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[ALBUM] Rufus Wainwright : vraiment « Out Of The Game » ?
Le dandy canadien vient de sortir son nouvel album. Et disons-le franco, je n’accroche pas. Oui, même moi.

ET POURTANT. Les critiques musicaux adorent l’album que je vais vous détruire dans les lignes suivantes. Enfin, presque tous, mais la liste est impressionnante : des machins pour midinettes genre « Pure People », des généralistes culturellement gnangnan (désolé) genre L’Express mais aussi des média plus exigeants genre Discordance, blog musical capable de te filer des invits pour Nils Frahm (bref, du niveau). Le décor est planté.
Septième album studio pour Rufus Wainwright donc (je n’inclus pas son live au Carnegie Hall pour rendre hommage à Judy Garland) et, tout le monde s’accordera au moins là-dessus, il était attendu. Mark Ronson aux commandes, déjà, ça fait un peu « entrée dans le monde du grand public et des nominations aux MTV Music Awards » et ça me faisait un peu peur au début. Bon, à la limite, pourquoi pas, le précédent effort de Rufus étant un album particulièrement sombre en forme d’hommage à sa mère (« Songs For Lulu »), il pouvait escompter un peu de légèreté (surtout que depuis « Want Two » il n’a pondu que de l’opéra, alors voilà, un peu de pop et t’as du peps, ce slogan pourri peut être repris par qui le veux, c’est cadeau).
D’autant plus qu’ »Out Of The Game » est son premier bébé depuis, justement, qu’il en a un dans la vraie vie avec son compagnon (revenez à l’article de « Pure People » pour tous les détails, c’est un peu compliqué). Rufus m’avait encore effrayé en claironnant que cet album serait le plus « viril » de sa discographie, aussi. Bon là, il a un peu fumé parce que de ce côté-là c’est juste pas du tout un album particulièrement hétéro ou papa mais… Allez, lançons-nous, donc. Et parce qu’il y a une #astuce, toi aussi tu peux te lancer dedans grâce à ce stream intégral de la NPR <3
Du mauvais pied. La première chanson, qui donne son titre à l’album, était déjà connue et avait donc eu le temps d’être digérée. Il y avait eu le clip, un peu yuppie, un peu arty, avec Helena Bonham Carter dans la peau d’une bibliothécaire et Rufus qui se prend alternativement pour Madonna et Johnny Depp (pouah), tout cela est un peu confus mais enfin bref, j’avais déjà commencé à grelotter mais cela restait encore suffisamment foutraque pour faire passer la pilule.
Mais la suite… « Jericho » a déjà des allures de supplice. Direct. La mélodie assénée à coups de trompette me colle au canapé mais pas pour les bonnes raisons, l’ambiance années 70 qui dégouline des oreilles… « Rashida », qui se fout totalement de Dati, veut mélanger les genres et en devient insupportable, jusqu’à sa fausse chute complètement loupée qu’on croirait tellement que c’est un #fail au niveau de la production. Encore un prénom féminin avec « Barbara » et encore une blessure auditive, musique d’ascenseur atomisée à coups de vagues de guimauve. Et à peine mieux avec « Welcome To The Ball », aux reflets cinématographiques un peu plus poussés, ce qui évite au moins de penser un court instant qu’on écoute un cadeau promotionnel du magazine « Marie Claire ».
Je commence enfin à arrêter de saigner avec « Montauk », premier titre un peu sombre de la galette. L’introduction au piano y est peut-être un peu pour quelque chose, oui j’aime ça et j’assume parfaitement merci, et rend en tout cas le tout un peu plus écoutable. J’avais déjà bien aimé cette ballade – pour info dédiée à sa fille – lors de sa sortie en février dernier et je me disais, naïvement, qu’elle augurait du reste…
« Bitter Tears » le suit de manière un peu curieuse car c’est un délire tout à fait synth-pop, genre rien à voir avec tout ce qui s’est déroulé jusque là. Selon son appétance à ce genre de musique, on pourra prétendre que c’est une vieille resucée d’Elton John des années 80, un délire rigolo à la Real Life ou encore un cover des Scissor Sisters. De mon côté, je penche pour la deuxième option (parce que c’est la moins connue, je ne me refais pas hihi) avec un soupçon de la troisième, et donc c’est plutôt réussi… quoique ça n’a mais alors VRAIMENT RIEN A VOIR avec tout le reste de la galette. (Explication ? Cette chanson date de 2005 et Ronson l’a juste reprise. De l’époque de « Poses », quoi. Un monde d’écart. Ou juste sept ans, et en fait je suis juste vieux)
Rattrapage. La suite se poursuit sur des bases un peu meilleures. Enfin, j’ai bien dit un peu, car on reprend avec le chiant « Respectable Dive », désolé mais il n’y a pas d’autre mot, c’est le genre de titre où tu luttes pour ne pas cligner de l’oeil au bout d’une minute 30 et c’est, curieusement, rarement bon signe. « Perfect Man » est un peu du même genre, il partage des points communs rythmiques évidents avec, genre, « The One You Love » (mais si, rappelle-toi, tu l’as entendu à la télé) mais accroche moins que son prédécesseur. « Sometimes You Need » s’en tire un peu mieux, les harmonies mélodiques sont intéressantes, la chanson est débarrassée de pas mal de chichis inutiles (bon, Rufus remet des violons à gogo à partir des deux-tiers du titre, mais ça reste acceptable) et se laisse écouter tranquillement. Par contre, « Song Of You » est une bluette qu’on imagine dédiée au boyfriend de Rufus – Jody Weisbrodt, pour ceux qui n’ont pas cliqué sur l’article de « Pure People » -, sympa à improviser en soirée mais useless en sortie album.
Et que dire du dernier titre « Candles » ? La portée de ce titre est pourtant appréciable : c’est en effet une poursuite pop/minimal de « Songs For Lulu » puisqu’il s’agit d’un hommage à la mère de Rufus de l’ensemble du clan Wainwright/McGarrigle. Sauf que voilà, cette marche funèbre me laisse malheureusement sur une mauvaise impression alors qu’a priori, elle avait pour but de m’abandonner sur une bonne note. Est-ce cette montée de cornemuse à laquelle je n’arrive pas à accrocher (et pourtant, j’y suis habitué…) ? J’arrive difficilement à expliquer pourquoi je n’arrive pas à être attiré par cette conclusion, mais en tout cas je n’y parviens pas. C’est dit.

CC : Flickr/Creative Commons – Ella Mullins
Résultat des courses : loin de vouloir chercher à séduire celles et ceux qui le suivaient jusque là pour son approche indy (dont moi, forcément, sinon je kifferai l’album, enfin voilà), j’ai (plus que) l’impression que Rufus a perdu une partie de son âme et semble s’être enfermé au Carnegie Hall (pour info, son album hommage à Judy Garland m’avait profondément ennuyé mais ce type de musique n’a jamais été ma came) pour faire plaisir aux plus de 50 ans. Bref, il s’est mué en Elton John pseudo-indie.
C’est d’autant plus dommageable que tout n’est pas à proprement parler mauvais sur « Out Of The Game », mais là où sur « Want One », « Want Two » ou encore « Release The Stars » il était possible de discerner des perles qui surnagent, à l’heure actuelle je n’ai rien trouvé de cela sur « Out Of The Game ». Il y a quelques bons moments mais voilà, ils sont plombés par un départ catastrophique qui pourrit l’ensemble. La semaine prochaine, je réécrirais peut-être ce papier en commençant par la chanson 6 et je m’en tirerais mieux. A moins que d’ici là, fort probablement, j’ai une multitude de meilleures choses à écouter… 12/20.
« Out Of The Game » est donc sorti sur Decca Records. Rufus est en concert le 2 mai à la Cigale (au moment de l’écriture de ce papier, c’est donc demain mais c’est complet alors passe ton chemin) et passera aux Folies Bergère le 10 décembre.
















