Là-haut.

Ecrire un post sur Nils Frahm sur mon site est aussi original qu’une fausse sextape dans les pages du « Sun ». Mais j’y tiens, une nouvelle fois. Et avec du son s’il vous plait. D’ailleurs, sur Twitter, je l’avais dit. Et fait, donc.

Nils Frahm @ Café de la Danse (Paris) / Dedicated to La Blogothèque from GhostaShade on Vimeo.

**Lancer la vidéo avant de lire ce petit papier, prenez votre temps, elle est longue**

Il existe deux types de routine : les mauvaises – 99% de celles-ci – qui rendent la vie figée, immobile, contraignante et les autres – bien rares – qui rendent la vie figée, immobile, mais sublime. En y réfléchissant, celle sur laquelle je vais divaguer par écrit quelques instants est d’une simplicité désarmante. Elle consiste en une simple note de musique, une seule : un « si » pour être précis, 6ème octave d’un piano 88 touches.

Trois fois que je vois Nils Frahm en l’espace de quelques mois, trois fois qu’il commence ses performances de la même manière, trois fois qu’il entreprend de se lancer dans des semi-improvisations similaires au fil des concerts – à peine modifiés par l’arrivée à la fin de l’année dernière de son album « Felt ». Et, inauguration obligatoire, « Said And Done ». Obligatoire même à Dijon, c’est dire. En version album, sur « The Bells », ce titre dure trois minutes et huit secondes de simplicité majestueuse ; en live, il se prolonge à l’infini et explore de nouvelles gammes et arpèges sur plus de treize minutes.

Ce motif, ce « si » répété à l’envi, cette souffrance infligée à cette touche, constitue la ligne directrice d’un court instant de grâce en version courte, d’un voyage intersidéral sur la longueur, de préférence les yeux fermés dans tous les cas. Regarder Nils insister sur ce seul son pendant l’introduction est, d’abord, une scène à regarder, à voir pour le croire, prêt pour le décollage imminent. Qui prend la forme d’un « sol » diésé, pour les puristes. Une seule autre note mais qui, une fois encore, suffit à provoquer un torrent d’émotions. L’accord entre ces deux tonalités pourrait être étalé sur dix minutes durant qu’il suffirait probablement, dans le cas présent, à faire décoller une enclume.

Le ton est solennel, presque religieux (« The Bells » a d’ailleurs été enregistré à l’Eglise de Grünewald de Berlin, comme beaucoup d’autres merveilles avant et après lui, genre Peter Broderick s’y est déjà exprimé). Le son a autant d’importance que l’absence de son ; les pauses ont la même valeur que les enchaînements de notes. Le « si » est parfois accompagné, parfois laissé à son destin solitaire. Jusqu’à ce que l’ensemble s’accélère, commence à monter dans les octaves, grimpe les marches d’un ciel devenu atteignable. Se calme de nouveau, tergiverse, s’égare dans un néant intriguant.

Puis, la déchirure. Le motif initial se cache, puis se tait.

Pas à tout jamais, toutefois. Avant son retour, le voyage se poursuit dans un écrin de douceur. Le réel n’est déjà, depuis longtemps, plus que contemplé à travers le viseur d’un esprit parti dans de rassurantes hauteurs. Sans limites. Et, au-dessus des nuages, il y a les octaves supérieures. Sublimées de manière précautionneuse, elles interdisent toute possibilité d’atterrissage sur Terre. Il faut pourtant ouvrir ses yeux de nouveau, les pupilles pleines d’étoiles et de fumée. Mais s’interdire de retomber dans une mauvaise routine. A la place, l’illuminé regarde cette planète familière où il se débat depuis fort longtemps, avec un oeil nouveau. Il n’est plus tout à fait le même.

***** Et sinon… *****

Vous aurez compris, avec mon petit topo, que Nils Frahm a beau « dédier » sa chanson d’introduction à l’équipe de la Blogothèque, il aurait commencé son concert de la même manière sans ce soutien 🙂 Mais sans la même audience probablement car ce qui m’a surpris en cette nouvelle occasion, est la proportion de spectateurs encore étrangers à l’oeuvre de l’Allemand et qui sont venus après avoir découvert sa « Soirée de Poche ». Donc merci aussi de ma part (je sais, on s’en fout, mais voilà quand même) à l’équipe de la Blogothèque, non pas pour m’avoir fait découvrir Nils (cela fait au moins trois ans en fait pour moi… je vieillis) mais pour avoir eu un impact significatif qui, au bout du compte, aura permis de remplir quasiment en intégralité le Café de la Danse (et pour avoir été jusqu’à ces derniers temps le seul média français « d’importance » à en parler…).

Et même, reconnaissance qui m’amuse autant qu’elle m’irrite un peu, les Inrocks semblent enfin l’avoir découvert en réalisant son premier papier sur ses dernières productions avec Peter Broderick (je n’ai en tout cas pas le souvenir qu’ils en aient parlé avant…).

Autre « bonus » : ce commentaire publié en ce jour (conséquence directe du concert) sur un Tumblr inconnu : « Chaque fois que je vois Nils Frahm en concert, je me dis que, le mercredi après-midi, j’aurais dû faire piano plutôt qu’escrime ». A titre personnel – voire intime ? – j’ai fait piano et je m’en voudrais probablement éternellement de ne pas m’être plus battu pour poursuivre son apprentissage contre tous les éléments. C’est à ce moment de la réflexion qui m’inonde que j’arrête de l’écrire car, en toute franchise, mon auto-psychanalyse de comptoir n’intéresse que moi (et encore).

Sinon, il y avait aussi Grey Reverend et Sleeping Dog durant ce concert, mine de rien. Avec de belles photos et plus de texte sur « Chroniques Électroniques ». Étrange programmation à mon sens que celle du premier nommé, dont le folk solitaire – d’un excellent niveau hein, et son détachement scénique est souvent comique – tranchait franchement entre le néo-classique halluciné de Nils et celui, plus minimal et vocal, du duo belge Sleeping Dog. Nils les a d’ailleurs accompagné sur la moitié de leur prestation, que ce soit au piano ou aux « percus » comme sur « Release Yourself » :

Et parce que je ne peux clôturer cette note sur une simple vidéo et qu’il faut bien finir sur une petite note de légèreté (mais une seule hein), je clôturerai sur une question en l’air : Nils, pourquoi le sweat à capuche ? #PointFashionPétasse

***

Allez, on rajoute des extraits vidéo du concert :

– la version alternative de « More », qui conclut originellement son dernier album « Felt » de manière sublime

– Le dernier titre de sa prestation, la version alternative de « Down Down » qu’il disait jouer ici pour la  première fois en live… alors même qu’il l’avait déjà jouée aux Instants Chavirés en novembre dernier 🙂 (par contre, je n’avais pas souvenir d’avoir déjà vu le dispositif scénique/lumineux auparavant). Rejoint par Martyn Heyne pendant le morceau. La vidéo est celle du concert de Louvain (qui a immédiatement succédé à celui du Café de la Danse, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas – encore – de vidéo complète de ce titre enregistré à Paris, voilà voilà)

Gwendal Perrin

Journaliste, social media manager et miauleur professionnel. Juke-box exigeant, esprit Bauhaus et tonalités mineures. Dérive saisonnière Eurovision. Contact : perrin.gwendal(a)gmail(p)com.