The Cinematic Orchestra : Critique en 7 Actes (Episode 7)

Ultime épisode de ma « nouvelle musicale » sur le sublime « In Motion #1 » de The Cinematic Orchestra.

Présentation du contexte de cette « petite histoire » ICI, premier chapitre , second ici, troisième , quatrième ici, cinquième , sixième ici. La musique en question juste en-dessous (par conséquent, le texte qui suit la vidéo a été écrit en onze minutes chrono)

Il ne peut plus rester sur la terre ferme. Surtout celle d’ici.

Curieux paradoxe que ce terrain qu’il foule : il fait à la fois figure d’aimant et de repoussoir, tout qui éclate, qui s’effrite, qui est hostile. Il en arrive à l’étonnante conclusion que pour perpétuer l’héritage de sa sœur, il ne lui reste plus qu’une seule possibilité : apprendre à voler.

Sous un cendrier situé sur la table basse se situe un plan. Incomplet. Mais il comprend l’essentiel : elle avait eu les mêmes idées que lui désormais. La forme semblable à celle d’un deltaplane, les ailes calquées sur le modèle d’un oiseau de grande taille.

N’empêche.

Il n’est pas devenu architecte pour rien, finalement. Seul, dans la demeure isolée et se sustentant avec ce qu’il reste à l’intérieur de la maisonnée, il passe des heures entières à enchaîner les croquis, juger ce qui est réalisable sur place, estimer les besoins matériels, constater que tout reste dans les champs du possible. Plus qu’il ne l’avait imaginé au début de son raisonnement. Les ressources naturelles sont bien présentes pour imiter les frères Wright.

Ne reste plus qu’une chose à faire pour parachever l’ouvrage funeste. Ce qu’elle n’avait pas eu le temps de réussir : planer.

C’est pour elle qu’il le fait.

C’est pour eux qu’il le fait.

C’est pour donner un sens à sa vie qu’il va tailler le bois, dessiner et conceptualiser des tôles, reculer d’un siècle pour mieux sauter. Pour arrêter, une bonne fois pour toutes, de se contenter de la simple marche de ce monde qui ne le satisfait plus.

C’est à lui de dessiner, sur papier comme au figuré, ce qu’il escompte, qu’il espère et qu’il, à force d’abnégation et de folie, finira par obtenir.

Enfin.

L’engin surplombe maintenant le lieu où il s’était arrêté la première fois, là où il avait justement trouvé le carnet. Plus de raison de s’arrêter désormais : il ne peut pas. Il ne veut pas.

Le monde lui est offert. La bénédiction de sa sœur avec. A lui de perpétuer l’unique soupçon de folie qui avait germé dans sa dynastie, échappatoire à l’obscurité de la normalité.

A lui de devenir l’héritier d’une série d’escapades, de voyages, physiques comme mentaux, avec pour unique but le dépassement de soi. A lui d’enchaîner les lignes et les torrents de mots pour graver sur le réel ces expériences qui n’en font plus partie.

A lui de ne plus jamais atterrir.

A moi de l’imiter.

Introduction / Chapitres : 1 / 2 / 3 / 4 / 5 / 6

 

 

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.