[ALBUM] Sigur Ros – « Valtari », même pas drone

Je ne mentirai pas en sortant que « Valtari », le nouvel opus de Sigur Ros, était probablement le disque que j’attendais le plus en cette année 2012. Ai-je trop attendu le messie ?

C’est toujours gênant de dire de l’album d’un artiste ou d’un groupe qu’on adore que son dernier opus est raté. J’ai récemment ressenti une gêne similaire il y a seulement quelques jours en constatant que sur « Out Of The Game », Rufus Wainwright partait dans un n’importe quoi dispensable qui floutait son talent. Mais de voir que Sigur Ros loupe lui aussi sa cible, pour moi, c’est un niveau au-dessus.

Tempérons un peu, tout d’abord. « Valtari » aura le droit à la fin de ce papier à un tout à fait honorable 15/20, note avec laquelle j’honore généralement deux catégories de disques : ceux qui se tiennent tout seul sans côtoyer le génie et ceux qui auraient pu être grandioses sans des défauts récurrents. Et, étonnament, « Valtari » fait partie de cette première catégorie.

Oui, le nouvel album de Sigur Ros n’a rien de génial. Et c’est bien cela qui est gênant pour un fan de la première heure comme moi : les exigences placées dans leur musique sont devenues tellement hautes que la moindre insuffisance est immédiatement sanctionnée.

Mais commençons par quelque chose. (Un moment, il le faut.) D’où sort « Valtari » ? Avis de Georg Holm, bassiste du groupe :

« I really can’t remember why we started this record, I no longer know what we were trying to do back then. I do know session after session went pear-shaped, we lost focus and almost gave up… did give up for a while. But then something happened and form started to emerge, and now I can honestly say that it’s the only sigur rós record I have listened to for pleasure in my own house after we’ve finished it. »

Les premiers soubresauts de « Valtari » (rouleur compresseur en islandais, attention il y a plein de traductions dans ce papier mais c’est pour ta #culture) n’étaient pas très bons, ceci dit. Tout a commencé avec « Ekki Mukk » (Pas un bruit), premier titre sorti sur les ondes en mars. J’avais eu une réaction immédiate à son écoute – répétée maintes et maintes fois : « j’espère que c’est l’outro de leur album, sinon il promet un grand ennui ». Et puis il y a eu la B-side de l’EP « Ekki Mukk », « Kvistur », présentée lors du Record Store Day du 21 avril, absente de « Valtari » mais dans la même dynamique. Ou plutôt, dans la même absence de dynamique. Aïe.

« Varúð » (Prudence), que je vous présentais dans le 9ème épisode de ma revue de Web musicale hebdomadaire, ne doit pas tromper l’auditeur. Enfin si, à la première écoute, entendre cette mélodie aussi évidente qu’efficace, cette progression rythmique vers une apocalypse sonore est à la fois extatique et source d’espoir pour la suite. Très « tradi » mais efficace. Sauf que son souffle, malheureusement, ne se retrouve nulle part ailleurs dans cet album.

Que l’intro d’un album qualifié de « minimal » soit elle-même une progression ambient-drone est somme toute assez logique, et « Ég anda » (Je respire) rentre tout à fait dans ce cadre. Vient ensuite « Ekki Mukk » qui n’a donc rien d’une outro mais bien d’une poursuite d’intro, ce qui à la longue parait beaucoup. « Varúð » constitue la troisième étape de ce voyage et, étrangement, me semble mal placé : je l’aurais parfaitement vu en avant-dernière position suivi d’une conclusion évidemment planante, et le tout aurait été plus cohérent.

Car le soufflé provoqué par la lente et puissante montée de « Varúð » n’en finira pas de se dégonfler. « Rembihnútur » (c’est le nom d’un noeud) est un titre de facture classique (tout du moins pour une production de Sigur Ros) mais ne poursuit pas la logique entraînée par le titre précédent. Et tout le reste s’ensuit : « Dauðalogn » (Calme plat) a de faux airs d’« All Alright », qui concluait la précédente galette « Með Suð í Eyrum Við Spilum Endalaust »… sauf qu’elle est ici placée en plein milieu de l’ensemble. Même chose pour l’instrumental « Varðeldur » (Feu de camp), dont on se demande où il va nous amener sauf à un léger baillement réprimé par réflexe. La chanson-titre de l’album, avant-dernière piste, ne traduit pas la moindre évolution et laisse « Fjögur píanó » (Quatre pianos), conclusion délicate de ce LP, apporter la touche finale. Vous avez noté qu’après « Varúð » mes descriptions de titres sont particulièrement courtes ? A vrai dire, elles se ressemblent : la musique est jolie, esthétique, la mélodie douce, l’ensemble planant et, chose plutôt nouvelle, dégage une sérénité d’ensemble à mille encablures, disons, d’un « Daudalagid » ou d’un « Fljotavik »… Sauf qu’elles se ressemblent toutes, à force.

S’il n’y a qu’une chose qui doit caractériser la musique de Sigur Ros (et pas l’ensemble de la scène islandaise qui, en soi, n’est un « ensemble » que sous un angle familial ; musicalement, j’ai rarement entendu plus protéiforme), c’est sa relation particulière avec la nature. Les volcans, la glace, le vent, le froid. Tous ces éléments se sont toujours retrouvés chez Sigur Ros et figurent une nouvelle fois au coeur de ce nouvel effort. Toutes les bonnes habitudes n’ont pas été bousculées ici.

Sauf que. Cette ambient n’a ni le charme du drone d’artistes comme A Winged Victory For The Sullen, Jasper TX ou The Evpatoria Project, ni (surtout) le romantisme du précédent side project Jonsi & Alex, avec le superbe « Riceboy Sleeps » sorti en 2009. « Valtari » est pourtant lui aussi produit et illustré par le boyfriend de Jonsi, Alex Sommers, mais la couleur n’est pas la même. Il manque à cet album cette composante indicible mais indispensable qui transporte l’auditeur, l’amène non seulement à créer dans son esprit des images mais de le transporter à l’intérieur d’un nouvel univers totalement construit. « Valtari » fait planer, par instants, est beau, par d’autres, mais se répète, le plus souvent.

« Valtari », en fait, a tous les atours d’un excellent mix ambient ou d’une bande originale un peu déprimée (voire d’un documentaire sur les geysers). Mais pas d’un bon album de Sigur Ros. Notez que j’en demande probablement trop, comme d’habitude. Mais le seul mot que je retiens de tout ce papier, et peut-être résume-t-il toute ma pensée (et aurait donc pu vous éviter la lecture de ce pavé, hihi), est aussi évident que cruel : dommage.

L’album sera disponible dans les bacs le 28 mai prochain mais pour celles et ceux qui ont suivi, il a déjà fuité sur les Internets. Et comme je sais déjà qu’il y a des pro- et des anti-« Valtari », n’hésitez pas à partager vos #expériences en commentaires… 15/20.

Edit : une expérience vidéo a été lancée par le groupe, « The Valtari Mystery Film Experiment », regroupant douze jeunes réalisateurs qui vont réaliser dans les prochains mois les clips des Islandais. Découvrez tout cela ICI.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.