Le Tour de France et moi. (Et Chilly Gonzales)

By on juillet 22, 2012


Il fut un temps glorieux durant lequel je me passionnais pour le Tour de France.

En 1996, j’étais le seul être humain sur Terre à connaître par cœur l’ensemble des compositions de l’intégralité des équipes participantes. Le seul, avec peut-être Patrick Chêne et Bernard Thévenet.

Vissé devant la télévision avec du Kraftwerk en fond sonore – soit pour de vrai, soit dans ma tête –, j’observais avec une certaine délectation ces masochistes de l’effort solitaire grimper monts et vallées, foncer dans les plaines et les cités, avant que foncer ne soit une expression copyrightée par Cyril Paglino.

En 1994, je me souviens parfaitement de la gamelle mémorable de Djamoulidine Abdoujaparov dans un sprint où son vélo a dû faire, minimum, six sauts périlleux complets. En patinage artistique, il aurait eu la médaille d’or directement. D’ailleurs, j’étais probablement le seul être humain natif de Bretagne, à l’âge que j’avais alors, à savoir où situer l’Ouzbékistan sur une carte.

J’avais une fâcheuse tendance à ne m’intéresser aux coureurs non pas pour ce qu’ils étaient, pour qui ils couraient, mais uniquement en raison du caractère euphonique de leur nom de famille. Mes intérêts étaient donc particulièrement subjectifs et sans le moindre lien logique entre eux. Ainsi, j’ai suivi un moment les émoluments d’Erik Dekker, parce que son nom me faisait rire. Pareil avec Massimo Podenzana, qui a gagné une étape en 1996 et fini second de la célèbre étape de Mende de 1995 derrière Laurent Jalabert. De même pour Oscar Pellicioli, dont je me foutais que cela rime avec aïoli. Ceci étant, Oscar, il n’a jamais gagné de statuette. Quelle blague de qualité, au passage.

Pardon monsieur le tenancier des lieux, mais pourquoi parles-tu du Tour de France alors que ton pseudo-blog de merde balance l’équivalent de 68 compilations iTunes par semaine ? Tout part d’une simple méprise. Soucieux de me balader pour profiter du beau temps, et échapper ainsi aux énièmes rumeurs de la mort de Jean-Luc Delarue sur le réseau social Twitter, je décidai, dans un moment d’inconscience inconsidéré, de me promener sur les Champs. Vous noterez au passage que l’expression « d’inconscience inconsidéré » est elle aussi très euphonique. Ceci étant. Quelle ne fut pas ma surprise de voir à la sortie de la station de métro Champs-Elysées Clémenceau (lignes 1 et 13 #qml) ces hordes de gens humains (et quelques enfants aussi) envahir Champs et Concorde, Tuileries et parterres de fleurs ! C’est vrai, on s’en fout des parterres. Les messages dans le wagon de la ligne 1 m’informant que « la station Tuileries est fermée en raison du Tour de France » n’avaient pas atteint mes délicats tympans, étouffés par mon habituel gros paq… casque, déversant ses rythmes endiablés (« Antalya » d’Ost & Meyer je crois).

J’avais oublié le Tour. Je dois avouer que cela fait maintenant bien des années que je ne le suis plus du tout. J’avais oublié qu’il se déroulait maintenant. J’ai oublié beaucoup de choses.

A 9 ans, rien n’est impossible, à neuf ans, Lorie va porter plainte contre moi pour plagiat manifeste, à l’instar de l’AFP pour l’AFPresque. Bref à 9 ans, pour vous dire à quel point j’ai terriblement évolué, je m’intéressais donc au cyclisme. Ou cyclimse, pour faire genre. Alors que je ne savais pas pédaler. J’avais une peur bleue de la petite reine qui, pour mes yeux de futur névrosé profond, était déjà une grosse princesse. Lourdingue et bruyante. Même, je m’intéressais au football, à l’époque. J’ai du mal à croire que je parle de ma propre personne dans les phrases précédentes même si, pour me rassurer un peu, j’écoutais déjà du Felix Mendelssohn-Bartholdy et pas uniquement pour faire genre.

Durant cette période, ce qu’on pouvait communément appeler un drame sur le Tour de France était un décès, type Fabio Casartelli en 1995. Un peu plus tard, alors que j’avais déjà vogué vers d’autres eaux, le drame prit les contours d’un « cas de dopage » chez les Festina puis, plus tard encore, chez les exclusions par la vox populace de Christophe Bassons et Gilberto Simeoni parce que ces deux-là, justement, ne voulaient se résoudre à laisser ce drame se reproduire.

A posteriori, ils ont plutôt bien réussi leur coup. Un « cas de dopage » n’est plus un drame : c’est une habitude. Dans une manifestation qui bénéficie toujours d’un fort soutien populaire, toujours sponsorisée par Cochonou, mais où l’insouciance euphorisante de l’esprit du sport qui prévalait alors avait définitivement disparu.

Etait-ce cela qui m’intriguait ? Cette insouciance, presque cette inconscience, qui me branchait, moi, le petit garçon de 9 ans qui, pourtant, aurait dû la partager ? Elle avait alors des allures de refuge, tandis que je me demandais (déjà, oui, j’ai commencé très tôt) ce que je foutais là, ce que j’allais faire, s’il y avait une raison véritable qui m’avait amené à être ici, dans ce pays, dans cette région, dans cette position, vissé à la télé en imaginant du Kraftwerk dans ma tête.

Je ne l’ai pas encore retrouvée.

Minute promotion : j’ai écrit à l’arrache ce billet de blog, d’une parce que pour un blog je n’y écris quasiment jamais de billets mais plutôt des contenus (ce qui me fait toujours dire que ce site n’est pas un blog mais bien une ferme de contenus, je ne parle quasiment jamais de moi en fait), de deux en écoutant le superbe nouvel album de Chilly Gonzales, « Solo Piano II ». Cela reste moins brillant que du Nils Frahm évidemment, mais ça n’en reste pas moins particulièrement magnifique.

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About Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager, enseignant-raconteur de blagues et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.