la série, la relation paraît moins forte, avec Mitt Romney qui compte étonnament près de 50% de « vrais » comptes et les « accidents » positifs des deux colistiers que sont Joe Biden et Paul Ryan. Bingo : le coefficient de corrélation de Bravais-Pearson n’est que de -0,23 pour les politiques, ce qui est déjà nettement moins parlant que pour les deux autres séries.

Et ce qui infirme donc (partiellement) l’histoire qui sert de fil rouge à ce papier : la relation entre grosseur des comptes Twitter et pourrissage par les « fakes » se vérifie bien en général (et ce qui rendrait donc la démarche de l’équipe de Romney un peu stupide, voire plus haut)… sauf en politique, où officie justement Mitt Romney. Et ce qui rend sa démarche, en fait, seulement ridicule en termes d’image uniquement et pas en termes de stratégie digitale pour couronner le tout.

Voilà mes amis, ce papier était fort passionnant comme promis dans le chapô, et je le complèterai par cette infographie de @BarracudaLabs sur l’économie parallèle de ces faux comptes.

faux comptes Twitter

Nous préciserons aussi en guise de coda que d’une, les fakeurs évidents, ON VOUS REPERE FASTOCHE A VUE DE NEZ, et de deux, les bots ne sont pas éternels :

Te reconnaîtras-tu ?

Autre chose : acheter des followers est un péché. Ce n’est pas (que) moi qui le dit.

Sinon, si tu n’as pas compris le titre de ce papier, je suis obligé de te donner une petite leçon d’italo-disco que ne renierait pas @VinceAkaDiego, genre.

Et pour finir sur une note un peu drôlasse, puisque ce papier est parti de Mitt Romney, clique sur CE LIEN que m’a ressorti Tristan Mendès-France sur Twitter (@egoflux) et qui m’a à la fois fait rire et rappelé de nombreux souvenirs d’enquête que seuls les vrais savent. Oui, je finis cet article interminable sur une private joke et je n’en ai même pas honte en plus, c’est consternant

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.