O’Halloran + Hauschka + Johannsson = chronique de ce que tu as raté.

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un concert que vous ne pourrez plus voir et d’un album que vous ne pourrez pas acheter. Enfin, presque.

Tu n’étais pas au Café de la Danse mardi 22 mai 2012 au soir ? Dommage pour toi, tu as loupé une occasion de me casser la figure. Mais surtout, tu n’as par conséquent pas assisté à un excellent concert de trois de mes artistes chouchous. Oui, les artistes, pour moi, ce sont d’abord des chouchous. Et des têtes à claques. Enfin bref.

The Transcendentalists. Nom curieux pour une rencontre entre trois chouchous artistes qui ont pour point commun leur label, 130701, volet « néo-classique » de Fat Cat Records (Breton, Mum…). J’ai nommé, dans l’ordre : Dustin O’Halloran, Hauschka et Johann Johannsson. Première rencontre scénique (forcément ?) en Islande, à l’occasion de l’édition 2011 du festival culte Iceland Airwaves. L’envie d’en faire encore plus ensemble. Deux titres de chacun pour un EP inédit, fil conducteur d’une mini-tournée commune de huit dates qui s’est donc conclue à Paris. Donc, si vous ne m’avez pas cassé la figure ce mardi 22, c’est que vous allez galérer pour revoir ces trois gaillards rejouer dans la même soirée.

Mes lecteurs réguliers (qui sont donc un peu masos) sont probablement saoulés des nombreuses références à Dustin depuis quelques mois sur ce site. Mais avec « Lumiere » puis « A Winged Victory For The Sullen », deux des plus brillantes productions de l’année passée, difficile de passer à côté de celui qui, pour beaucoup, reste celui qui a joué des opus pour la BO de « Marie-Antoinette » de Coppola. Pour « Transcendentalism EP », il a créé l’introduction « An Ending, A Beginning » et ré-orchestré son « Opus #28 » avec l’ACME String Quartet. En live, Dustin ne surprend personne : difficile de partir dans de dantesques improvisations à partir de « Lumiere » et avec un quartette à cordes. Ceci peut paraître frustrant sur le coup (ça l’est un peu, oui) mais on pardonne facilement.

Justement, les dantesques improvisations. Autant j’ai toujours trouvé Volker Bertelmann aka Hauschka ennuyeux en studio, autant ses performances scéniques forcent le respect. Aussi fou qu’un Nils Frahm – mais avec des productions plus « expérimentales » – et accompagné de Samuli Kosmimen (batteur de Mum), le natif de Düsseldorf torture son « piano préparé » avec moult cordelettes, dans la lignée d’Erik Satie ou de John Cage. Et avec un batteur aussi brillant que Samuli qui s’amuse conjointement avec son engin, ses gadgets rythmiques et ses boîtes à rythmes, l’allemand parvient à inventer sur scène une musique à mi-chemin entre la composition de Conservatoire et le son des raves de Goa. (Dit ainsi, cela peut paraître curieux à certain(e)s : un exemple en vidéo ci-dessous)

Johann Johannsson est quelqu’un qui, de son côté, peut paraître austère en live. Sa musique n’incite en effet pas à la folie furieuse et se rapproche, dans le cadre de la soirée, à celle de Dustin. Retour du quartette à cordes pour l’accompagner sur des titres d' »Englaborn », de sa dernière bande-originale « Copenhagen Dreams » (sortie le 18 juin) mais, surtout, de sa réinterprétation de « The Cause Of Labour is the Hope of the World ». Ce titre concluait l’album « The Miners’ Hymns » (2011) et a été ré-enregistré pour le « Transcendentalism EP » à grands renforts de cordes. Résultat des courses ? Vous planez. Vous n’avez pas le choix, d’ailleurs. Planez.

Et l’EP alors ? Il va falloir passer par la voie du digital pour se le procurer chez Fat Cat (ou l’écouter via Soundcloud). L’édition physique limitée, uniquement en vinyle, a été distribuée pendant la série du 8 lives (du 15 au 22 mai donc). Fallait venir mardi soir me casser la figure, tsé. 17/20.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.