[ALBUM] Ólafur Arnalds et Nils Frahm – « Stare EP »

A l’occasion conjuguée du Record Store Day et des cinq ans de leur label Erased Tapes, les compositeurs Ólafur Arnalds et Nils Frahm livrent à nos oreilles ébahies « Stare », un EP commun dont les probabilités de ratage étaient, avant écoute, proches du néant.

Deux artistes. Ólafur et Nils ne sont pas que deux des principales têtes de proue du navire Erased Tapes (dont je vous rappelle la beauté environ 154 fois par mois sur mon Twitter et à coups d’articles répétés sur ce site). Ce sont aussi deux compositeurs dont il était devenu évident qu’ils feraient quelque chose ensemble. L’exemple : nous sommes le 26 juillet 2011 au Volksbrüne Roter Studio de Berlin, pendant une tournée d’Ólafur. Nils débarque sur scène et les deux comparses se lancent dans une improvisation mémorable à quatre mains. Premier édifice public d’un travail commun qui, en réalité, avait déjà débuté en privé.

Deux lieux. Les trois titres ont beau avoir été réalisés en commun, pas besoin d’écoutes répétées pour voir une litanie de paysages majestueux et apaisés sur les deux titres enregistrés dans le studio d’Ólafur Arnalds à Reykjavik (si vous tenez absolument à savoir à quoi il ressemble, jetez donc un nouveau coup d’oeil à ses vidéos des « Living Room Songs ») et, sur « b1 », une couleur pas moins planante mais beaucoup plus sombre, ancrée à la terre, à une urbanité inquiétante mais fascinante qui caractérise le Berlin de Nils Frahm.

Deux atmosphères. Distinctes et évidentes. « a1 » et « a2 » sont immédiatement aériens, lumineux, tandis que « b1 » est plus sombre, électrique. L’ambient planante de Reykjavik face à l’électro-acoustique étouffante de Berlin. Une utilisation hypnotique du violoncelle d’Anne Müller sur « b1″, enregistrée à 5 heures du matin après un concert, face à une autre plus calme, accompagnant l’envol d' »a2 ». Deux mêmes artistes dans deux configurations quasi-identiques mais dans deux lieux différents font deux genres de musique qui, pourtant, vont parfaitement ensemble. Le jour et la nuit s’enchaînent naturellement, sans qu’il n’y ait quoi que ce soit à expliquer.

Un caractère. Similaire pour les deux musiciens. L’art de faire les choses à l’improviste, sans pression, l’appréciation du mélange des genres. Tout simple. La précision qu’Ólafur apporte pour dire qu’à Berlin, dans la première phase de ce projet – en avril 2011 soit avant le live du Roter Studio – lui et Nils voulaient « juste passer du temps ensemble, improviser et manger des falafels ». Celle de Nils qui ajoute qu’à ce même moment ils se sont « mangé une pizza, branché des vieux synthés analogues et joué pendant quatre jours jusque tard dans la nuit ». Végétariennes, les pizze, évidemment.

Une confession. De Nils cette fois : « J’ai hâte de travailler sur une suite ! ». De là à imaginer la maturation d’un LP complet avec Ólafur Arnalds comme il a fait avec son autre comparse d’Erased Tapes Peter Broderick (et le projet « Oliveray »), il n’y a qu’un pas qu’au moins quelques milliers de personnes franchiront allègrement.

Une histoire. Le projet a été maintenu secret pendant de longs mois par les deux artistes, tenant à faire une surprise au fondateur d’Erased Tapes, Robert Raths, pour les cinq ans de son label. Le disque masterisé lui a été filé tel quel, artwork de Torsten Posselt inclus. Un seul jour pour se procurer l’EP : il ne sera mis en vente que lors du Record Store Day, le 21/04. Il est d’ores et déjà disponible en pré-commande sur le site d’Erased Tapes (http://www.erasedtapes.com). 17/20.

Also check : http://www.olafurarnalds.comhttp://durtonstudio.comhttp://www.facebook.com/nilsfrahm

PS : et pour l’explication du titre numérique de cet article (oui, j’avais envie de mettre des nombres dans ce papier) :

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.