[ALBUM] Van She – « Idea Of Happiness »

Second album en sept ans de carrière du groupe d’électro-pop Van She, qui a poussé sur les autobronzants pour sortir l’une des galettes les plus ensoleillées des prochaines semaines.

Je me suis toujours méfié de Van She. Débarqué il y a sept ans dans les haut-parleurs de la planète, le quatuor australien avait d’abord sorti un EP discret en 2005, puis un premier album en 2008 (oui, trois ans plus tard, ils prennent leur temps, tranquilou) sobrement nommé « V ». A titre personnel, j’avais été infoutu capable de savoir dans quelle direction ces premiers émoluments voulaient nous mener. Pop, synth-pop, dance, rock, alternative, leurs « efforts » avaient permis à la bande de Matt Van Schie (prononcer Van Ski par contre, important) de se faire un nom mais, à mes oreilles, pas une superbe impression. J’avais toujours préféré leurs remixes à leurs propres créations, comme pour Feist, Utah Saints ou encore les Klaxons.

Avec « Idea Of Happiness », les Aussies ont rangé les guitares dans un placard balancé dans le Pacifique et plongent plus goulûment que jamais dans l’océan de la synth-pop. Bon, c’est à voir si ce style a vraiment encore un intérêt ou une couleur propre, Madonna en ferait presque avec sa dernière bouse production alors qu’il y a 5 ans, on réservait cette appellation à des artistes et groupes d’apparence chelou comme Syrian ou Assemblage 23. Enfin bref, fin de la divagation et découverte de l’album. Attention toutefois : commencez la dégustation de ces onze titres à jeun. Vous allez rapidement comprendre pourquoi avec ce petit track-by-track.

1. Idea Of Happiness

Le premier single issu de l’album du même nom, fuité fin mars, donnait la couleur. Rassurante, à l’écoute. L’électro-pop des Australiens est fraîche, pétillante, décalée. Le quatuor n’a d’ailleurs rien trouvé de mieux que de pondre un clip (signé Andreas Nilsson) à la hauteur du titre, c’est-à-dire avec un Jésus-Christ en string affublé d’un sapin rose et qui fait joujou avec une blonde siliconée. Il reste moins osé que celui d’« In Decay » de Phèdre, mais quand même : tout ça est sucré, un peu portnawak, plein d’ingrédients qui n’iraient pas forcément ensemble naturellement mais le tout passe très bien. Un peu comme un mojito à la fraise où le serveur n’a pas vidé sa bouteille de Teisseire dans le verre.

2. Calypso

A mon sens, l’étape la plus dure dans un album, surtout quand tu commences par un single évident, est la deuxième chanson. Loupée, elle te plombe le reste ; réussie, tu restes captivé. Ici, « Calypso » est simplement cohérente, pleine de pulsations, moins tranchante que le titre d’introduction mais tout à fait agréable. Risqué de se faire un deuxième mojito de suite, moins punchy que le précédent, mais pour l’instant on tient le coup. On tient le coup. O,n tiernt le coouop.

3. Jamaica

Le second single extrait de l’album, défini par son label Modular People comme, je cite, « un hymne romantique à l’île paradisiaque de nos rêves », est heureusement à des encablures de cette formule pimpon. C’est plutôt le type de titre à jouer un dimanche après-midi, saoulé de passer les mêmes compilations chillout à la cool d’un Raphaël Marionneau, un cocktail (maison, c’est mieux), en train de « danser » tout seul dans son salon. Si tu as une maison avec piscine, d’une je te déteste, de deux tu peux même faire des longueurs avec cette piste, entraînante comme tout et qui passe très bien l’épreuve du mode Repeat.

4. Sarah

Voilà un titre qui prend son temps pour se poser alors que ce n’est pas un titre d’introduction. Ca passe tout seul, mais ça s’oublie assez rapidement. Un peu comme un mojito avec une menthe défaillante.

5. Radio Waves I

Interlude rigolo : le volume de départ, baissé en mode « cassette des années 70 », monte progressivement pour laisser une petite mélodie space s’imposer tranquilou. Le titre me donne envie d’acheter une vieille console Sega et d’y jouer dehors, avec une télé qui fonctionne au solaire (oui ça n’existe pas et alors ? Qu’attendez-vous pour en créer une ?). Toutes les heures, une pause d’un quart d’heure car tu n’as pas envie d’avoir une crise d’apoplexie : pile-poil le temps de boire une petite caïpirinha avant de reprendre le cours des choses. Ou un petit mojito tiens. Ou les deux.

6. You’re My Rescue

Le concept de l’album n’avance pas beaucoup, mais le titre est cohérent avec le reste : léger, fruité, il ressemble presque à un jus de fruits. Qui se boit sans soif, il faut avouer. C’était la pause non-alcoolique de cette série, on est au milieu de l’album, c’est le moment de la faire.

7. Tears

C’est un autre cocktail, pas inoubliable, mais ça se boit. Je vais finir bourré et tomber dans la piscine si ça continue (avec mon hydrophobie ça ne va pas le faire du tout).

8. Coconuts

Ah tiens, on n’avait pas assez pris de beats tropicaux avec « Jamaica » qu’on nous balance « Coconuts » dans les oreilles, remarquez que ça fait moins mal que de se les prendre au visage. Ce coup-ci, le tout se déguste sans paroles, l’avalanche de synthés se boit mieux cul-sec. Attention à ne pas tomber dans l’eau, les gens qui ont une maison avec piscine. D’ailleurs, je vous ai dit que je vous détestais ?

9. Beat Of The Drum

Cette chanson est assez curieuse. Musicalement, on dirait du bon Scissor Sisters de la fin des années 2000 (parce que leur dernier album, bon, on verra si j’en parle mais j’en doute fort), mais avec la voix d’Alexis Taylor (Hot Chip, ça par contre je vais devoir en parler de leur dernière sortie). A la fin, tu te demandes si tu n’as pas écouté un titre de Friendly Fires, tu constates que non, tu aimes beaucoup et tu te ressers un verre de vin blanc.

10. Radio Waves II

Second « interlude » (qui dire plus de trois minutes donc bon, on va laisser des guillemets) avec des pseudo-ondes radio. C’est choupi et ça descend comme un demi bien frais en terrasse.

11. We Move On

Tu es tellement déchiré qu’il est grand temps que ça finisse, car tu commences à entendre deux-trois effets sonores qui te font penser à du mauvais dubstep. Ils sont heureusement discrets dans une pop légère, un peu p0rn sur les bords. Tu comprendras pourquoi plus tard, une fois que le GHB que j’ai mis dans ton mojito royal se sera dissipé.

 

L’album sort le 9 juillet chez Modular People, refuge en Australie d’Azari & III, de Chromeo ou des Klaxons mais qui produit aussi The Avalanches ou le nouveau venu Jonathan Boulet (j’en parlerai aussi probablement malgré son nom). D’ici là, tu as le temps de rattraper les différents remixes sortis du premier single « Idea Of Happiness » : comme d’habitude avec Van She, il y en a des tonnes. Je te laisse celui de SebastiAn parce qu’en plus tu peux le télécharger, mais il y en a des tonnes si tu vas fouiller sur File… GOOGLE. VOILA. 15/20

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.