[ALBUM] Maxence Cyrin – « The Fantasist »

Le temps de deux albums, Maxence Cyrin ne s’est intéressé qu’à la musique des autres, s’effaçant derrière ces mélodies intemporelles et son piano. Avec son troisième opus en six ans « The Fantasist », le pianiste français opère un virage à 180° et braque les projecteurs sur ses compositions et son personnage, laissant libre cours à sa fantaisie romantique et exacerbée.

Qu’ont en commun Lunatic Asylum, les Pixies, les Daft Punk, Beyoncé et Nirvana ? Ils ont, en plus de bien d’autres, été remis à plat par Maxence Cyrin lors des six dernières années. Et en noir et blanc s’il vous plait, les mélodies et les rythmes muées en contacts réguliers avec des touches de piano. Ces deux albums de covers que sont « Modern Rhapsodies » (2006) et « Növo Piano » (2009) ont ainsi permis à ce musicien expérimenté de se constituer une petite visibilité médiatique pas évidente à trouver pour les pianistes français.

Cela fait effectivement maintenant plus de 20 ans que Maxence Cyrin est sur le devant de la scène. Avant même « Növo Piano » et « Modern Rhapsodies » il y a eu « Instants », en 1995, et encore avant deux explorations électroniques avec « Powertrance » (1992) et « Transe And Danse » (1991), à des encablures de sa formation de pianiste classique.

« The Fantasist » découragera définitivement les aristocrates du classicisme en mêlant, en plus du piano, des synthés rétro, un orgue Hammond, un clavecin, quelques boîtes à rythmes… En ce sens il se rapproche, toutes proportions gardées, de compositeurs pop français comme Sébastien Schuller mais aussi, de manière un peu plus lointaine, d’avatars de la musique néo-classique évoqués jusqu’à plus soif dans ces colonnes comme l’allemand Nils Frahm, apôtre de la fusion entre piano éprouvé et électro-acoustique, ou encore l’islandais Olafur Arnalds et ses compositions atmosphériques. Il se trouvera un autre point commun avec eux grâce à une musique en forme d’appel de pied direct au cinéma : mélodies immédiates, possibilités de création de motifs répétitifs (moins que ceux de Steve Reich, relativisons), intérêt poussé pour les arrangements de cordes, émotions évidentes. Pas (encore ?) de bande originale à son actif mais il est notable que Cyrin a déjà composé une pièce de théâtre et, donc, ne possède pas une inspiration exclusivement sonore.

Mais ce qui caractérise de manière la plus évidente la musique de Maxence Cyrin, à côté des inspirations électroniques et du caractère cinématographique de ses compositions, est son romantisme exacerbé : Cyrin fait souvent appel à Berlioz ou encore Rachmaninov pour donner un sens aux errements de « The Fantasist », double égotiste et onirique avoué du pianiste. Il surnage aussi par endroits un côté délicieusement rétro, par exemple dans ses « Lumières Fantômes », qui rappellent jusqu’à Ravel et Debussy dans sa manière de parler à la Lune plutôt qu’au ciel – ce que fait par contre très bien, par exemple, le planant « Theme From Fantasist ».

La démonstration est assez courte (36 minutes) mais cohérente et, surtout, assez consensuelle – dans le bon sens du terme, car capable de plaire aux amateurs de musique classique qu’aux romantiques puristes. Gageons que « The Fantasist » aura une exposition médiatique au moins 400 fois moindre que celle du dernier rejet de Madonna mais, qu’a minima, et ce malgré ses quelques petits écarts et sur-pondérations de romantisme, il lui offrira une partie supplémentaire de la lumière qu’il mérite.

« The Fantasist » de Maxence Cyrin, présenté pour la première fois le 30 janvier dernier au Royal Albert Hall de Londres, est disponible depuis le 12 mars 2012 chez Ekler’o’Shock. Maxence sera le 27 mars prochain en concert au Café de la Danse. 17/20.

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.