[ALBUM] Bloc Party – « Four ». The Last Time?

Finira, finira pas ? Le suspense est insoutenable, tellement prenant que même ce petit chat mignon n’arrive pas à dormir parce qu’il y pense constamment. « Four » sera-t-il le dernier effort de Bloc Party ?

Soyons francs (c’est mieux, pour commencer).

Il y a encore peu de temps, on ne croyait même pas à l’éventualité d’avoir un successeur à « Intimacy » : Kele Okereke, le frontman, s’était lancé en solo avec « The Boxer », faisait de la dance potache et potable avec « Tenderoni » et se fourvoyait avec Tiësto dans son massacre partiel « Kaleidoscope ». Qu’il y ait un quatrième album dans la carrière de Bloc Party n’était donc pas une évidence.

Pourtant. « Four ». Comme quatre. Albums de Bloc Party, oui, mais quatre membres du groupe également : s’arrêter à trois aurait paru, aux yeux de l’histoire de l’indie rock, être une incomplétude. (De là à dire que Bloc Party restera dans l’histoire de l’indie rock… Je prends le pari de dire que oui, on en reparlera quand j’aurai 60 ans et que je n’aurais toujours pas dépassé la barre des 60 kilos).

Kele a qualifié la préparation de l’album de « fatigante et difficile nerveusement parlant » : tu m’étonnes ! Il fut chuchoté que les membres de Bloc Party avaient enregistré des pistes il y a un an sans que Kele n’y soit invité… « Nous avions à l’esprit que les choses ne devaient pas donner l’impression d’être trop travaillées. Nous voulions que ça sonne plus live et plus brut. Pour moi, c’est l’enregistrement le plus intense, aux sonorités les plus conflictuelles aussi ». En somme, si on lit bien entre les lignes, « Four » est censé être un joyeux bordel un peu méchant. Une ambition comme une autre. Et, autant vous l’annoncer de suite, l’album y parvient plutôt bien.

Bon, évidemment, l’ensemble est parfois inconstant. A côté de titres énergiques comme « Team A », « Octopus » ou le définitif et conclusif « We Are Not Good People » (ou l’impression de se finir sur une note de Death From Above 1979, cherchons le message caché), surnagent quelques (rares) moments d’ennui genre « The Healing », qui serait un naufrage si le titre de conclusion (hors bonus tracks) n’était donc « We Are Not Good People » – qui réveille donc les endormis. Et il n’est probablement pas étranger que le premier titre de l’album se nomme « When He Begins To Lie » au vu de l’histoire récente du groupe – à moins que, tel un numérologue ou astrologue amateur, je recherche des symboles partout. Pourtant, et c’est bien la première fois depuis « Silent Alarm », Bloc Party envoie une sauce finalement homogène, bourrine et audacieuse, avec les habituels petits grains de poivre accidentels qui n’ont rien à faire dans la concoction.

« Four » n’est donc, pour conclure, pas l’album le plus surprenant de l’année. Bloc Party prouve que malgré les nombreux troubles qui l’agitent il a encore de beaux restes et, curieusement, donne à « Four » un goût d’indie rock méchant qu’on n’attendait plus vraiment de ce groupe devenu, si l’on puit dire, mainstream. Et alors même que la sphère indie rock britannique n’a que rarement semblée être aussi paumée, soyons francs du collier encore une fois et affirmons, carrément, que Bloc Party est utile pour le bien-être de la scène nationale.

A moins que… « Four » the last time, maybe ? (oui, ce jeu de mots est aussi évident que le titre de l’album, vous noterez la cohérence).

Pour découvrir « Four », ça se passe le 20 août chez Frenchkiss Records. Et même en avant-première en streaming sur ce mini-site dédié… 15/20.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.