The Cinematic Orchestra : Critique en 7 Actes (Episode 5)

Cinquième des sept épisodes de ma « nouvelle musicale » inspirée par le brillant « In Motion #1 » de The Cinematic Orchestra.

Présentation du contexte de cette « petite histoire » ICI, premier chapitre , second ici, troisième , quatrième ici. La musique en question juste en-dessous (par conséquent, le texte qui suit la vidéo a été écrit en vingt minutes chrono, oui c’était un exercice d’endurance)

L’annulation du billet retour, sans prévenir. Il a trop de choses à découvrir ici. Pas assez là où on l’attend. Peut-être. Pour la première fois de sa vie, il décide d’abandonner sa rationalité sur l’autel de la surprise. Sur ce qui fait le piment d’une vie. Sur ce qu’il n’arrivait jusque-là pas vraiment à conceptualiser. Il aura fallu tout le bagout de sa sœur, jusqu’à son sacrifice, pour qu’il comprenne la direction vers où il devait mener sa vie. Un chemin plus cahoteux qu’on ne le lui avait promis.

Une seule route lie l’ancienne demeure de sa sœur à la civilisation. Elle est défoncée, naturellement. Des trous partout. A certains endroits se couche de la lave, prête à ronger le bitume. Ce sens du danger, cette dimension parallèle. Paradis en enfer. A des encablures de ses repères. De son soi. De tout, en fait.

Une seule route qui aura suffi.

Il continue de la remonter, à pas comptés, sans avoir la moindre idée de sa direction. Tout juste sait-il que pour rejoindre ne serait-ce que l’esprit de sa sœur, c’est marche arrière toute. C’est facile. Mais aucun intérêt : marche avant toute désormais. Il n’a plus que ça à faire. D’ailleurs, il a tellement avancé sans s’en rendre véritablement compte qu’il n’a plus en point de pire le filet de fumée s’échappant toujours de la cheminée.

C’était sans compter sur le mauvais temps, jusqu’à présent absent du spectacle. Il n’a rien prévu, forcément. Deux minutes avant, il craignait presque de prendre des coups de soleil. Les nuages noirs qui s’amoncellent au-dessus de sa tête lui donnent l’impression de rentrer dans une cage grise, sujette aux tornades et aux tourments, où tout peut arriver sans crier gare.

Serait-ce ce qui lui est arrivé ?

Le ciel s’est éclairci aussi vite qu’il s’est assombri. Quelques oiseaux ont osé pointer le bout de leur nez. Tous de petite taille, les grands sont cachés. Leur chorégraphie parait répétée, comme si les milliers de kilomètres migratoires qu’ils s’infligeaient chaque année n’avaient pour véritable but que d’offrir un tel spectacle. Ils dessinent des figures majestueuses, peu géométriques mais suffisamment entraînantes pour détourner le regard du voyageur égaré. Il marche les yeux en l’air. Les choses terrestres l’intéressent de moins en moins.

Il s’est arrêté près d’un buisson microscopique. Vue imprenable : un volcan est en train de rentrer en éruption, deux cents mètres en contrebas. Il y a quelques jours, la scène lui aurait pu dangereuse ; désormais, il s’en fout. Excitation. Source d’infini. Il marche encore un moment sur le mince filet bitumineux puis sort du chemin, trempe ses pieds dans la terre aussi humide et solide qu’un marécage. Marche, accélère. En finirait presque par courir dans cette nature hostile. Il s’amuse.

Il ne peut pourtant pas continuer longtemps son jeu : la terre l’en empêche. Et pour le lui faire comprendre, rien de mieux qu’une petite mare traître dans laquelle il s’étale de tout son long après s’être montré trop présomptueux. Mais alors que jusque-là il se serait infligé une réprimande mentale quant à ce manquement inqualifiable, désormais, il en remet une couche. Sourit suffisamment pour potentiellement héberger des moustiques dans sa bouche. Et se rapproche, toujours plus près, du lieu d’explosion de la nature. Puis s’arrête, ordonné non pas par la raison ou le danger mais par la simple majesté de la scène.

Il y est.

En arrière-plan, un faux coucher de soleil. L’éruption a alors toute la lumière qu’elle mérite, ciel orange d’accompagnement. Puis jaune. Surnaturel.

Sur le chemin du retour, il retrouve un petit carnet noir abandonné sur le bas-côté. Pas de doute possible : c’est bien l’écriture de sa sœur, qui y consignait les merveilles qu’elle était amenée à voir dans ses périples tumultueux. C’est ici même, là où il s’était une première fois arrêté pour contempler l’environnement, qu’est tombée au combat celle qu’il se mit soudain non plus à envier mais à admirer. A copier. A pleurer.

Il doit perpétuer l’héritage.

Introduction / Chapitres : 1 / 2 / 3 / 4 / 6 / 7

 

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.